14 juillet 2020
Facebook et nous
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Protestant contre les propos haineux et anti-racistes publiés sans ambages sur Facebook, de grandes entreprises américaines ont décidé d’en retirer leurs publicités.

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Ici, Desjardins, la Banque Nationale et IGA, le gouvernement du Québec, les villes de Montréal et Québec ont emboité le pas aux géants que sont les Unilever, Coca-Cola, Ford et Adidas… Bravo! En espérant que les entreprises et organismes de notre région en fassent autant.

Pas que je prône de censurer les gens qui écrivent ces propos. Ils doivent continuer de s’exprimer s’ils le veulent, mais trouver les mots justes et acceptables pour partager leurs idées, sentiments et perspectives.

Car leurs propos ont un effet dévastateur. Un documentaire, Briser le code, encore disponible sur le site vidéo de Télé-Québec, en témoigne bien. Des personnes racisées et autochtones y décrivent comment elles avaient tenté de cacher leur identité pour se fondre à la majorité québécoise. Pour ne pas être discriminées ou déranger. Faire disparaitre qui on est pour devenir ce que l’autre voudrait qu’on soit! Un dilemme que personne ne voudrait vivre, qu’il soit de la majorité ou pas.

Oui, il faut exiger que les gens qui s’expriment sur Facebook le fassent de façon à garder le dialogue possible avec tous, peu importe le sujet.

Bien sûr, Facebook a de bons côtés : il permet de renouer avec de vieilles connaissances, de partager ses joies et ses peines, ses défis, ses idées, ses sympathies ou antipathies, ses préférences culturelles. Mais on y trouve le meilleur et le pire, des nouvelles fouillées à d’autres inventées, des éloges de la paix à ceux de la haine et de la violence. Des propos intelligents et rassembleurs à d’autres amers, insultants, colériques et méprisants. On peut pourtant manifester son opposition à quelqu’un sans l’affubler de tous les noms, non? Les propos anti-racistes, anti-femmes et escalades verbales n’ont toujours fait que détériorer les situations, que je sache.

Voilà pourquoi j’applaudis la décision de ceux qui ont retiré leur publicité du site. Pour plus d’un mois, j’espère bien. Car ils ont le pouvoir d’ébranler Facebook dans sa partie la plus sensible : celle des revenus.

Je suis même surprise que Québec ait pris autant de temps à ne plus publiciser ses services et messages sur ce site, d’autant qu’il déplore depuis longtemps que Facebook ne paye pas d’impôt au Québec.

Que des décideurs se posent en défenseurs du respect, j’en suis. Mais je ne peux croire qu’ils n’élargiront pas aussi leurs pressions à l’ensemble du phénomène Facebook et des torts qu’il crée à l’économie québécoise. À ses médias et place d’affaires en particulier.

Non, Facebook n’investit pas pour traiter l’information. Il fait ses choux gras de celle cueillie et traitée rigoureusement dans les médias qui sont les vrais poumons de notre réflexion comme société. Mais ces derniers ont besoin de soins intensifs. D’outils nécessaires à leur survie.

C’est le moment ou jamais que les élus de la région – qui ont déjà manifesté leur appui moral aux médias locaux – en rajoutent. Qu’ils emboitent le pas à ces exigences de respect de tous. Peu importe leur race, couleur, origine ou leur religion.

Ici, une action collective s’impose. Plus que des appuis moraux, il faut poser des gestes concrets en vue d’une vie régionale meilleure, inclusive et économiquement viable. On aura beau participer aux campagnes d’achat local, on doit aussi prêcher par l’exemple. S’exprimer clairement, franchement, mais aussi respectueusement.

« Il faut apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir ensemble comme des idiots », a si bien suggéré Martin Luther King!

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