24 avril 2018
Le principe de la saucisse fraîche
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit un éditorial hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Difficile semaine pour les amateurs de spectacles : la mort annoncée du Marine Cabaret a précédé de quelques jours celle de l’Espace Show.

À l’instar de celles de d’autres régions, ces petites salles de spectacle disparaissent, faute de revenus suffisants pour assurer leur viabilité.

D’autant que leurs propriétaires croient que l’ouverture, à l’été, du restaurant de type cabaret-spectacle de Pascalin Raynault, sur le quai Catherine-Legardeur, rendra la compétition plus féroce encore.

Dans les deux cas, de petites équipes ont porté à bout de bras ces salles.

Oui, c’est un coup dur pour les spectateurs, mais aussi pour la vitalité nocturne du centre-ville sorelois ainsi que pour les artistes qui s’y produisaient.

Aujourd’hui, plusieurs facteurs compliquent la rentabilité du monde du spectacle, dont l’âge de la population. Celle de la région vieillit.

Les gens consacrent beaucoup d’argent à Internet, Netflix, la télé, le téléphone mobile, etc. Ils en ont sûrement moins pour sortir. Ce qui n’était pas vraiment le cas il y a 15 ans.

Enfin, de nombreuses salles de spectacles ont surgi aux alentours à Saint-Hyacinthe, au Bas St-François, sur la Rive-Sud, attirant des Sorelois en mal d’une sortie plus « exotique ». Sans compter tous ces festivals aux thématiques diverses et la réouverture au centre-ville du Marché des arts Desjardins dans une salle plus moderne, mieux adaptée à tous. Ainsi, l’offre de spectacles s’est multipliée, à portée de main.

Oui, le Marine Cabaret a contribué depuis 12 ans à l’essor de bands locaux, d’artistes et humoristes émergents et de groupes Hommage qui ont besoin de tels espaces pour se développer. Comme l’Espace Show, il s’adressait à une clientèle spécifique. Mais les « sorteux » y manqueront certes au centre-ville, ces lieux d’animation conviviale qu’ils sont.

En annonçant sa décision, Maude Leblanc (Espace Show) déplorait que la Ville de Sorel-Tracy ne s’intéresse pas de plus près au sort de ses commerçants. Elle n’a pas totalement tort.

Oui, la Ville considère la vie commerciale comme une activité importante, mais n’y consacre pas nécessairement assez de temps et d’argent.

L’exemple de Drummondville parle : l’équipe de son commissaire au commerce sait poser des gestes qui portent. Le commerce y est florissant. Il urge que la Ville s’en inspire!

Heureusement, on peut croire qu’il y a maintenant une meilleure complicité entre la Chambre de commerce et l’administration municipale, ce qui ne nuira certes pas.

Déjà, la Ville fait ce que doit en matière d’urbanisme et d’embellissement du centre-ville, facteurs essentiels pour inspirer le goût de le fréquenter plus assidûment.

Mais cela ne peut se limiter non plus à l’ajout de Statera et des installations dont l’organisme bénéficie. Il faut qu’intervenants du monde politique et des affaires travaillent plus à l’unisson!

Il faut aussi que les diffuseurs connaissent mieux encore leur clientèle et s’efforcent de la fidéliser mieux. Donc varier leur programmation et se coordonner pour diversifier l’offre de spectacles.

Car ils œuvrent dans un secteur d’activité qui ne tient pas toujours ses promesses. Et que des impératifs financiers finissent souvent malheureusement par les étouffer.

Quant aux amateurs d’art et de culture, ils ne doivent pas hésiter à fréquenter les spectacles ici plutôt que d’aller voir ces mêmes spectacles à l’extérieur. Une façon concrète de contribuer au maintien de la qualité de vie de la région.

Car le principe même de la saucisse fraîche va de soi ici : plus les spectacles sont fréquentés, plus les diffuseurs ont les moyens de diversifier leur offre. Et plus l’offre sera diversifiée, plus elle répondra à nos besoins et intérêts!

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