4 juin 2019
Pointé du doigt par son associé Yves Bérard
Jan-Philippe Barbeau rejette tout blâme de la faillite du Loup Rouge
Par: Jean-Philippe Morin

Jan-Philippe Barbeau brise le silence presque deux ans jour pour jour après avoir été congédié du Loup Rouge, entreprise qu'il avait fondée. Photothèque | Les 2 Rives ©

Jan-Philippe Barbeau a créé la coopérative du Loup Rouge en 2007. Congédié 10 ans plus tard par son associé de l’époque Yves Bérard, puis blâmé en partie par ce dernier pour la récente faillite de la microbrasserie soreloise, M. Barbeau a accepté de briser le silence au journal Les 2 Rives.

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M. Bérard a notamment reproché à M. Barbeau une inconstance dans les recettes, ce qui l’a amené à se débarrasser d’une dizaine de brassins directement dans le fleuve. M. Barbeau sourit lorsqu’amené à commenter ces propos.

« Dans toutes les entrevues qu’il [Yves Bérard] donnait, il disait que ce n’était pas lui le spécialiste et que c’était pour ça que j’étais là. J’entends après qu’il analyse lui-même la qualité et la constance d’un brassin et qu’il déduit par sa grande connaissance que ça ne rencontre pas les critères de l’entreprise, je trouve ça spécial », commente-t-il d’emblée.

La coopérative a déménagé en 2010 de la rue du Roi à la rue Prince. À la suite d’une faillite en 2013, Yves Bérard et Jan-Philippe Barbeau ont créé une nouvelle entreprise en 2014. M. Bérard était déjà sur le conseil d’administration du Loup Rouge depuis quelques années. À ce moment, le Loup Rouge est devenue une microbrasserie. Ce n’est qu’en 2016 que le pignon sur rue de la rue Prince a fermé, laissant place à une plus grande production sur la rue Plante. C’est à ce moment, allègue M. Barbeau, que les problèmes ont commencé, alors qu’Yves Bérard est devenu directeur général. De problèmes qui ont mené au départ de M. Barbeau en mai 2017.

« On avait l’entreprise à 50 % chacun. En janvier 2017, quand j’ai découvert qu’il fallait que je quitte l’entreprise, je me suis rendu compte, à la lecture de certains courriels, qu’il était en train de diluer mes parts sans que je sois trop au courant de ce qu’il était en train de faire. Je m’y connaissais moins que lui en contrats d’entreprise et il m’a fait signer des contrats devant le comptable sans que j’aie eu la chance de les lire et les comprendre. Ça lui donnait donc le pouvoir de prendre toutes les décisions et de me mettre à la porte, même si j’ai fondé l’entreprise et que j’en étais le maître-brasseur. […] C’est dans les mains des avocats depuis deux ans pour que je sois dédommagé », explique M. Barbeau.

« C’est drôle que deux ans après, c’est moi qu’on blâme alors qu’on était dans nos chiffres et qu’on avait une progression quand j’ai dû quitter », ajoute-t-il.

Yves Bérard reproche aussi à Jan-Philippe Barbeau d’avoir oublié des équipements sans lesquels il était impossible d’opérer, ce qui a représenté des investissements de 125 000 $, dont une chaudière à vapeur de 75 000 $.

« Il en met plus qu’il faut. Dans un projet de cette ampleur, il y a des erreurs et des oublis, comme dans tous les gros projets. La chaudière à vapeur n’a pas été oubliée, elle a été mal évaluée financièrement. Je ne me souviens plus des détails exactement, mais c’est impossible que je l’aie oubliée. Il y a eu une erreur dans un listing d’un fournisseur chinois, mais ce n’est pas moi qui avait fait l’erreur, je ne l’avais juste pas vue. Ce sont des détails. Depuis deux ans, il avait un autre brasseur. Il l’a changé pour améliorer les choses. On dirait que ça ne s’est pas amélioré. Alors j’imagine que les deux dernières années me sont attribuables à cause d’une erreur d’équipements? Franchement, ça n’a aucun bon sens. »

Son « bébé »

Aujourd’hui, Jan-Philippe Barbeau est brasseur en chef chez Lagabière, à Saint-Jean-sur-Richelieu, une entreprise qui fonctionne à plein régime avec une production estimée entre cinq et six millions de litres par année. C’est avec tristesse qu’il voit le Loup Rouge, l’entreprise qu’il a fondée, faire faillite aujourd’hui.

« Je ne viens pas de Sorel, je suis déménagé à Sorel pour ce projet-là parce que je trouvais ça intéressant à cet endroit. J’ai tenu le fort longtemps avec mes collègues de la coop, j’y ai cru. […] C’est clair que c’est mon bébé, je l’ai chéri. Toutes les recettes qui continuent à circuler, ce sont les miennes. C’est une partie de ma vie que j’ai perdue », conclut-il.

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