23 octobre 2018
Sortir du carcan
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit un éditorial hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Il y a un an que #MoiAussi, après dix ans d’existence aux États-Unis, s’est répandu comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux, permettant un éveil collectif. Brisant la solitude de celles qui ont été malmenées par harcèlement ou violence sexuelle, peu importe la forme qu’elle prenait.

Ainsi, #MoiAussi a libéré la parole des femmes. Et c’est heureux. Car désormais, cette réalité n’est plus aussi taboue. À défaut d’être déposés devant les tribunaux, ces gestes sont désormais rendus publics, souvent décrits dans les détails par des victimes.

Peut-être ainsi #MoiAussi aura-t-il affecté le trop haut seuil de tolérance des gens à l’égard de ces gestes fautifs et fragilisé l’impunité de ceux qui les initient. Car il a mis en lumière la diversité des gestes posés, les séquelles néfastes qu’ils engendrent et, quand rapportés à la police, les lenteurs et contraintes que le système judiciaire impose pour leur donner suite.

#MoiAussi a ainsi remis à l’ordre du jour la notion de consentement. Une notion que l’on devrait aborder systématiquement tant à la maison avec ses enfants – filles et garçons – ainsi qu’à l’école avec tous les élèves et en milieu de travail avec tous les employés. Une notion essentielle dans ces rapports quotidiens.

Rappelons-le, #MoiAussi a grandi avec le dévoilement de relations et gestes aujourd’hui considérés comme inacceptables dans une société qui se veut égalitaire. Comme il a dévoilé de multiples gestes posés sans consentement à l’égard de pairs ou de subordonnés.

Personne n’était à l’abri, y a-t-on appris, de ces gestes qui, on le sait aussi, ont souvent des impacts démesurés sur le quotidien de ces gens et leur capacité à entrer en relation saine, donc égale, avec les autres.

En espérant aussi que des agresseurs se reconnaitront désormais comme tels. Qu’ils ne banaliseront plus les gestes qu’ils posent, qu’ils soient traduits en justice ou pas. Et qu’ils entrent dans une ère de nouveaux rapports hommes-femmes.

Autre élément que #MoiAussi aura initié est certes de nous ouvrir les yeux. D’être à l’affût de ce que vivent nos proches, notre entourage. Pour prévenir, voire dénoncer des abus.

Voilà un des bons côtés des réseaux sociaux. Cette fois, ils ont fait éclater une vérité cachée, tout en illustrant les limites du système de justice, de la réparation.

Oui, ce mouvement invite et incite à la solidarité. Comme il prescrit de ne plus excuser, mais de questionner. De se questionner devant ces situations dont aucun milieu n’est exempt.

Comme femme, nous devons nous demander ce qui est acceptable pour nous et pourquoi. Sur ce que l’on ne veut pas et pourquoi. Et surtout trouver les mots et attitudes qui nous permettront de l’affirmer chaque fois qu’il sera nécessaire de le faire. Pour chasser enfin l’ambiguïté qui colore nos rapports aux autres.

Les hommes ont aussi à faire leur bout de chemin. Cesser de se considérer comme des victimes de #MoiAussi qui ne savent plus quel geste poser à l’égard des femmes. Ils doivent écouter ce qui est exprimé, mais aussi se demander comment dire ce qu’ils ont à dire, comment mieux exprimer leurs désirs, et ce, sans agresser, sans dominer. Être plus au clair avec eux et avec l’autre. Penser en termes d’égalité avec l’autre, d’attention à son égard.

Ainsi, la société que nous construirons y gagnera et ses enfants grandiront dans une violence diminuée, dans une liberté retrouvée. Pas dans le carcan de ces stéréotypes dépassés de luttes, de conquêtes et de pouvoir non partagé!

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