15 septembre 2021
Le passé de procureur rattrape le patron du BEI
Me Pierre Goulet poursuivi par trois victimes d’un prédateur sexuel
Par: Jean-Philippe Morin

Me Pierre Goulet, à l’époque où il était procureur de la Couronne à Sorel-Tracy, au moment où il aurait rejeté les plaintes des victimes. Photothèque | Les 2 Rives ©

André Pépin est un prédateur sexuel ayant sévi pendant 20 ans. Il a écopé de 13 ans et demi de prison, en mai 2015, au palais de justice de Sorel-Tracy. Photothèque | Les 2 Rives ©

Trois victimes d’André Pépin, ce prédateur sexuel condamné pour 13 ans et demi de prison en 2018, poursuivent au civil Me Pierre Goulet, qui agissait comme procureur de la Couronne à l’époque, à Sorel-Tracy.

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Dans un document de 27 pages déposé à la Cour supérieure, dont Les 2 Rives a obtenu copie, on peut lire que les trois plaignants demandent 150 000 $ chacun à Me Pierre Goulet en dommages punitifs. Ils demandent également 300 000 $ chacun en dommages non pécuniaires et 300 000 $ en dommages pécuniaires à l’État, pour un total de 2,25 M$.

Nommé directeur du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) en décembre 2019 pour un mandat de cinq ans, Pierre Goulet a œuvré pendant 27 ans comme procureur de la Couronne, la plupart du temps à Sorel-Tracy. C’est lui qui était en charge d’accueillir les plaintes dans le dossier d’André Pépin.

André Pépin utilisait toujours le même stratagème, soit d’amener de jeunes garçons chez lui en leur offrant de la drogue ou de l’alcool, puis en les agressant sexuellement. C’est ce qu’il a fait aux trois plaignants ainsi qu’à cinq autres victimes, ce pourquoi il a été reconnu coupable pour 25 des 39 chefs d’accusation à caractère sexuel auxquels il faisait face en raison de gestes survenus entre 1993 et 2013.

Au début des années 90, les trois plaignants auraient toutefois reçu des fins de non-recevoir, non pas à la police qui a bouclé son enquête, mais auprès du procureur Pierre Goulet, clament-ils. Pour les deux premières victimes, il aurait refusé « sans donner d’explication », et pour la troisième, en raison d’une « absence de crime », lit-on dans le document de Cour.

Ce n’est que des années plus tard, lorsqu’une autre victime s’est manifestée en 2013, que les policiers sont revenus cogner à la porte des plaignants pour reprendre leur plainte afin de rouvrir l’enquête, ce qui a ravivé les blessures des trois plaignants : stress, dépression, rechute dans l’alcool et la drogue, etc.

« En somme, le constat qui se dégage de tous ces refus de porter des accusations est le but illégitime qu’a poursuivi le défenseur Me Pierre Goulet à titre de substitut de la Procureure générale du Québec et sa mauvaise foi, au mépris des enquêtes de police, qui recommandaient pourtant d’intenter des poursuites », plaident les avocats Justin Wee, Alain Arsenault et Julie Plante, dans la requête.

« En n’autorisant pas les plaintes recommandées par les policiers, le défendeur Me Pierre Goulet ne pouvait ignorer les conséquences probables de ses actes, c’est-à-dire laisser en liberté un prédateur sexuel qui ultimement a fait d’autres victimes », poursuivent les avocats.

Rappelons que les trois plaignants visaient d’abord, dans une poursuite au civil en 2016, un policier et la Ville de Sorel-Tracy pour ne pas avoir retenu leur version des faits dans les années 90. En 2017, ils ont toutefois renoncé à cette poursuite en indiquant vouloir poursuivre « une autre personne », en l’occurence Me Pierre Goulet.

Dans une réponse laconique envoyée par courriel, Me Goulet n’a pas souhaité commenter la poursuite par respect pour le processus judiciaire.

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