22 mai 2015
Le pédophile André Pépin déclaré coupable
Par: Sarah-Eve Charland
André Pépin a été reconnu coupable pour la majorité des chefs d’accusation qui pesaient contre lui. | TC Média - Sarah-Eve Charland

André Pépin a été reconnu coupable pour la majorité des chefs d’accusation qui pesaient contre lui. | TC Média - Sarah-Eve Charland

DR-22052015-AndrePepin | TC Média - Jean-Philippe Morin

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DR-22052015-AndrePepin | Gracieuseté - Sûreté du Québec

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Le pédophile de 59 ans André Pépin a été reconnu coupable pour 29 des 39 chefs d’accusation, la plupart à caractère sexuel, qui pesaient contre lui. La décision du juge Denys Noël est tombée le 19 mai dernier au palais de justice de Sorel-Tracy.

:« Certaines réponses de l’accusé durant son témoignage sont invraisemblables. Il est clair qu’il s’agit d’un manipulateur cherchant à extorquer des relations sexuelles de ses victimes », a affirmé sans détour le juge, devant un André Pépin visiblement calme, la tête baissée, de dos au public venu assister au verdict.

Dix victimes, dont la plupart étaient des garçons d’âge mineur, ont porté plainte contre lui. M. Pépin a été reconnu coupable d’agression sexuelle sur neuf d’entre elles. Ces agressions se sont déroulées entre 1993 et 2013.

Le quinquagénaire a été arrêté en avril 2013 et est demeuré détenu depuis ce temps. Il a déjà purgé 23 mois de prison pour des crimes semblables survenus au début des années 90.

André Pépin a drogué certaines des victimes à leur insu afin d’obtenir des faveurs sexuelles. Dans d’autres cas, il proposait du cannabis en échange de relations sexuelles.

Le jugement se basait sur la crédibilité des témoignages de l’accusé et des plaignants. Durant l’interrogatoire de M. Pépin, il hésitait souvent, prenait de longues respirations et se souvenait de ce dont il voulait bien se souvenir, a souligné le juge.

« J’en arrive à la conclusion qu’il n’est pas crédible. Il ne paraît aucunement sincère. L’accusé contredit son propre témoin. Ses antécédents affectent sa crédibilité, d’autant plus qu’il tente d’en minimiser son importance », ajoute M. Noël.

Par la suite, il a relaté chacun des témoignages des plaignants pour en juger leur crédibilité. Il en est venu à reconnaître coupable l’accusé sur 29 chefs d’accusation.

La Couronne satisfaite du verdict

La procureure de la Couronne, Geneviève Beaudin, était soulagée de l’issue du dossier. « Je suis très contente, mais je le suis surtout pour les victimes. J’espère de tout cœur que ça va les aider à tourner la page et à se reconstruire une confiance. »

Elle a demandé des rapports présentenciel et sexologique qui seront déposés le 28 juillet devant la cour afin d’évaluer le risque de récidive. Dépendamment des résultats des rapports, elle compte demander d’enregistrer M. Pépin sur la liste des délinquants sexuels à contrôler et/ou dangereux.

À la suite de ce dépôt, les avocats présenteront leurs plaidoiries sur la sentence.

La défense ira en appel

Dans un bref commentaire, l’avocat de la défense, Luc Forcier, a réagi au jugement. « Il y a eu des acquittements, mais trop de condamnations. Je considère que l’accusé n’a pas eu droit à la présomption d’innocence. Je vais porter la cause devant un banc de trois juges en cour d’appel. »

Les victimes peuvent tourner la page

Le verdict de culpabilité du pédophile André Pépin tombé le 19 mai dernier soulage plusieurs des victimes.

Nathan (nom fictif), qui a déjà raconté son calvaire dans nos pages en octobre 2013, a suivi les procédures judiciaires du début jusqu’à la fin.

« C’était important pour mon cheminement personnel. Cette agression sexuelle a eu des séquelles permanentes sur ma vie. J’ai tout perdu à cause de cela. Ça fait 24 ans que j’attends ce jour. Je peux enfin tourner la page, mais il me reste du travail », a-t-il affirmé en sortant de la salle de cour quelques minutes après la lecture du jugement.

Bien qu’il était réticent à faire confiance à la justice, il est plus que satisfait de l’issue du dossier.

« Ç’a été un procès juste et équitable pour tout le monde, autant pour les victimes que pour l’accusé. Je tiens à remercier Geneviève Clarke du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) et la procureure de la Couronne, Geneviève Beaudin. Sans elles, je ne sais pas comment j’aurais réussi à passer à travers le système judiciaire. »

Une autre victime qui a témoigné dans le cadre de ce procès a bien hâte que le dossier soit clos pour de bon. Elle est toutefois rattachée à un autre dossier toujours en cours en lien avec l’accusé.

Le processus s’est révélé long et douloureux pour cette victime. Bien qu’elle soit contente du verdict, elle affirme qu’elle sera soulagée seulement au moment d’entendre la sentence.

« Le système judiciaire est vraiment long. Ça fait vivre de l’extrême angoisse aux victimes. Ça fait deux ans que je suis dans le processus. C’est comme si j’avais mis ma vie en pause pendant deux ans. Il n’y a pas une journée où je n’y ai pas pensé. Il est temps que ça finisse. »

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