22 septembre 2020
Procès de Loïc René pour le meurtre de son père
Deux psychiatres s’opposent sur l’état d’esprit de l’accusé lors des événements
Par: Katy Desrosiers

Le témoignage des psychiatres s’est déroulé sur deux journées différentes la semaine dernière, au palais de justice de Sorel-Tracy. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Deux psychiatres appelés à témoigner au procès de Loïc René, au palais de justice de Sorel-Tracy la semaine dernière, sont partagés sur l’état d’esprit de l’accusé, au moment où il a tué son père.

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Alors que le Dr Louis Morissette, témoin de la Défense, constate des signes de dépersonnalisation, le Dr Sylvain Faucher, témoin de la Couronne, croit que l’accusé était conscient de ses gestes.

Si la thèse de non-responsabilité criminelle a déjà été écartée, le Dr Louis Morissette, qui a témoigné par visioconférence depuis son bureau à l’Institut de psychiatrie légale Philippe-Pinel, a relevé des indices de « dépersonnalisation » après avoir écouté le témoignage de l’accusé, sans toutefois poser de diagnostic ferme.

Le psychiatre estime que ce n’est pas un état « dissociatif », puisque l’individu n’a pas de troubles mentaux qui affectent son jugement et qu’il a encore en mémoire ce qui s’est passé.

Il estime par contre que ce n’est pas la raison qui guidait l’accusé, mais les émotions. « C’est un indice de dépersonnalisation qui est en lien avec une charge émotionnelle interne très élevée qui interfère avec le jugement et le raisonnement, a-t-il soutenu. En raison de sa colère et son ressentiment, sa capacité d’analyse a été perturbée pendant quelques minutes. »

D’un autre côté, le psychiatre légiste Dr Sylvain Faucher croit que cette charge émotive élevée n’a pas amené Loïc René à complètement décrocher.

« Même si la charge émotive était importante, même si les propos de son père ont été blessants pour lui, même si le coup de poing lui a rappelé un passé traumatique, je considère qu’il a conservé une capacité d’analyse, une capacité de prendre des décisions et d’apprécier la situation à laquelle il était confronté », soutient Dr Faucher.

« Il arrive que la colère devienne suffisamment intense pour faire complètement décrocher. Mais à ce moment-là on n’est pas stratégique, on frappe sans distinction », nuance-t-il.

Il note que Loïc René a été capable d’apprécier le nombre de coups qu’il administre à son père et de juger qu’ils étaient insuffisants pour répliquer à la souffrance qu’il a vécu. Il a également été capable de constater sa douleur et sa fatigue afin de s’adapter pour devenir plus efficace. Surtout, il a exercé un contrôle sur lui-même afin d’attendre le dernier moment de vie de son père pour lui adresser une ultime phrase.

Pour ce qui est de la dépersonnalisation, Dr Faucher explique qu’elle peut être facile à simuler.

La faute du système de santé?

La semaine où il a tué son père, Loïc René devait rencontrer un médecin de famille pour pouvoir reprendre le traitement psychiatrique afin de calmer ses problèmes d’agressivité.

Depuis qu’il avait menacé son beau-père et sa mère d’un couteau, en octobre 2016, un juge lui avait ordonné de recommencer à prendre des antipsychotiques. Une médication qu’il avait prise à partir de 2002, mais qu’il avait cessée en 2014 parce qu’il était tanné, dit-il, de demeurer dans son salon.

Loïc René avait entrepris à nouveau des démarches, mais s’est buté au dédale du système de la santé puisqu’il ne présentait pas de psychose apparente. « Ce n’est pas la faute du système de santé », a toutefois tranché le psychiatre Dr Louis Morissette.

« On ne peut pas dire que s’il avait pris son Seroquel [antipsychotique] régulièrement depuis novembre 2017, ce ne serait pas arrivé, a-t-il soutenu lors de son témoignage. Ça aurait aidé à le contenir. Ça aurait diminué le risque, mais dans quelle proportion? Je ne peux pas le dire. »

Dr Faucher abonde dans le même sens. « Le Seroquel va diminuer le risque [de crise], sans l’anéantir », conclut-il.

 

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