24 avril 2018
Fermeture du Marine Cabaret et de l'Espace Show
Un coup dur pour le milieu culturel
Par: Julie Lambert

Le milieu culturel s'est attristé de la perte du Marine Cabaret et de l'Espace show. (Photo : Pascal Cournoyer)

L’annonce de la fermeture du Marine Cabaret et de l’Espace Show la semaine dernière a pris le milieu culturel par surprise. Plusieurs personnes s’inquiètent de la situation au centre-ville et croient qu’il est difficile pour des diffuseurs de spectacles, surtout au privé, de survivre s’ils n’ont pas accès à des subventions.

La directrice générale d’Azimut diffusion, Marie-Josée Bourbonnais, ne se doutait pas de la fermeture imminente du Marine Cabaret. Mme Bourbonnais souligne qu’en 28 ans dans le milieu, elle a vu plusieurs diffuseurs de spectacles ne pas réussir. Selon elle, il est déjà difficile de survivre pour un organisme culturel sans but lucratif comme le sien alors qu’il a accès à des subventions des différents ministères.

« Je suis très surprise, je croyais que cela allait quand même bien. Les gens ne savent peut-être pas tous les frais que cela occasionne. Ils pensent seulement au coût des cachets des artistes, mais il y a aussi la technique, la promotion, les droits d’auteur et les produits dans les loges. Si on additionne tout ça, il est plus difficile d’atteindre le seuil de rentabilité avec tes spectacles. Le milieu de la culture est déjà difficile avec des subventions, alors pour les diffuseurs privés, c’est un double défi de réussir », explique Mme Bourbonnais.

Un impact à prévoir

L’instigateur du Cabaret Open Mike, Mike Cournoyer, était très déçu de la fermeture de l’endroit qui a vu naitre son projet. Sa soirée d’humour aura lieu une dernière fois le 26 mai prochain après 19 représentations en cinq ans au Marine Cabaret.

« Ce projet m’a fait commencer l’humour de façon régulière et m’a aussi permis de côtoyer de gros noms du milieu. Cette place-là, ç’a été mon école, la première place où j’ai appris à me faire confiance », a-t-il souligné.

Pour lui, il ne reste plus beaucoup de salles de moins de 150 personnes au centre-ville pour accueillir ce genre d’événement. Mike Cournoyer croit que même si Azimut diffusion présente des spectacles d’humour, ceux de la relève humoristique sont moins représentés. Il pense que la perte de ces lieux de diffusion sera aussi difficile pour les commerçants.

« En tant que gestionnaire d’un restaurant [NDLR : le Café St-Thomas], je pense qu’on va ressentir un impact. Nous faisions de bons revenus les soirs où il y avait de spectacles au Marine Cabaret. Au niveau du Vieux-Sorel, c’est inquiétant la perte de deux petites salles de spectacles », se désole-t-il.

L’ancien diffuseur et copropriétaire du Théâtre du Chenal-du-Moine (TCM), Mathieu Bergeron, croit que cette fermeture était inévitable. Dans le domaine de la gestion informatique des billetteries, il côtoie au quotidien les diffuseurs partout au Québec. Les petits diffuseurs de spectacles comme le Marine Cabaret sont tous en train de disparaître faute de moyens financiers.

« Le milieu des petits diffuseurs alternatifs va mal. Les petites entreprises privées ne peuvent pas avec cette offre de spectacles se rentabiliser. Je lève mon chapeau au Marine Cabaret d’avoir été capable de survivre aussi longtemps », soutient Mathieu Bergeron.

Selon lui, la disparition du TCM et des petits diffuseurs a créé un vide au niveau de l’offre dans la région. Azimut diffusion ne peut pas reprendre la quarantaine de spectacles disparus du TCM ni ceux du Marine Cabaret, constate-t-il.

« Il n’y a pas de solutions sur la table, pas de leadership pour organiser ça de façon optimale. L’offre est tombée à Sorel-Tracy. Azimut a des limites puisque les gens ne sortent que les fins de semaine dans la région. Il y a un creux dans la région. Je le vois avec les billets achetés par des gens de Sorel-Tracy dans des salles à l’extérieur de la région. Azimut diffusion, en devenant le diffuseur principal, a une grosse responsabilité parce que s’il y a un exode, c’est que les gens n’ont pas l’offre de spectacles qu’ils veulent. C’est à ça que servaient le TCM et les petits diffuseurs », argumente-t-il.

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