9 avril 2019
Changements administratifs pour le prélèvement de sang à domicile
Deux infirmières craignent pour la qualité du service
Par: Katy Desrosiers
Dany Lefebvre et Caroline Côté lèvent le drapeau rouge puisqu'elles croient que le milieu n'a pas les ressources adéquates pour accueillir la nouvelle mesure. 
Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Dany Lefebvre et Caroline Côté lèvent le drapeau rouge puisqu'elles croient que le milieu n'a pas les ressources adéquates pour accueillir la nouvelle mesure. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Caroline Côté, infirmière auxiliaire, et Dany Lefebvre, infirmière, sont chacune propriétaires de leur centre de prélèvement de sang et font des prélèvements à domicile. Elles dénoncent une nouvelle mesure du gouvernement qui les empêchera d’enregistrer de manière informatique leurs spécimens et les frais imposés de 10 $ pour la réception des flacons au laboratoire de l’hôpital.

Avant juillet 2018, les personnes autorisées à faire des prélèvements à l’externe suivaient une formation en transport de matières biologiques dangereuses et en saisie de données pour le système informatique du laboratoire. L’argent que les patients remettaient servait à payer l’acte médical, l’achat des équipements, le déplacement, etc. La Régie d’assurance maladie du Québec (RAMQ) couvrait les coûts pour l’analyse en laboratoire.

L’été dernier, une lettre d’entente a été envoyée à environ 200 personnes autorisées à faire des prélèvements sur le territoire afin de les avertir qu’un coût de quatre dollars par patient serait chargé pour la réception des flacons et que pour un six dollars supplémentaire, les commis du laboratoire peuvent faire l’enregistrement informatisé des échantillons. Ce 6 $ n’était pas obligatoire.

La semaine dernière, un autre avis a été envoyé. On peut y lire que dorénavant, il sera obligatoire de payer le 10 $ par patient pour la réception des flacons et la saisie des données.

« La lettre stipule que la mesure est prise dans un objectif d’harmonisation des façons de faire en Montérégie. Ils ont formé les externes pour faire la saisie de données au labo et là, ça va revenir sur les gens en place et ils sont déjà en pénurie de personnel », mentionne Caroline Côté, propriétaire de sa clinique depuis cinq ans.

« Les filles au labo ne sont pas enchantées. Elles ne fournissent déjà pas et on leur met une tâche très lourde sur les épaules », ajoute Dany Lefebvre, qui œuvre dans le domaine depuis 11 ans.

La qualité des spécimens compromise?

« Pour une sédimentation, si je pique à 7 h et que j’apporte le spécimen à 9 h, le labo a jusqu’à 11 h pour l’analyser. C’est déjà arrivé que le délai de quatre heures a été dépassé et j’ai reçu un avis de non-conformité parce que mon tube était expiré. Imagine quand elle va devoir en plus rentrer toutes nos étiquettes », lance Caroline Côté.

Par jour, les deux femmes traitent une trentaine de spécimens chacune. Elles estiment que le nombre de spécimens déposés seulement par les techniciennes à l’externe dépasse la centaine quotidiennement.

La facture refilée au client?

« C’est effectif à compter du 29 avril. J’ai déjà augmenté de quatre dollars en juillet passé. Si j’augmente encore mes tarifs, les gens ne seront peut-être plus au rendez-vous. On a une entreprise et des employés. On ne veut pas mettre la clé sous la porte », précise Dany Lefebvre. La mesure ajoute des milliers de dollars qu’elle doit débourser chaque mois.

Toutes les deux ne comprennent pas pourquoi le gouvernement ne les laisse pas faire leurs étiquettes, ce qui permet de diminuer les tâches des commis au laboratoire. Elles acceptent que la réception des spécimens leur soit chargée, mais dénoncent le coût total imposé de 10 $.

« Oui le système de santé a toujours besoin d’argent, mais ici, l’argent n’amène rien de plus. On paye depuis juillet et on ne voit rien. […] Ils n’ont pas besoin de ce 10 $ là, mais ils ont besoin de nous je pense. C’est OK qu’ils chargent, mais 10 $? Ils prennent 10 $ d’une main, mais ils vont donner combien de l’autre main en temps supplémentaire? », se questionne Dany Lefebvre.

Des restrictions pour assurer la confidentialité

Le CISSS de la Montérégie-Centre explique que la nouvelle interdiction pour ceux qui offrent un service privé de prélèvement à domicile et en clinique d’utiliser le système informatique du laboratoire de l’Hôtel-Dieu de Sorel est pour répondre à des principes de sécurité et de confidentialité.

En après-midi lundi, le CISSS de la Montérégie-Centre nous a fait parvenir le document ministériel contenant la réglementation à laquelle doivent se conformer ceux qui réalisent des prélèvements à l’externe.

Le CISSS affirme que chaque établissement peut accepter de recevoir et d’enregistrer des échantillons biologiques, tels que des échantillons de sang, prélevés par un service privé. S’il accepte, une entente écrite est conclue dans laquelle on retrouve les détails concernant les frais d’administration et d’enregistrement liés au service.

Selon la conseillère-cadre aux relations avec les médias pour le CISSS de la Montérégie-Centre, Martine Lesage, les lettres d’entente reçues par les services privés de prélèvement en juillet dernier viennent se conformer au cadre légal du ministère.

« Les montants de quatre dollars et dix dollars sont demandés selon l’utilisation du système informatique de laboratoire ou non par les services privés. De plus, le fait que les ordonnances et les étiquettes soient maintenant réalisées par le personnel du laboratoire répond à des principes de sécurité et de confidentialité », mentionne Mme Lesage.

Elle ajoute que le changement permet d’éviter que des personnes qui ne sont pas des employés du laboratoire y circulent.

Certains services privés, comme des cliniques médicales, GMF, cliniques réseaux et résidences privées pour aînés, ne paient pas de frais.

 

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