7 septembre 2016
Le suicide d’un proche laisse des traces indélébiles
Par: Louise Grégoire-Racicot
L’homme d’affaires sorelois maintenant retraité, Normand Fortin. | Photo: Photo TC Média - Pascal Cournoyer

L’homme d’affaires sorelois maintenant retraité, Normand Fortin. | Photo: Photo TC Média - Pascal Cournoyer

Seize ans après le suicide de son jeune frère et filleul André « Dédé » Fortin, l’homme d’affaires sorelois Normand Fortin évoque encore difficilement la disparition brutale de l’auteur-compositeur chanteur, fondateur du groupe musical Les Colocs.

« On entend sa musique à la radio presque tous les jours. Des émissions parlent souvent de lui, ces temps-ci. Ce qui ramène son souvenir à la surface. »

Le 27 août dernier par exemple, il a assisté au Festival international de la chanson de Granby à cette soirée qu’ils ont appelé la « Messe à Dédé Fortin ». Ce soir-là, des artistes, y compris le Sorelois Antoine Lachance, ont interprété diverses compositions de l’auteur disparu pour commémorer son œuvre, à l’occasion du 25e anniversaire de son passage à Granby.

« J’ai été à fleur de peau toute la soirée, Particulièrement quand Isabelle Boulay a chanté «À vous », une chanson qu’avait écrite Dédé pour nos parents à l’occasion de leur 50e anniversaire et dans laquelle il avouait être un peu jaloux de leur histoire d’amour. Je l’avais déjà entendue, mais elle m’a fortement parlé. »

Et de poursuivre : « Il n’y a aucun doute: le suicide d’un proche laisse toujours des traces indélébiles. Les années ne changent rien à la douleur. Faut surtout chercher à faire en sorte que ça n’arrive pas », insiste-t-il.

Une fondation

C’était d’ailleurs le vœu des dix frères et sœurs de Dédé Fortin qui ont choisi de créer une fondation à son nom : la Fondation Dédé Fortin. « Pour transformer un évènement tragique en initiative constructive, mais aussi pour poursuivre son œuvre d’artiste qui a marqué le Québec », explique M. Fortin.

La fondation ne dispense pas de services directs, poursuit-il, mais apporte un appui particulier aux Centres de prévention du suicide en faisant la promotion de la ligne d’aide 1 866 APPELLE (1 866 277-3553) disponible 24 heures par jour, sept jours par semaine, dans toutes ses communications – articles, communiqués, événements, dépliants et site Web.

Elle organise elle-même des activités, dont une longue marche au Lac Saint-Jean, propose des conférences sur le désarroi chez les hommes et reçoit des dons d’organisations sensibles à sa cause, qui est de prévenir le suicide, apporter un support à des gens atteints de maladie mentale, à des familles endeuillées.

La majorité de ses services touchent l’ensemble de la population, mais la fondation a choisi de consacrer son budget de financement aux organismes qui viennent en aide aux hommes en difficulté, en détresse.

« Il n’y a qu’à consulter les statistiques. La grande majorité des personnes décédées par suicide sont des hommes. C’est là que les besoins sont les plus criants. On veut agir pour éviter que d’autres Dédé ne passent à l’acte. Voilà pourquoi elle a décidé de financer des initiatives qui concernent plus particulièrement les hommes en détresse », spécifie-t-il.

Elle supporte aussi le CRISE, un centre de recherche qui vise à diminuer le suicide et les comportements suicidaires. Elle y décerne des bourses aux chercheurs. Comme elle organise des conférences sur la détresse des hommes à des entreprises et des organismes

Cet engagement ne ramènera pas leur frère, reconnait M. Fortin. « Il est trop tard pour lui, mais il est encore temps pour des milliers de Québécois de se rendre compte à quel point le suicide est une erreur, un geste irréversible », répète-t-il aux groupes qui supportent la fondation.

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