16 février 2018
Érosion des berges
Un regroupement d’élus somme Ottawa d’agir
Par: Julie Lambert

Une citoyenne de Sorel-Tracy s'inquiète du trou qui s'est formé cet été dans son muret à l'arrière de sa maison en raison de l'érosion des berges du Saint-Laurent. (Photo : Gracieuseté)

Les élus de la région s’inquiètent de l’accentuation de l’érosion des berges du fleuve Saint-Laurent depuis les dernières années. Ils ont appuyé les démarches du député de Pierre-Boucher-Les Patriotes-Verchères, Xavier Barsalou-Duval, pour demander des mesures du gouvernement fédéral afin de stopper le phénomène.

Publicité
Activer le son

Le député bloquiste a envoyé une lettre au gouvernement fédéral cosignée par les maires des principales municipalités touchées par cette problématique, dont Contrecœur et Sorel-Tracy. M. Barsalou-Duval demande des mesures au ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, comme la réfection et l’entretien des murets aménagés le long du fleuve Saint-Laurent ainsi qu’un contrôle de la vitesse des bateaux.

« J’ai été beaucoup interpellé par les citoyens depuis mon entrée en fonction. L’effet du batillage augmente la force des vagues et cela n’ira pas en s’améliorant. Le dossier traîne en longueur depuis bien avant les années 2000. Le gouvernement a fait des coupes importantes dans les budgets pour ces travaux. Ottawa ne veut pas payer pour ça », explique le politicien.

Dans un cul-de-sac

Une riveraine de Sorel-Tracy, qui a requis l’anonymat, a expliqué au journal Les 2 Rives que la situation était intenable pour elle. Sa résidence, qu’elle possède depuis 1989, a un muret qui s’effondre et elle ne sait plus quoi faire ou vers qui se tourner.

« Cela fait peut-être cinq ou six ans que le rempart s’abime. Cet hiver, un trou s’est formé d’environ 10 ou 12 pieds. Cela s’en va en se détériorant. Plusieurs fois, j’ai écrit au gouvernement fédéral et à la Ville de Sorel-Tracy. Ils ne peuvent rien. Présentement, nous sommes dans un cul-de-sac et laissés à nous-mêmes », déplore la retraitée.

Elle aimerait que le gouvernement fédéral allège les restrictions qui ne lui permettent pas de faire les travaux elle-même. En raison des règles environnementales, refaire son muret lui coûterait près de 100 000$.

« Nous sommes tous les deux à la retraite, nous n’avons pas les moyens de payer ça. Tout ce qu’on a, c’est notre maison et notre terrain. On a dû enlever notre balançoire et notre pavé uni parce qu’on craint qu’ils partent en même temps que le terrain s’il s’effondre puisque le muret est la seule chose qui le retient et il est abimé », s’attriste la dame.

Un problème en commun

Le député de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon, est bien au fait du dossier, faisant lui-même partie des citoyens touchés par cette problématique à Sorel-Tracy. M. Plamondon raconte qu’historiquement, le gouvernement fédéral faisait des murets jusqu’en 1992. Il existait aussi un programme de 3 M$ par année pour les réparer, mais il a été aboli.

« J’ai des plaintes chaque année de gens incapables de payer l’entretien et il y en a de plus en plus ailleurs. Mon propre muret, on voit bien que l’eau passe en dessous. J’avais des arbres et ils ont tous perdu leurs racines. Il y a des terrains et des maisons qui partent comme ça, mais cela n’a pas encore ébranlé le gouvernement », mentionne-t-il.

Le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, assure que le problème est connu depuis très longtemps. Le comité maritime de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), dont il fait partie, va aussi se pencher sur cette question et va soumettre ses recommandations aux différents ministres prochainement.

« La dégradation s’est accrue dans les dernières années et le problème est de plus en plus perceptible, affirme-t-il. La situation est encore plus problématique depuis les inondations du printemps dernier en raison du niveau de l’eau qui est plus haut. On va faire des représentations pour trouver des solutions », assure-t-il.

L’agrandissement du Port de Montréal à Contrecœur pourrait accentuer la problématique de l’érosion des berges du fleuve Saint-Laurent, s’inquiète le Comité zone d’intervention prioritaire (ZIP) des Seigneuries. « La problématique est déjà présente. On vient accentuer la problématique dont on n’a pas encore trouvé de solution. Le batillage n’est pas la seule cause, mais c’est une préoccupation », affirme sa directrice générale, Sophie Lemire. Le Comité ZIP estime qu’entre un à deux mètres s’effritent dans le fleuve tous les ans à la hauteur de Contrecœur.

Un phénomène naturel

La porte-parole de Transports Canada, Julie Leroux, souligne que la majeure partie de l’érosion des berges est un phénomène naturel et qu’Ottawa n’a pas de mesures pour atténuer cette problématique.

« Transports Canada n’a pas établi de programme visant à contrecarrer l’érosion des berges. Le ministère appuie plutôt les différentes initiatives conjointes visant à réduire l’effet du batillage des navires, tels que des avis à la navigation en fonction des niveaux d’eau, la mesure de réduction de vitesse volontaire et le suivi continu, de jour comme de nuit, de la vitesse des navires, tout en favorisant la sécurité et l’efficience du transport maritime. Bien que volontaire, le taux de conformité à la mesure de réduction de vitesse est autour de 99% », a-t-elle réagi.

image