7 avril 2020
Ensemble, ici!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Trois semaines déjà de confinement. La vie continue. Chaque semaine reçoit sa dose de restrictions de plus en plus sévères. Même le conseil municipal sorelois a demandé que son territoire soit interdit d’accès pour les déplacements non-essentiels.

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Ce qui est surprenant, d’autant que l’on a souvent qualifié de « cul-de-sac » la municipalité, évoquant que les gens ne passaient pas par ici, mais devaient avoir des raisons spécifiques d’y venir pour s’y rendre. Décidément, on vit dans une autre époque!

Celle où la santé publique prime tout. C’est d’ailleurs en son nom que le maire Péloquin réclame cette restriction d’accès, rappelant que la région ne recense que sept cas de COVID-19 en date du 6 avril et que cette décision vient appuyer les efforts de confinement de ses citoyens – dont plusieurs sont âgés – pour s’en défendre.

Fini donc les projets et joies de ceux et celles qui croyaient pouvoir utiliser leur véhicule pour « faire un tour », histoire de se changer les idées, d’élargir l’espace de quelques minutes, leurs horizons!

Pas que cette demande soit condamnable en soi. Elle manifeste de bonnes intentions, mais elle s’ajoute toutefois à toutes les autres restrictions de notre liberté individuelle qui, oui, je le sais, s’arrête là où celle des autres est menacée.

Et semble-t-il que si nous avions une panne, ou un accident, notre santé, comme celle des autres, pourrait être mise en danger! Et oui, le malheur pourrait frapper encore plus fort!

Dans le même ordre d’idées, on peut comprendre la colère des 90 employés municipaux mis à pied récemment, et ce, même s’il était possible à plusieurs de faire du télétravail. Une décision pas arrêtée pour économiser, se défend bien le maire. Mais elle prive 40 % de ses employés de leurs revenus et la Ville de leur apport à une préparation bien planifiée de l’après-pandémie!

Ils peuvent, s’ils le veulent, choisir de prendre leurs vacances. Un vrai beau moment pour les prendre sans planification et surtout assignés à la maison, non? Ils peuvent aussi prendre leurs journées de maladie – comme s’il n’y avait pas un après-COVID à prévoir.

Décidément, voilà un dossier mené malheureusement sans consultation, sans même avertissement préalable des principaux concernés. Unilatéralement. Sans entendre de possibles propositions. Oui, c’est le droit de l’employeur, direz-vous, d’en décider ainsi, de ne pas garder des employés qu’ils ne peut occuper. D’ailleurs, la convention collective le permet, a spécifié le maire.

Il y a fort à parier que la confiance des employés en leur employeur sera désormais amochée et qu’ils négocieront sûrement une clause de plancher d’emplois au renouvellement de leur prochaine convention.

Mais voilà maintenant que dimanche dernier, le premier ministre Legault annonçait que l’échéance du confinement pour tous – exception bien entendu de tous ceux qui travaillent dans les services essentiels – s’étirerait jusqu’au 4 mai, date certainement pas coulée dans le béton.

Aussi devons-nous prendre notre mal en patience et continuer de se réinventer un quotidien confiné.

Quant à moi, j’ose emprunter les très beaux mots de l’autrice Nancy Huston lus dans Le Devoir de samedi : « Je suis parce que nous sommes. » Elle expliquait ainsi pourquoi elle ne pouvait écrire qu’en France, son pays d’adoption et d’appartenance.

Je me reconnais aussi dans ces mots, moi qui, toujours journaliste dans l’âme, suis de cette région qui m’a adoptée il y a 45 ans. Je l’ai observée étroitement et l’aime profondément. Je suis parce que vous êtes. Et je me permets d’ajouter: « Soyons donc ensemble, ici! »

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