3 mai 2016
Fuites commerciales : un plan d’action long à se concrétiser
Par: Julie Lambert
Les gens profitent des rabais pour magasiner lors du Black Friday, Vendredi Fou, sur la rue Sainte-Catherine Ouest, à Montréal en ce vendredi 29 novembre 2013.JOEL LEMAY/AGENCE QMI | JOEL LEMAY/AGENCE QMI/QMI AGENCY

Les gens profitent des rabais pour magasiner lors du Black Friday, Vendredi Fou, sur la rue Sainte-Catherine Ouest, à Montréal en ce vendredi 29 novembre 2013.JOEL LEMAY/AGENCE QMI | JOEL LEMAY/AGENCE QMI/QMI AGENCY

Trois achats sur dix sont effectués à l’extérieur de la région. Ce phénomène de « fuite commerciale » n’est pas nouveau, mais une étude, qui a coûté 37 265$ aux contribuables, a été publiée en 2012 afin de redresser la situation. Quatre ans le dépôt de cette étude, peu d’actions concrètes issues des recommandations ont été mises en branle, selon la Chambre de commerce de Sorel-Tracy.

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Malgré 88 orientations publiées dans cette étude afin de dynamiser la vie commerciale, moins d’une dizaine d’actions ont été réalisées au cours des dernières années, a-t-on constaté.

La directrice générale du Centre local de développement (CLD) Pierre-De Saurel, Josée Plamondon, souligne que l’objectif visé par l’étude en 2012 était de réussir à donner un souffle au développement commercial de concert avec les municipalités de la région.

Les deux actions principales ont été de localiser les pôles commerciaux de la région en les intégrant au plan d’urbanisme des municipalités et d’engager quelqu’un à temps plein pour travailler sur ce dossier. En 2013, Julie Salvail est devenue la déléguée au développement commercial à la Ville de Sorel-Tracy.

« C’était la chose la plus importante à faire. Le comité de suivi travaillait sur ça, mais comme personne n’était responsable du dossier et ne pouvait s’y consacrer à temps plein, les actions étaient plus longues à se réaliser », explique-t-elle.

Peu d’avancements

Selon le directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie de Sorel-Tracy, Marcel Robert, peu d’actions ont été accomplies depuis le dépôt de l’étude sauf une, soit l’embauche d’une déléguée au développement commercial.

« Il n’y a pas eu grand suite à ça. D’autres villes sont plus proactives que nous, et ce, depuis une dizaine d’années. L’étude a surtout servi à donner un positionnement stratégique à la région pour son développement, mais il n’y a eu que des actions sporadiques. On fait encore face à des fuites totalisant entre 25 à 30% à Sorel-Tracy pour les commerçants, soit un total de 70 M$. C’est énorme, cela représente 3$ sur 10$ dépensés à l’extérieur par les gens de la région », souligne-t-il.

Beaucoup de travail reste à faire, surtout auprès des commerçants, qui doivent être plus visibles sur le web, assure-t-il. Les achats en ligne ont augmenté de 20% l’an dernier et les commerçants de la région doivent se moderniser.

La Chambre de commerce travaille d’ailleurs de front cet aspect depuis quelques mois. Elle a offert une conférence à ses membres avec François Charron sur le commerce électronique et mettra en place d’ici le mois de juin une application de référencement des produits des entreprises de la région.

« Il y a quelque chose à faire au niveau de la concertation du milieu. Oui on a fait un plan, mais les orientations sont-elles toutes pertinentes? Il faut commencer par secouer les marchands et les responsabiliser à se mettre sur le web. Je ne pense pas que nous pourrons atteindre 100% des gens pour qu’ils achètent localement. Il ne faut pas rêver en couleur. Mais, si c’est juste 7%, c’est des fuites en moins et cela donnera un souffle à nos commerçants », conclut-il.

Des impacts se feront sentir prochainement, selon la Ville

La déléguée au développement commercial, Julie Salvail, et le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, sont certains que les actions mises en place dans les derniers mois pour inciter les consommateurs à acheter localement commencent à porter fruit même si tout le processus a pris du temps à mettre en place (voir autre texte).

En poste depuis 2013, Julie Salvail souligne que l’étude a fait état de deux sortes de fuites commerciales dans la région : celles ressenties en raison de l’apparition des grandes surfaces et celles en lien avec l’offre commerciale.

