17 mars 2020
Encore des croûtes à manger
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Vingt ans, c’est à la fois peu et beaucoup dans la vie d’une collectivité. Mais l’épanouissement de Sorel-Tracy comme ville-centre et moteur économique, culturel et social de la région tarde à se réaliser.

La fusion a certes permis de stopper les divisions qui alimentaient les relations des deux villes qu’étaient alors Sorel – centre commercial et la reine des sports de la région – et Tracy – son cœur industriel et sa maitresse culturelle.

Mais tout ne va pas assez vite. La fusion est décrétée depuis 20 ans. Mais la vision de ses citoyens ne l’est pas vraiment. Et pour cause.

La nouvelle ville n’a pas su se donner une identité qui rallie vraiment. Trop de citoyens sont restés profondément Sorelois ou Traciens et ce, même si la Ville de Tracy n’avait pas 50 ans alors que Sorel en avait 358 lors de la fusion! Même physiquement, la ville n’a pas encore ce fil commun qui en fait une seule entité.

Difficile alors d’amalgamer son histoire et son patrimoine à ses visions d’avenir. De la sortir de sa seule vision industrielle pour la camper dans un environnement durable et le plus naturel possible.

Jamais la nouvelle ville n’a réussi encore à se donner une image assez forte pour réunir ses gens sous une même bannière. Bon nombre d’entre eux n’ont même pas encore adopté le nom de Sorel-Tracy pourtant arrêté majoritairement par référendum en 2000, à l’occasion de l’élection du premier conseil municipal de la ville unifiée.

Oui, la fusion a atteint des objectifs importants dont celui de mettre fin au dédoublement de projets. Elle a permis une certaine rationalisation des moyens et des coûts et la mise à jour des façons de faire et des équipements. Et cela sans augmentation irraisonnable de taxes. Elle a consolidé ses acquis sur chaque territoire. Non sans que certains y voient là du favoritisme pour Sorel.

Cela a permis notamment de mettre à niveau plusieurs infrastructures (quais, port, espaces industriels, etc.) et plusieurs bâtiments municipaux dont ceux de l’ex-Tracy qui avaient passablement « manqué d’amour », comme on dit couramment.

Et si elle poursuit assidument et fidèlement le plan stratégique de développement 2018-2022 qu’elle s’est fièrement donné, elle saura sans doute grandir en sagesse et en grâce.

Mais elle a encore des croûtes à manger. Des conquêtes de nouveaux arrivants et d’investisseurs à réussir – son grand défi d’ailleurs.

Mais elle a aussi à peaufiner la façon dont elle communique tant avec les organismes de la région – dont la MRC – et le monde communautaire qu’avec ses gens. Pour rassembler à la manière d’un leader, et non diviser.

Elle doit notamment travailler à devenir plus transparente encore. Car ses décisions, comme les gestes qu’elles engendrent, semblent encore souvent manquer de clarté, être prises à toute vapeur, sans qu’on les justifie publiquement.

Ainsi le conseil se doit de toujours se situer par rapport à ce plan de développement qu’il a mis du temps à arrêter. Rappeler aux gens comment telle décision en découle. Ou pourquoi il renonce à telle approche.

Autrement, la ville ne saura développer un lien étroit avec ses citoyens et ses partenaires. Lien essentiel à la réalisation de plusieurs objectifs, qu’ils nécessitent des sommes importantes ou pas.

Et ce rêve d’une ville meilleure et inclusive, il en est où? Pourtant le citoyen ne sera heureux que lorsqu’il sentira qu’un vrai esprit démocratique et allumé, ouvert et imaginatif quant aux solutions et projets à aborder, anime vraiment ses élus!

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