18 février 2020
Manon Trudel et son conjoint toujours sur le Diamond Princess
Par: Sébastien Lacroix
Manon Trudel et Julien Bergeron ont pu sortir prendre l’air une heure tous les trois jours.
Photo gracieuseté

Manon Trudel et Julien Bergeron ont pu sortir prendre l’air une heure tous les trois jours. Photo gracieuseté

S’ils espéraient revenir au pays dans les prochains jours, Manon Trudel et son conjoint Julien Bergeron sont toujours à bord du Diamond Princess, au Japon, sur lequel 88 nouveaux cas se sont déclarés pour porter le total à plus de 540 croisiéristes infectés.

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Le conjoint de celle qui enseigne au Cégep de Sorel-Tracy a en effet été testé positif, hier soir, quelques heures après que le Canada ait annoncé qu’il allait rapatrier ses citoyens à bord du navire à partir d’un vol nolisé.

Au total, 256 Canadiens voyageaient à bord du Diamond Princess et 32 sont infectés par le coronavirus, dont Julien Bergeron.

S’ils devaient être pris en charge par le système de santé japonais, ils sont encore sur le navire nous a confirmé Flavie Trudel, la sœur de Manon, qui est la porte-parole du couple à l’étranger. « Ils ne savent pas encore s’ils vont sortir. Les hôpitaux sont remplis », a-t-elle indiqué en entrevue avec Les 2 Rives.

Elle souhaite maintenant qu’étant donné le nombre élevé de passagers canadiens qui ont contracté le virus, un autre avion soit nolisé par le gouvernement Trudeau pour rapatrier les malades et les soigner au pays.

Même si elle n’a pas été testée positive, l’enseignante, qui avait pris un congé sans solde, a décidé de demeurer avec son conjoint. « Elle ne veut pas partir », a souligné sa sœur Flavie Trudel, qui multiplie les démarches politiques depuis le début de la quarantaine.

Depuis le 5 février, le couple vit des moments très angoissants. Puisqu’ils craignaient d’être contaminés en demeurant sur le navire. L’avenir leur a finalement donné raison… « Encore plus aberrant, c’est qu’ils ont reçu une lettre leur indiquant qu’ils avaient encore le droit d’aller se promener sur le pont une heure par jour pour, entre guillemets, aller en contaminer d’autres… Ils ne le feront pas, évidemment, mais il y en a qui le font », déplore Flavie Trudel.

Dès le départ, Manon Trudel, qui enseigne la santé et la sécurité au travail au Cégep de Sorel-Tracy soulignait à grands traits que le bateau de croisière n’est pas conçu pour une mise en quarantaine, et ce, malgré l’arrivée d’une quarantaine de médecins à bord.

Haut risque

Très informée des possibilités de transmission, puisqu’elle donne le cours sur les risques biologiques, elle s’inquiétait de la possibilité de contracter le coronavirus en restant dans sa chambre. Que ce soit en respirant l’air poussé par la ventilation, en se brossant les dents ou en se lavant les mains.

Dès le début de la quarantaine, qui devait durer moins 14 jours, elle a demandé des masques N95 ou P100. Puisque les masques chirurgicaux qui ont été distribués ne sont pas efficaces pour empêcher le virus de passer. Depuis samedi, elle a observé que le personnel du bateau porte désormais les masques adéquats, mais pas les passagers.

Pire encore, c’est en lisant le journal The Japan Times, qu’elle et son mari ont appris qu’un officier qui coordonnait les mesures d’urgence a contracté le coronavirus durant la quarantaine. L’une des pires nouvelles pour le couple. Puisque cette personne a passé dans plusieurs cabines pour prendre la température des passagers en plus de travailler au laboratoire.

Tout ce temps, ils ont été confinés à la cabine E106, sans hublot ni balcon. Le couple ne pouvait aller prendre l’air qu’une heure une fois tous les trois jours. Manon Trudel a d’ailleurs fait une demande pour changer de chambre afin de pouvoir ouvrir une fenêtre pour l’aération, mais elle lui a été refusée.

Pendant ce temps, le couple ne pouvait se fier qu’au téléviseur pour savoir si c’était le jour ou la nuit. Par la magie des technologies, ils ont pu maintenir des contacts avec l’extérieur par le biais des réseaux sociaux.

C’est ainsi qu’ils ont pu communiquer par Facebook avec Flavie Trudel, la sœur de Manon, qui a également été enseignante au Cégep de Sorel-Tracy durant les années 1980. Celle-ci a multiplié les démarches auprès des différentes instances politiques en contactant des députés, des ministres, et même le bureau du premier ministre Justin Trudeau.

Ils ont aussi pu réaliser des entrevues avec des médias au Québec, au Canada et de partout dans le monde. La pression exercée par les journalistes a d’ailleurs eu des effets en dévoilant les craintes au grand jour.

Manon Trudel et Julien Bergeron s’impatientaient d’ailleurs la semaine dernière quand il a été annoncé que les personnes âgées pourraient sortir du bateau. « Nous ne sommes pas assez vieux, pas assez malades et pas assez riches… pensez au Titanic », ont-ils ironisé depuis leur cabine.

Puis le lendemain, quand le capitaine a annoncé que les Américains allaient rapatrier ses passagers, ils ont lancé : « Pendant ce temps-là, au Québec et au Canada ZZZZZZ (on dort). »

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