22 septembre 2020
Accusé du meurtre de son père en août 2018 à Yamaska
Loïc René savait-il ce qu’il faisait?
Par: Katy Desrosiers

La procureure Me Geneviève Beaudin, ainsi que l’avocat de la défense, Me Marc-André Gauthier, ont plaidé tour à tour devant la juge France Charbonneau lors du procès de Loïc René la semaine dernière, au palais de justice de Sorel-Tracy. Illustration : Gilles Bill Marcotte

Lors des plaidoiries au procès de Loïc René, le 18 septembre, les avocats de la Défense ont tenté de diminuer la gravité du geste commis par leur client en rappelant son passé traumatique. Ils ont aussi fait valoir que les émotions ressenties par l’accusé lors des événements étaient si fortes qu’il a perdu le contrôle. La Couronne soutient toutefois que M. René était en pleine possession de ses moyens.

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L’avocat de la Défense, Me Marc-André Gauthier, a rappelé que son client avait vécu une enfance et une adolescence ponctuées de violence physique et psychologique. Il note la fois où son père lui a administré 30 coups de poing, en les comptant un à la fois.

Selon les deux psychiatres entendus à la Cour, la journée du meurtre, M. René a subi des émotions intenses et était guidé par la colère. Cependant, seulement le Dr Louis Morissette, témoin de la Défense, a avancé que ces émotions auraient altéré le jugement de M. René. Dr Sylvain Faucher, témoin de la Couronne, croit que M. René était tout de même conscient de ses gestes.

Selon Me Gauthier, si un doute raisonnable persiste en raison de l’avis du Dr Faucher, il doit bénéficier à l’accusé.

Pour la Couronne, Me Geneviève Beaudin a fait valoir qu’il fallait écarter le témoignage et le rapport du Dr Louis Morissette, puisque ce dernier n’avait jamais pris connaissance de l’interrogatoire vidéo de l’accusé.

« Qu’est-ce qu’il n’y a pas de plus important que de voir la personne quand elle raconte ce qui s’est passé, de constater les émotions à ce moment-là, qui auraient pu l’envahir quand il fait sa déclaration vidéo? De constater quels termes il utilise et de quelle façon. Il a jugé que ce n’était pas nécessaire », souligne Me Beaudin.

Elle rapporte aussi certaines différences entre l’interrogatoire et le témoignage de l’accusé en Cour, ce qui mine la crédibilité du témoignage. Entre autres, l’accusé n’aurait jamais précisé aux policiers avoir perdu le contrôle.

Bien que Me Beaudin croit que Loïc René ne s’est pas levé le matin avec l’intention de tuer son père, elle avance que lorsqu’il était en train de lui faire mal, il était conscient qu’il allait le tuer.

Aussi, les experts sont unanimes : même si l’accusé avait pris sa médication, une chance demeure que les événements se seraient produits tout de même.

Défense de provocation

Selon le principe de la défense de provocation, la conduite de l’accusé serait partiellement excusée par la compassion du droit à la fragilité humaine. La perte de maîtrise de soi n’est pas excusée dans tous les cas, mais dans certaines conditions, si l’accusé a le sentiment injustifié de subir une injustice, on peut reconnaître qu’il réagisse de façon disproportionnée et incompréhensible.

« Je pense que ça s’applique très bien à cette situation-là. C’est un triste événement. C’est une triste histoire (ce à quoi la juge acquiesce). On ne veut pas qu’un enfant soit battu ainsi, en plus de développer un trouble de personnalité limite qui va lui empoisonner la vie », relève Me Gauthier.

Me Beaudin, du côté de la Couronne, soutient que ce principe ne peut s’appliquer à M. René puisque pour que ce soit justifié, il faut que la réaction à la provocation soit soudaine. Or, elle croit que la réaction de M. René n’est pas soudaine, puisque l’invitation à se battre de son père n’est pas une action injuste suffisante pour provoquer une personne raisonnable au terme de la Loi.

La juge France Charbonneau devrait rendre son verdict le 2 octobre. M. René, qui aurait pu assister en visioconférence, sera présent en Cour, à sa propre demande.

 

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