14 avril 2020
Chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM)
Sylvain Caron, un Sorelois au cœur de la crise
Par: Jean-Philippe Morin

Sylvain Caron a été assermenté à titre de 40e directeur du SPVM le 12 décembre 2018. On le voit ici en compagnie de la mairesse de Montréal, Valérie Plante. Photo gracieuseté

« Ma vie personnelle est sur le hold présentement. Je suis en poste sept jours sur sept depuis le 12 mars. Ce n’est pas le temps de prendre congé… c’est important d’être là pour les citoyens. »

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Comme chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron est directement impliqué au cœur de la crise du coronavirus, alors que la métropole affiche environ la moitié de tous les cas déclarés au Québec.

Ses policiers – plus de 6000 personnes travaillent au SPVM, dont 4600 policiers – sont en première ligne chaque jour. Malgré son horaire chargé, le Sorelois d’origine a accepté d’accorder une entrevue au journal Les 2 Rives entre deux rendez-vous.

« Ma journée commence assez tôt le matin. On est sept au comité de direction, on s’est organisés pour travailler à distance avec des présences sporadiques au poste. Tous les jours, on fait un appel-conférence, alors qu’on en faisait un toutes les semaines avant. J’ai plusieurs discussions avec le ministère de la Sécurité publique, avec la Santé publique et j’ai même le temps, 90 % du temps, d’écouter les points de presse du premier ministre », lance-t-il en riant.

Une expérience qui lui sert

Embauché en 1981 comme policier à la Ville de Sorel, Sylvain Caron a gravi peu à peu les échelons au sein de la police, devenant notamment directeur de police et d’incendie en 2000 lors de la fusion entre Sorel et Tracy. Il a aussi eu à diriger des policiers municipaux pendant la guerre des motards dans la région.

Plus récemment, en 2013, il était commandant pour la région de l’Estrie lors de la tragédie de Lac-Mégantic qui a fait 47 morts. C’est lui qui a déployé les mesures d’urgence et mobilisé autant les élus que les policiers vers un but commun.

Cette fois, la crise de la COVID-19 qui sévit actuellement est différente, juge Sylvain Caron. « J’ai vécu toutes sortes de choses, dont Lac-Mégantic, mais on n’était pas directement concernés nous-mêmes. On intervenait pour un événement ponctuel dans un endroit précis. Là, en ce moment, on est tous impliqués, tous dans le même bateau. On ne sait pas quand ça va finir, contrairement, par exemple, aux inondations l’an dernier ou en 2017. C’est très particulier comme situation. Il faut s’adapter chaque jour », note-t-il.

En équipe

Un point commun rallie tous les événements marquants dans sa carrière : la force de l’équipe. « Chaque membre de l’équipe a sa responsabilité. C’est la seule façon de réussir : en équipe. On pousse tous dans le même sens en ce moment », explique-t-il.

La preuve que l’équipe lui tient à cœur : il a tenu à enregistrer des vidéos dans lesquelles il s’adresse directement aux policiers qui vont au front chaque jour.

Leur travail a quelque peu changé au cours des dernières semaines. Quotidiennement, ils doivent intervenir auprès de personnes qui peuvent être infectées par le virus. À d’autres moments, ils doivent séparer des attroupements.

« Ils ont reçu mon message dans les autopatrouilles. C’est sans précédent comme situation, alors je tenais vraiment à m’adresser à eux pour leur montrer mon support », fait-il valoir, en ajoutant que les policiers ont reçu les formations nécessaires et ont été équipés de lunettes, masques et gants.

Inspirer confiance

Sylvain Caron apparaît souvent dans les médias ces jours-ci. On le voit entre autres aux côtés de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, lors de points de presse. Il est important, dit-il, de montrer aux gens que les policiers sont présents pour les aider et surtout, d’inspirer confiance aux Montréalais et aux Québécois.

« On est en contrôle depuis le début. C’est important de trouver des solutions en équipe. On réfléchit beaucoup, on se pose des questions, on essaie de se projeter dans le temps. On est à la merci de ce qui se passe. Chaque jour, il y a des progressions de cas et beaucoup de transmission communautaire. Ce n’est pas sous contrôle totalement, mais on est bien placés pour répondre aux préoccupations du territoire », avance-t-il.

Déjà, Sylvain Caron se projette dans l’après-crise. « Les problèmes n’arrêteront pas! Il va encore y avoir des problèmes sociaux encore plus grands. On réfléchit donc déjà à comment on va être capables de faire face à ce qui va arriver », conclut-il.

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