17 juillet 2018
SLAV et moi
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit un éditorial hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Difficile de savoir si SLAV méritait tous les reproches que certains lui ont fait. Peu de gens ont pu voir le spectacle annulé après trois représentations. J’étais de ceux qui avaient un billet pour la prestation du 4 juillet, journée où elle a été retirée de l’affiche! Des gens ont savamment, au nom de la sécurité – nouveau concept explicatif qui gagne en popularité – décidé que je ne pouvais y assister!

Je me suis sentie tout d’un coup reportée 50 ans en arrière. Une époque où des bien-pensants prescrivaient tout ce que l’on devait croire et faire. Celle où nombre d’œuvres étaient interdites parce que leurs auteurs – écrivains, peintres, poètes, philosophes ou cinéastes – ne concevaient pas nécessairement la vie comme les censeurs le prônaient. Ils tranchaient alors clairement ce qui était bien de ce qui était mal. Pauvres nous!

La polémique autour de SLAV me donne à réfléchir. D’une part, je comprends les opposants qui dénoncent que peu de personnes noires y figurent. J’entends clairement qu’ils se sont sentis exclus du contenu d’une pièce qui parle notamment d’eux, traite d’une partie très douloureuse et condamnable de leur histoire. Lorsqu’un spectacle parle de soi, ce soi aimerait pouvoir le revoir et le corriger s’il y a lieu. Je me dis que si l’histoire des Patriotes de 1837 n’était narrée que par des anglophones, sur scène, cela me chicoterait drôlement!

Mais j’accepte et comprends aussi qu’un spectacle n’est pas – à moins qu’il ne soit présenté comme tel – un documentaire. Un spectacle est une vue de l’esprit incarnée sur scène. La perception personnelle souvent partielle et partiale d’un propos, par un auteur et son metteur en scène. Un propos qui ne fait pas nécessairement l’unanimité et n’a pas à la faire. Assister à une représentation théâtrale parfois amuse. Parfois interpelle. Le spectateur doit assumer la suite qu’il lui donnera.

Quant aux détracteurs de SLAV, ils peuvent critiquer sa démarche, mais n’ont pas à réclamer l’exclusivité du traitement d’un sujet ou le retrait simple d’une pièce. Ils se doivent plutôt de resituer le propos en long et en large dans son contexte. Contribuer à tirer des leçons de ce qu’ils peuvent nous apprendre. Ce qu’ils n’ont pas fait!

Il ne faut pas oublier non plus que la liberté d’expression – si elle n’est pas haineuse – peut mener à la création et a droit de cité au Québec. Même si, aujourd’hui, il est de plus en plus difficile de s’en prévaloir. Car l’avènement des réseaux sociaux a notamment donné libre-cours à la parole de qui veut la prendre. C’est bien. Malheureusement, souvent cette parole est loin d’en être une d’expression et d’opinion, mais de jugement court et arrêté. Et ce, même localement. Ses auteurs y trouveraient-ils un soulagement à leurs propres frustrations face aux limites qu’ils pensent subir?

Ce faisant, on n’est plus en quête d’un vivre ensemble, mais plutôt d’une vie en silo avec ceux qui pensent comme soi. Nous sommes tous perdants dans cette approche. Car trop peu de personnes cherchent à vraiment comprendre la vision de l’autre, puis de réévaluer, s’il le faut, la leur.

Les gens s’autocensurent de moins en moins, mais souhaitent plutôt censurer les autres, les affublant souvent de tous les noms et de tous les torts. Veut-on vraiment d’un tel Sorel-Tracy? D’un tel Québec? D’un tel monde? Pour ma part, NON.

Je crois que l’Histoire nous a tous marqués ainsi que nos ancêtres, à sa façon. Il nous appartient à tous d’en trouver le sens et de le décoder le mieux possible. Celui qui nous permettra de mieux nous comprendre et nous entendre!

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