5 mai 2021
Un autre journal conspirationniste distribué dans la région
Par: Jean-Philippe Morin

Ce feuillet de deux pages a été distribué dans des boîtes aux lettres de la région de Sorel-Tracy le 5 mai. Photo gracieuseté

Celui qu’on nomme Le Facteur, en entrevue avec Le Citoyen Journaliste, lors d’une manifestation le 21 mars dernier. Photo capture d’écran

Après l’Epoch Times qui a été distribué à plusieurs portes de la grande région de Sorel-Tracy en janvier dernier, voilà que plusieurs citoyens sorelois affirment avoir reçu le 5 mai un feuillet dans leur boîte aux lettres ayant comme titre le Journal Le Facteur.

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Dans ce bulletin mensuel de deux pages, on peut y lire différents articles, non signés, qui vilipendent les mesures sanitaires et répandent des théories du complot. On invite même les citoyens à leur donner de l’argent via PayPal.

« Nos enfants vont vivre la dictature techno-sanitaire, la perte des droits et libertés, le contrôle absolu par toutes les sources d’autorités et la fin de l’humanité telle que nous l’avons connue », peut-on lire en introduction.

« Si la vaccination n’est pas obligatoire, pourquoi nous parle-t-on d’un passeport santé numérique? Et pourquoi Bill Gates finance-t-il des travaux visant à inclure, dans les vaccins, des nanoparticules détectables avec un téléphone intelligent? », peut-on aussi lire dans une chronique intitulée « Les vaccins et le passeport santé numérique ».

« La pandémie n’existe en réalité que dans les statistiques truquées et les reportages à sensation que diffusent tous les jours les médias comme Radio-Canada et TVA pour terroriser la population. De toute évidence, le nombre d’hospitalisations n’est pas plus élevé que par les années passées », lit-on dans un article dont le titre est « Non au couvre feu! Rétablissons nos libertés fondamentales ».

« Le Citoyen Journaliste », sur sa page Facebook, a réalisé une entrevue avec celui qu’on nomme Le Facteur, dans une manifestation le 21 mars dernier. Ce dernier explique entre autres qu’il a créé ce journal pour inviter les gens à se poser des questions « par eux-mêmes ».

« Ça s’adresse beaucoup aux gens qui savent qu’il y a quelque chose qui ne marche pas. Ça les enligne un petit peu sur tout ce qu’il y a en arrière de cette pandémie. C’est très sobre. Vous pouvez donner ça à n’importe qui qui est un pur et dur pour [les mesures sanitaires de] la pandémie, ça va vraiment l’aider à ouvrir son esprit, à se questionner », dit-il.

Sur le site web du Journal Le Facteur, on invite les bénévoles qui distribuent ce journal à être disponibles à ouvrir le dialogue et ne pas confronter les gens. On leur invite à dire aux sceptiques : « Voulez-vous un journal local? C’est gratuit! », puis continuer leur distribution.

Attention aux fausses nouvelles

Sans se prononcer directement sur le Journal Le Facteur, la présidente de la Fédération professionnelles des journalistes du Québec (FPJQ) en Montérégie, Stéphanie MacFarlane, rappelle à la population l’importance de bien valider les informations.

« C’est important de s’informer auprès de sources médiatiques crédibles et reconnues. Les journalistes professionnels ont une guide de déontologie à respecter et ils publient de l’information neutre et objective. Rapporter des faits vérifiés est la base de tout », souligne-t-elle en entrevue.

Mme MacFarlane, qui est elle-même journaliste au journal Le Canada Français à Saint-Jean-sur-Richelieu, ajoute que les journalistes défendent l’intérêt du public et de personne d’autre. « Nous sommes indépendants. On ne défend pas d’intérêt personnel ou des intérêts particuliers, comme ceux du gouvernement. C’est l’intérêt public qui prime », indique-t-elle.

La présidente de la FPJQ-Montérégie rappelle aussi qu’il existe le programme « 30 secondes avant d’y croire » au 30secondes.org qui permet aux gens de repérer les sources d’information crédibles et d’éviter de tomber dans le piège des fausses nouvelles.

De son côté, le professeur de journalisme à l’UQAM, Patrick White n’hésite pas à qualifier le Journal Le Facteur comme d’une « feuille de chou », dans une entrevue accordée au Journal de Québec, le 26 mars dernier. Il parle aussi d’une publication sans « aucune crédibilité » et invite la population à redoubler de prudence devant cet « outil de propagande ».

« C’est bon pour le recyclage, c’est vraiment fait pour ça. Ce n’est pas un média d’information, ce n’est pas un journal reconnu par ses pairs [ou] rédigé par des journalistes professionnels », mentionne-t-il à la journaliste du Journal de Québec.

Il estime aussi qu’une éducation sera nécessaire, dans les écoles et de la part des gouvernements, pour sensibiliser les gens à ce qu’est un réel média d’information puisque les faux médias peuvent être trompeurs « pour les gens qui ne savent pas comment est fabriqué un vrai journal professionnel avec des journalistes qui vérifient leurs informations ».

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