4 juin 2019
Faillite du Loup Rouge : Yves Bérard blâme son ex-associé
Par: Deux Rives

Yves Bérard a jetté la serviette concernant le Loup Rouge. On le voit ici avec un prix remporté lors du Gala du mérite économique en avril 2017, devant Jan-Philippe Barbeau, un mois avant ce que dernier ne quitte l'entreprise. Photothèque | Les 2 Rives ©

Texte de Sébastien Lacroix, collaboration spéciale

Le propriétaire du Loup Rouge, Yves Bérard, a confié l’entreprise à un syndic de faillite, la semaine dernière. Celui qui avait participé à la relance des activités brassicoles en 2014, après une première faillite, n’hésite pas à pointer du doigt son ex-associé Jan-Philippe Barbeau, qu’il a congédié en mai 2017.

À lire aussi:
Jan-Philippe Barbeau rejette tout blâme de la faillite du Loup Rouge

La situation dans laquelle se trouve aujourd’hui le Loup Rouge s’explique par plusieurs facteurs qui ont fini par affecter les ventes et la santé financière de la microbrasserie de la rue Plante, soutient M. Bérard.

Avant même que le premier brassin de bière ait été effectué dans les cuves de la nouvelle usine qui demandait des investissements évalués à un demi-million de dollars, l’entreprise rencontrait déjà des problèmes de liquidité.

C’est que son co-actionnaire et maître-brasseur, Jan-Philippe Barbeau, avait oublié d’inclure certains équipements sans lesquels il n’était pas possible d’opérer, indique Yves Bérard. Ce qui représentait un investissement supplémentaire de 125 000 $.

Il manquait notamment la chaudière à vapeur, un équipement qui coûte plus de 75 000$ à part l’installation. « Au final, avec certains autres choix technologiques qu’il avait mal évalués, on partait avec des difficultés importantes avant le début de la production », raconte le propriétaire.

Celui-ci a d’ailleurs dû demander au maître-brasseur de quitter l’entreprise au bout d’un an, en raison d’une inconstance dans les recettes. « On a eu une dizaine de brassins qu’on a carrément dû jeter au fleuve. Parce qu’ils ne correspondaient pas aux standards de qualité que l’on souhaitait », ajoute-t-il.

Cette situation a occasionné des ruptures de stocks importantes sur les produits vedettes, et ce, pendant de longs mois. Ce qui a fait en sorte que des commerçants ont commencé à les retirer des tablettes, n’étant pas certains de pouvoir assurer un approvisionnement à leur clientèle.

Une campagne de dénigrement a également affecté l’image de marque de l’entreprise, soutient Yves Bérard. « À la suite du changement de brasseur, le Loup Rouge a été victime d’une campagne assez agressive sur les médias sociaux, témoigne-t-il. Ça aussi, ç’a contribué aux déboires du Loup Rouge ».

De l’intérêt pour sa relance

Avant de se résoudre à lancer la serviette, la semaine dernière, alors que la production était déjà arrêtée depuis un certain temps, le propriétaire cherchait activement un repreneur afin de maintenir cette activité économique en milieu sorelois.

Au cours des six derniers mois, plusieurs groupes se sont d’ailleurs présentés pour voir les installations de la microbrasserie. « Il y a des gens qui sont venus visiter, qui sont au courant de la situation, et qui vont possiblement présenter des offres. Je ne peux pas présumer des intentions de ceux que j’ai approchés, autrement que de dire qu’ils ont de l’intérêt », assure M. Bédard.

À son avis, la qualité de la nouvelle usine qui avait été démarrée en juin 2016, afin de quadrupler la production, devrait jouer en faveur du Loup Rouge. « C’est une des très belles installations de microbrasserie au Québec, fait-il valoir. C’est vraiment fait dans les règles de l’art. Ça me ferait de la peine de voir une si belle unité de production être démantelée. »

Le fait de confier la vente à un syndic de faillite devrait aussi faciliter la relance, estime le propriétaire. « Ce sont les lois de la faillite qui vont régir les dettes du Loup Rouge. Les nouveaux acquéreurs n’auront peut-être pas à traîner un si lourd passif, explique-t-il. Ça va certainement assainir les bases financières de la future entreprise. S’il y en a une. »

Yves Bérard espère que dans les prochaines semaines ou les prochains mois, une autre annonce sera faite. Cette fois pour le maintien d’une microbrasserie dans la région. Une activité qui avait d’abord débuté en 2007, alors que le Loup Rouge était une brasserie artisanale qui servait ses produits dans un bar au centre-ville de Sorel-Tracy.

« C’était l’une des raisons pour laquelle j’avais accepté de m’impliquer dans le plan de relance du Loup Rouge, il y a cinq ans. C’est-à-dire pour conserver dans la région une activité manufacturière de type brassicole », rappelle le propriétaire.

« Il y en a partout au Québec, dans des endroits beaucoup plus petit que Sorel-Tracy, qui ont réussi à faire vivre des brewpubs. Parce que le premier Loup Rouge, son plan d’affaires, c’était un brewpub, continue-t-il. Que ça n’a pas été capable de vivre dans une région comptant 50 000 personnes, avec le recul, c’est interpellant. Je ne blâmerai certainement pas la population. Il faudra regarder ailleurs. »

image