25 février 2020
Les jeunes : notre lueur d’espoir
Par: Deux Rives

[LETTRE OUVERTE] Ces temps-ci, étant enseignante, je suis bombardée d’informations, souvent négatives…

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Lorsque j’ouvre mon Facebook, je lis les commentaires de mes collègues sur les offres dégradantes de notre gouvernement envers les profs et les jeunes. Quand j’allume le 98.5 FM pour écouter les nouvelles, c’est pour entendre l’hypocrisie à son plus haut niveau : le ministre dit qu’il y aura moins d’élèves en difficulté dans nos classes… Ben oui, il enlève les cotes de difficulté et ensuite, il dit aux Québécois : « Regardez, il y a moins d’élèves en difficulté dans vos classes! » Magie! Il nous croit si naïfs!

Et pour couronner le tout, il y a les commentaires de certaines personnes, manifestement éloignées du système d’éducation, qui sont méprisants… pas étonnant, il y en a encore qui sortent d’une boite à surprises et qui pensent que nous ne faisons rien en journées pédagogiques. J’aimerais bien me mettre une petite caméra sur la tête pour qu’ils puissent me suivre toute la journée ceux-là! Ils seraient surpris de mon horaire!

C’est un peu comme l’intimidation. Un commentaire, ça passe, mais plusieurs, c’est lourd…

Bref, vous comprenez dans quel climat je baigne… on a beau être en février et se dire que les journées rallongent, parfois, j’ai besoin de plus que ça pour me requinquer! Et savez-vous ce que je fais dans ces cas-là?

Je reste dans ma classe. Là, il y a toujours un élève qui vient me voir et qui me fait rire. Les ados me sortent souvent une niaiserie qui me change les idées. Il y en a d’autres qui en profitent pour venir faire des phrases du jour pour s’améliorer… ils m’inspirent tellement, ceux-là! Pas certaine que j’aurais fait la même chose à leur âge… ils sont persévérants, ils sont plein de courage. Ils me rappellent pourquoi je reste en enseignement. Pour eux. Ils sont beaux. Je vous l’avais écrit l’an passé, dans une autre lettre ouverte. Et mon opinion n’a pas changé.

Il y a deux semaines, j’ai mis mon chandail représentant nos demandes syndicales. Et mon chandail, je le hais, tout le monde à l’école le sait. Parce que ça fait 12 ans que nous en portons un, et nos conditions ne se sont jamais améliorées. Mais je le mets par solidarité. Parce qu’il faut que ça change. Parce que c’est insultant qu’on refuse de voir notre réalité. Et encore une fois, ce sont les jeunes qui m’ont encouragée :« Ben voyons! Émilie, tout le monde le sait que vous en faites toujours plus, pourquoi le gouvernement ne fait rien? » Excellente question! J’ignore la réponse.

Pendant ce temps, je prépare les ordis pour le test de lecture. Depuis une dizaine d’années, nous installons nos élèves dyslexiques sur ordinateurs, nous numérisons leurs textes, nous leur permettons de les écouter, nous installons des logiciels qui vont les aider, mais l’informatique vient avec son lot de problèmes, certains ordis ne fonctionnent pas comme d’autres, il va falloir que je travaille là-dessus à 16 h. Ce n’est qu’un exemple de ce que nous appelons « l’alourdissement de notre tâche ». Mais nous le faisons jour après jour. Parce que c’est important pour eux. Et ils sont importants pour nous. Le gouvernement a le beau jeu. Jamais je ne voudrais cesser ce que je fais pour les aider. Alors je mets mon chandail… je suis loin de me coucher sur les rails!

Et ces jeunes qui ont des besoins particuliers m’impressionnent tellement! La vie leur a compliqué la tâche et pourtant, ils s’acharnent à réussir et à tirer leur épingle du jeu, comme les autres. Je sais qu’ils iront loin dans la vie, car ils ont déjà traversé tant d’obstacles! Ces jeunes sont, encore une fois, une source d’inspiration.

Les jeunes sont beaux, ils ont plein d’idées, ils ne sont pas encore aigris ou amers… Au contraire, certains sont remplis d’espoir, ils tentent d’innover, ils sont curieux. Alors, comme la relâche s’en vient, voici le message que je voulais livrer : prenez le temps de discuter avec vos ados. Décrochez-les de leur téléphone et jasez avec eux, vous verrez qu’ils comprennent bien plus de choses que ce qu’on pourrait penser. Laissez-les vous inspirer comme ils m’inspirent. Parce que, avec ce que j’entends ces temps-ci, ils sont, certainement, ma lueur d’espoir.

Émilie Joly, Sorel-Tracy

Lisez la réponse du député de Richelieu publiée dans le journal Les 2 Rives du mardi 10 mars ici.

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