Pour les premières, on ne peut rien y faire, souligne-t-elle, tandis que pour les deuxièmes, on peut combler les besoins dans la mesure où il y a des entrepreneurs qui souhaitent ouvrir des magasins dans le secteur ciblé.

« Notre situation n’est pas pire qu’ailleurs, soutient-elle. Notre offre commerciale est bonne. Même si cela ne semble pas visible facilement, il y a peu de locaux vides. Les gens trouvent habituellement ce qu’ils cherchent, même s’il y a toujours place à l’amélioration. »

Un pas à la fois

Dans les deux dernières années, un bon pas a été franchi pour concentrer l’activité commerciale dans les secteurs principaux (centre-ville, boulevard Fiset et boulevard Marie-Victorin-Nord) comme le recommandait l’étude, mentionne Mme Salvail.

La prochaine étape sera d’implanter un outil de base de données pour connaître de façon continue la situation sur l’offre et la demande dans la région.

« Cela a pris jusqu’en 2014 pour que tout le monde s’approprie bien l’étude. C’est quand même un gros travail. Il y a des choses qui sont plus longues à mettre en place. Il faut cibler nos actions », pense la déléguée.

De la sensibilisation est aussi à prévoir dans les prochains mois, surtout auprès de commerçants, pour qu’ils se modernisent et suivent la tendance du web.

« Il y a du travail à faire. On voit des commerces de plus en plus en ligne. On a fait également des consultations publiques pour savoir les besoins du milieu en plus d’améliorer la signalisation des stationnements au centre-ville. On prend ça une bouchée à la fois », mentionne la déléguée.

D’autres moyens de contrer les fuites

Le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, croit que plusieurs actions comme le renouvellement du crédit de taxes Novoclimat et la participation de la Ville à la l’organisation d’activités (Party du 31, Course de canots à glace et fête au centre-ville) sont des moteurs pour contrer les fuites commerciales.

La finalisation de projets tels que la rénovation du marché Richelieu et de la vieille gare, l’implantation du Wi-Fi au centre-ville prévu cet été ainsi que la naissance de l’Écomonde permettront aussi de redynamiser la municipalité.

« Un des moteurs importants pour l’économie, c’est l’offre touristique. Notre entente au niveau des loisirs permettra aux gens de la MRC de Pierre-De Saurel de profiter de nos infrastructures et d’encourager les commerçants locaux au lieu d’aller ailleurs. On a lancé des chantiers et un impact commence à se faire sentir. Ce n’est qu’un début », est-il certain.

Quelques orientations de l’étude de fuites commerciales à Sorel-Tracy
– Concentrer l’activité commerciale sur les artères commerciales existantes.
– Favoriser l’occupation des locaux vacants avant la construction de nouveaux locaux commerciaux.
– Tenir à jour un registre des locaux commerciaux vacants à l’échelle de la ville de Sorel-Tracy.
– Avoir une permanence pour s’assurer de la réalisation des actions suggérées par le comité.
– Encourager une diversification de la restauration.
– Tenir compte dans les projets de recrutement ou de diversification du fait que certains créneaux commerciaux sont plus sensibles à l’achat en ligne, tels que les vêtements, les cd, les livres, le matériel informatique et électronique.
– Offrir de la formation sur les nouvelles tendances de consommation et l’influence des achats en ligne aux commerçants.
– Envisager la mise en place d’une démarche de revitalisation complète pour renforcer les pôles commerciaux de Sorel-Tracy (centre-ville, boulevard Fiset et boulevard Marie-Victorin-Nord).
– Faciliter la relève des entreprises.
– Mettre en place une campagne d’achat local pour contrer les fuites commerciales.
– Inciter les établissements de restauration et d’hébergement à offrir le Wi-Fi.
– Créer des artères commerciales attrayantes par la qualité des façades, des vitrines et des aménagements de rue.
– Mieux organiser les entrées et sorties des stationnements de commerces situés en bord de rue.
– Réaliser une analyse du stationnement dans le centre-ville pour évaluer l’usage réel des espaces.
– Renforcer les activités d’animation dans le centre-ville.
– Améliorer l’offre culturelle et de spectacles pour réduire les fuites commerciales très importantes dans le domaine.
– Évaluer les opportunités commerciales supplémentaires que peut apporter le projet l’Écomonde pour les commerces déjà implantés ou pour d’éventuels nouveaux commerces.
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