5 septembre 2019
(Lettre ouverte) Reconnaître l’évidence…
Par: Deux Rives

La gestion de hauts niveaux d’eau sur le Saint-Laurent a permis d’assurer un approvisionnement sécuritaire en eau potable à toutes les municipalités riveraines. Elle a aussi permis de mieux contrôler les inondations printanières (ce qui n’est plus le cas avec les changements climatiques) afin d’éviter les dommages aux riverains. Et finalement, elle a aussi permis de développer une voie maritime de calibre internationale. Cependant, elle a provoqué un sévère problème d’érosion qui malheureusement n’est pas reconnu.

Il est difficile, même pour les gestionnaires, ainsi que pour nous contemporains que nous sommes, de pouvoir imaginer que le fleuve maîtrisait un phénomène naturel qu’est l’érosion par un court cycle de hautes eaux printanières suivi par un long cycle de basses eaux tout le reste de l’année. C’est pourtant la réalité et aussi ce qu’il faut que nous fassions reconnaître…

Pour mieux comprendre le cycle naturel des eaux du fleuve avant l’arrivée de la voie maritime…

Lors d’un des voyages de Jacques Cartier en direction d’Hochelaga le petit navire de bois qu’utilisait le découvreur s’échoua à la hauteur de Pointe-du-Lac près de Trois-Rivières. Jacques Cartier a dû utiliser une petite barque afin d’atteindre Hochelaga avec l’aide d’Autochtones du coin. Les bas niveaux d’eau de ce début d’été ne permettaient pas le passage de son navire. Il revient cependant une deuxième fois, et cette fois en fin de printemps, ce qui lui permit de naviguer facilement en direction d’Hochelaga. À ce même endroit aujourd’hui, ce sont d’immenses navires océaniques qui tout au long de l’année naviguent en direction de Montréal. Le fleuve Saint-Laurent dans le passé s’asséchait littéralement certaines années, à un point tel que la Ville de Montréal a déjà risqué de manquer d’eau à cause de très bas niveau d’eau dans les années 1900.

Avant l’instauration de la voie maritime, il existait un cycle naturel des niveaux d’eau qui pouvait s’apparenter à un cycle de marée haute et basse. Les hautes eaux printanières, causées par la fonte des neiges et les pluies printanières, provenant principalement du débordement des Grands Lacs et de la Rivière des Outaouais, s’apparentaient à une haute marée (qui en effet n’en est pas une) pouvant causer de l’érosion. Cependant, ces hautes eaux printanières étaient si importantes qu’elles envahissaient la berge bien au-dessous du talus soit jusqu’à la terre ferme. Par conséquent, elles ne causaient pratiquement pas d’érosion. Suivait ensuite, selon les années, pendant quelques semaines voire plus d’un mois, une décrue qui apportait une baisse

des eaux marquées qui favorisait le maintien d’une végétation protectrice très efficace contre l’érosion.

Ce qui cause la sévère érosion constatée jusqu’à ce jour, comparativement au cycle naturel des eaux avant l’instauration de la voie maritime, est le maintien de hauts niveaux que l’on pourrait comparer à une haute marée permanente (même si cela n’en est pas une). À titre de comparaison, si dans le bas du fleuve il n’y avait plus de basse marée et uniquement de haute marée… il y aurait une érosion permanente, et cela 24 heures par jour et 365 jours par année. C’est précisément ce que l’on constate avec la gestion de hauts niveaux dans notre secteur. Les hauts niveaux d’eau sont les seuls responsables. À titre d’exemple, pensez à abaisser, comme avant l’arrivée de la voie maritime, les niveaux d’eau de près de deux à trois mètres. Eh bien, on ne constaterait aucune érosion puisque l’eau, les vagues et la force du courant n’atteindraient plus les berges. Auparavant, l’eau n’atteignait les berges que pendant une courte période de l’année et par surcroît, les inondations étaient si importantes qu’elles noyaient carrément la terre ferme protégeant ainsi les talus en passant au-dessus.

Les vagues de bateaux et les forts vents occasionnels provoquent des vagues qui agressent les berges en favorisant de l’érosion. Cependant, comme mentionné ci-haut, si le niveau de l’eau était comme avant l’instauration de la voie maritime de 2 à 3 mètres plus bas, ces mêmes vagues n’auraient aucun effet. C’est pour cette raison qu’il n’existait pas d’érosion, aussi sévère qu’aujourd’hui, avant l’arrivée de la voie maritime. Lors de la mise place de la voie maritime et de la gestion de hauts niveaux, les gestionnaires de l’époque ont rapidement constaté une sévère érosion. Ils ont procédé, en toute équité envers les propriétaires riverains, à la mise en place d’ouvrages de protection au frais du gouvernement.

C’est cette constatation qu’il faut faire reconnaître aux gestionnaires ou au gouvernement pour obtenir compensation et financement d’un programme de protection des rives. C’est le maintien de haut niveau d’eau favorable à la navigation marchande qui est la principale cause de l’érosion. La politique d’utilisateur/payeur doit s’appliquer dans ce cas-ci.

Normand Gariépy, Sorel-Tracy

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