27 juin 2017
Reproduction illégale de pitbulls : un fléau à Sorel-Tracy
Par: Sarah-Eve Charland
En moyenne, entre 30% et 40% de la population canine au Centre animalier Pierre-De Saurel sont des pitbulls. | TC Média - Julie Lambert

En moyenne, entre 30% et 40% de la population canine au Centre animalier Pierre-De Saurel sont des pitbulls. | TC Média - Julie Lambert

La reproduction illégale de chiens de type pitbull devient de plus en plus présente à Sorel-Tracy. Ayant des pouvoirs limités, le contrôleur animalier, Marc-André Dionne, a le cœur brisé toutes les fois qu’il enquête, impuissant, sur de nouveaux cas.

En ce moment, il enquête sur quatre personnes susceptibles de faire de la reproduction de pitbulls à Sorel-Tracy. En milieu résidentiel, il est interdit de faire de la reproduction ou de l’élevage d’animaux.

Même s’il s’agit d’un règlement municipal, la Ville a donné le mandat d’appliquer le règlement au Centre animalier Pierre-De Saurel (CAPS). L’organisme peut seulement donner des constats d’infraction. Pour une première infraction, les amendes s’élèvent entre 50$ et 500$. Pour des récidives, les amendes peuvent atteindre 2000$.

« Je ne peux pas saisir les chiens. Je dois convaincre le propriétaire que l’animal sera mieux au CAPS. Ce que je peux faire, c’est prendre les chiens lorsque les propriétaires en ont plus que le règlement le permet. Je peux donner des amendes, mais c’est une démarche à refaire continuellement », affirme M. Dionne.

De son côté, la Sûreté du Québec n’agit pas dans ce type de dossier. Les policiers peuvent intervenir lorsqu’il s’agit d’une infraction criminelle et pour certains règlements municipaux ciblés. Ce n’est pas le cas pour la reproduction illégale d’animaux.

La problématique touche particulièrement les chiens de type pitbull, y compris l’american pitbull-terrier et l’american staffordshire terrier.

En moyenne, entre 30% et 40% de la population canine au CAPS sont des pitbulls. Le 29 avril, l’organisme a organisé un Bed-In pour sensibiliser la population aux chiens de type pitbull. À ce moment, neuf chiens sur les 18 pensionnaires du centre étaient des pitbulls.

Des cas graves

Depuis l’ouverture du centre, deux chiennes de type pitbull se sont retrouvées au CAPS après avoir mis bas plusieurs portées de chiots. La première est arrivée en 2015. On estime qu’elle avait eu cinq portées en deux ou trois ans.

Quant à la deuxième, le CAPS croit qu’elle a mis au monde entre 23 et 26 chiots. Ces accouchements avaient laissé des traces alors que ses mamelles pendaient anormalement.

« Souvent, ces chiots sont maltraités. Ils peuvent être vendus à deux mois. C’est trop tôt. Ils n’ont pas eu le temps de sociabiliser avec leurs frères et sœurs. Ils peuvent donc développer des comportements inadéquats », souligne le contrôleur animalier.

Les gens peuvent également porter plainte afin de déclarer ces actes comme de la cruauté animale.

« Les gens portent rarement plainte puisqu’ils devront témoigner devant la Cour. Ça leur fait peur », mentionne-t-il.

Règlement municipal

L’élevage d’animaux, incluant les chiens et chats, est autorisé à Sorel-Tracy seulement en zone agricole avec un permis du Service du plan d’urbanisme. En zone urbaine, le nombre d’animaux autorisé s’élève à trois, dont un maximum de deux chiens.

Un hobby cher payé

En plus de mettre en péril la santé des animaux, la reproduction abusive et non réglementée par des citoyens ordinaires a aussi des impacts importants sur la surpopulation animale, croit la vétérinaire Marie-Claude Lavallée.

Habituellement, les éleveurs attendent la troisième chaleur pour commencer la reproduction et privilégient souvent que la mère n’ait qu’une portée par année, explique Mme Lavallée. Les personnes qui font ça chez eux peuvent parfois faire accoupler leur chienne jusqu’à trois fois par année.

« Cette façon de faire peut être très exigeante sur le corps de l’animal. Si elle allaite une dizaine de chiots et qu’elle n’est pas bien nourrie, cela peut faire en sorte qu’elle puise des nutriments dans ses réserves. On a déjà vu des chiennes dans cette situation devenir très maigres », déplore la vétérinaire.

Pour la docteure des animaux à l’Hôpital vétérinaire du Bas-Richelieu, il faut sensibiliser la population aux impacts de ce passe-temps pour éviter que monsieur ou madame tout le monde se lance dans la reproduction.

« C’est très payant. C’est pourquoi plusieurs personnes le font. Si les gens n’ont pas de compétences, ils ne devraient pas en faire. Les animaux devraient toujours être stérilisés », croit Mme Lavallée.

Selon elle, il faudrait obliger les propriétaires d’animaux souhaitant faire de la reproduction à se munir d’un permis et à suivre des cours sur la reproduction, ce qui permettrait d’éviter la transmission de maladies génétiques.

« Le problème, ce n’est pas la reproduction, mais tout ce qui vient avec ça. Les propriétaires tannés de payer pour des traitements peuvent abandonner leurs animaux. Les impacts sont doubles et ce sont les chiots qui en paient le prix. Il ne devrait pas y avoir de reproduction afin d’éviter que ces animaux se retrouvent dans les refuges ou soient euthanasiés », met en garde la vétérinaire.

Avec la collaboration de Julie Lambert.

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