15 septembre 2020
Le procès pour meurtre au deuxième degré se poursuit cette semaine au palais de justice de Sorel-Tracy
Loïc René avoue avoir assassiné son père de sang-froid
Par: Sébastien Lacroix

L’accusé Loïc René, accompagné d’un agent correctionnel, semble calme et attentif dans le box des accusés depuis le début du procès. Il se penche à l’occasion pour prendre des notes. Illustration : Gilles Bill Marcotte

Notre illustrateur Gilles Bill Marcotte était présent vendredi dernier, au palais de justice de Sorel-Tracy. Il a réalisé quelques dessins dans la salle d’audience afin de permettre au lecteur de ressentir l’émotion qui y régnait. Illustration : Gilles Bill Marcotte

L’accusé a choisi de ne pas être entendu par un jury de 12 personnes, mais par une juge seule, ce qui est dans son droit pour un procès pour meurtre au deuxième degré. C’est France Charbonneau, rendue célèbre à la Commission Charbonneau, qui est la juge à ce procès. Illustration : Gilles Bill Marcotte

Loïc René écoute avec attention les témoignages livrés devant lui durant le procès. Illustration : Gilles Bill Marcotte

« Je ne demande pas le pardon. Je ne regrette en rien de l’avoir tué. Même si je suis enfermé, je ne me suis jamais senti aussi libre. Le seul regret que j’ai, c’est d’avoir tué un être humain. Ça va me hanter pour le reste de ma vie ». C’est qu’a écrit Loïc René, depuis sa cellule à la prison de Sorel-Tracy, quelques mois après avoir tué son père à mains nues.

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C’est d’ailleurs un sentiment de délivrance qui habitait l’accusé, quelques minutes après avoir commis l’irréparable, le 18 août 2018, dans la maison de l’île du Domaine, à Yamaska. « Si tu me demandes si c’était prémédité, je dirais que ça fait 42 ans que ce l’était. Je savais que ça allait arriver un jour », avait-il déclaré lors de son interrogatoire.

La thèse de la préméditation a toutefois été écartée et l’accusé subit son procès ces jours-ci pour un meurtre au deuxième degré. Ce à quoi il a plaidé non coupable lors de l’ouverture des procédures, le 11 septembre, au palais de justice de Sorel-Tracy.

Il a ensuite reconnu sa culpabilité à un homicide involontaire, ce qui entraînerait une peine moins lourde. Ce plaidoyer n’a toutefois pas été retenu par la juge France Charbonneau, celle que l’on avait connue lors de la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction.

Guy René était un « homme violent »

Selon ce qu’on a pu apprendre au procès, Loïc René entretenait une relation difficile avec son père qu’il a décrit comme un homme violent. Au point où il lui avait asséné une volée, vers l’âge de 12 ans. Guy René l’aurait roué de 30 coups, si bien qu’il avait cru mourir. En plus de la violence physique, Loïc René affirme avoir vécu de la violence psychologique de la part de son père.

C’est d’ailleurs une dispute qui a mal tourné entre les deux hommes qui est à l’origine du drame. Une querelle qui s’est déclenchée après que Loïc René ait réveillé son père en se faisant chauffer une tarte au micro-ondes.

Guy René aurait invectivé son fils, lui disant qu’il n’était « pas normal » et qu’il devrait « aller se faire soigner ». Ce à quoi Loïc a répliqué qu’il ne prenait pas de se faire dire ça par un homme qui l’avait battu étant plus jeune.

C’est alors que Guy René lui aurait asséné une droite sur la mâchoire. Les esprits se sont ensuite échauffés. Loïc aurait pris un couteau et son père lui aurait donné un coup avec une chaise en bois massif. L’accusé aurait ensuite décidé de se calmer et son père se serait moqué de lui parce qu’il ne voulait pas se battre.

Guy René lui aurait ordonné de ramasser ses affaires pour aller le reconduire au terminus de Sorel-Tracy. Ce qu’a fait son fils qui demeurait à ce moment dans une roulotte à proximité de la maison.

Loïc est ensuite revenu dans la maison et l’homme de 76 ans lui aurait alors dit « si tu veux te battre, je suis prêt ». C’est à ce moment qu’il aurait « tilté » avant de battre son père avec ses poings et ses pieds pour finir par l’étrangler.

Pendant qu’il était au sol, Guy René lui aurait demandé de se calmer avant que son fils décide de l’achever. « J’étais conscient de ce que je faisais, a expliqué Loïc René. C’est pour ça que je dis que je suis un monstre. Parce que c’est un meurtre de sang-froid. Je vais pogner 25 ans pour ça, mais regarde… »

Un climat de violence

Loïc René a décrit son père comme un homme violent qui était obsédé par son image dans la communauté, lui qui avait été un conseiller municipal et un directeur d’école bien apprécié à Yamaska.

« Quand il m’avait battu, à 12 ans, j’avais été privé de sorties pour ne pas que personne ne voie dans quel état il avait mis mon visage, a-t-il raconté à l’enquêteur de la Sûreté du Québec. On ne savait jamais ce qui allait se passer avec lui. Quand il avait du monde, il disait : regardez, c’est mon gars. Puis, en privé il me disait : t’es une merde », a-t-il ajouté.

Il a également souligné qu’il aimait son père, durant son interrogatoire. C’est la raison pour laquelle il avait gardé son nom de famille après le divorce de ses parents. « J’avais espoir qu’il reviendrait », a-t-il raconté.

Emma-Marie Paquette, qui a entretenu une longue relation amoureuse avec la victime, a livré un témoignage émotif, vendredi. « C’était un climat incertain, a-t-elle reconnu à propos de la relation entre les deux hommes. On ne savait jamais si ça irait bien ou non entre eux, mais ça allait bien le plus souvent. (…) Loïc était plus « explosif » tandis que Guy était plus « verbal ». »

Marie-Renée Duguay, la mère de l’accusé, a aussi été appelée à la barre, lundi après-midi. C’est elle que Loïc René a appelé en premier pour lui confesser son crime et c’est avec elle qu’il s’était rendu aux policiers de Longueuil. Rappelons que deux ans avant les événements, en octobre 2016, l’accusé, en proie à une crise amplifiée par une consommation de crack, avait menacé sa mère et son beau-père avec un couteau.

Lors de son témoignage, la dame de 77 ans a indiqué que Guy René faisait régner un « climat de violence » à la maison en plus de dévaloriser son fils durant son enfance. Le premier événement dont elle se souvient, c’est lorsque que l’accusé avait 3 ans. Il y en a aussi eu quelques autres lorsqu’il avait 6 ou 7 ans.

Elle a également confirmé que son père l’avait battu, à l’âge de 12 ans, après qu’il ait volé la sœur de Mme Duguay. « Il les comptait [les 30 coups], parce qu’il disait que c’est comme ça qu’il traitait les voleurs », a-t-elle raconté, avant d’ajouter que son beau-frère avait tenté de l’arrêter, mais que Guy René était hors de lui.

D’ici mercredi, la Défense fera également entendre l’accusé ainsi qu’un psychiatre. Les avocats feront ensuite leurs plaidoiries et le procès devrait se terminer cette semaine.

La juge devrait prendre la cause en délibéré et rendre sa décision ultérieurement. Si Loïc René est reconnu coupable, des représentations sur sentence seront par la suite nécessaires pour connaître le nombre d’années d’emprisonnement et le délai avant d’être éligible à une libération conditionnelle.

Avec la collaboration de Katy Desrosiers

 

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