2 mars 2021
Erreurs!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Décidément, la ville de Sorel-Tracy a prêté une oreille bien attentive à la demande d’un de ses contribuables importants du centre-ville, Richardson international – évaluation 9 M$; compte de taxes 223 600 $ – consentant un nouveau parcours pour les camions lourds qui le desservent. Erreurs. Oui « erreurs » au pluriel!

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Première erreur : quelle façon cavalière de faire. Annoncer ainsi une telle décision sans avoir dévoilé au préalable qu’il était de son intention de corriger une situation dont personne ne se plaint d’ailleurs. A-t-elle oublié tous les efforts consentis en 2013 pour enfin déterminer une route des camions lourds qui allégeait les impacts de cette circulation au cœur de la ville et sur le quotidien de ses résidents? Ce tracé décrété en 2014 semblait satisfaire tous les usagers de ces voies fort achalandées, au trafic lourd commandé par les usagers des quais sorelois dont la traverse et les élévateurs à grains.

Deuxième erreur : la Ville a omis – un sacrilège en 2021 – d’aviser au préalable les citoyens affectés par ce nouveau tracé, qu’ils y vivent ou fréquentent le centre-ville. Elle a négligé d’entendre leurs réactions et de trouver avec eux la solution qui aurait le moins d’impact. Les résidents de la rue Reine, de même que les cyclistes qui empruntent le pont Turcotte pour traverser le Richelieu, doivent une fière chandelle à Corina Bastiani de les avoir alertés.

Troisième erreur : la Ville n’a jamais même tenté d’expliquer sa décision, d’exposer les avantages qu’elle y voit, de définir pourquoi cette solution lui semble logique et sécuritaire pour tous. Elle n’a pas non plus démontré comment elle concilie cette décision au fait qu’elle compte développer un accès public privilégié au quai Richelieu – où elle aménagera un parc urbain – et au Centre des arts contemporains à qui elle a permis de s’installer rue Reine.

De plus, lit-on dans la pétition déposée en ligne par des citoyens de cette rue contre cette décision : « La présence de plus d’une trentaine d’enfants sur moins d’un kilomètre du trajet projeté, la présence de trajets scolaires, du tracé de la route verte, de stationnements publics et de places d’affaires très fréquentées présentes sur ledit tracé (Prince Pizzéria, Provigo, restaurant Lafleur, Aciers Richelieu, Marché urbain Pierre-de-Saurel) » joue contre l’idée de laisser quelque 200 camions lourds par jour circuler en haute saison dans ce secteur.

C’est un fait avéré que des activités portuaires industrielles comme celles de Richardson génèrent du trafic lourd. Il faut trouver comment composer avec lui et planifier un partage raisonné de la route entre camions, automobilistes, cyclistes et piétons. Jusqu’à maintenant, aucune récrimination quant à la route du trafic lourd n’avait surgi. Voilà que tout à coup, après six ans, elle ne convient plus. Elle serait dangereuse, il y aurait trop de virages à faire, a évoqué quelqu’un. Qu’est ce qui a changé? On n’en sait rien. Il appartient à l’entreprise – dont on ne doute pas de la bonne foi ni de son engagement dans le milieu – de le dire clairement. Puis on avisera si nécessaire.

Enfin comment ne pas être surpris et déçu que ce soit le conseiller Jocelyn Mondou qui porte l’odieux de ce dossier. Qui ne connait pas sa grande préoccupation pour la vie de son quartier et ses gens? Qui donc a rédigé cette lettre aux citoyens annonçant « la décision » de la Ville de changer sa route. Puis devant la réaction des gens, l’entendre dire que ce n’était là que consultation. Cela laisse penser qu’il est pris avec une patate chaude mal cuisinée par la Ville et drôlement gérée par ses communicateurs.

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