1 mai 2017
« Des grèves qui ont changé Sorel » – Roger Valois
Par: Louise Grégoire-Racicot
Des syndiqués de différents secteurs ont appuyé les grévistes. | Photo: Société historique Pierre-de-Saurel, Fonds Alphérie Émond

Des syndiqués de différents secteurs ont appuyé les grévistes. | Photo: Société historique Pierre-de-Saurel, Fonds Alphérie Émond

Syndicaliste engagé, Roger Valois est convaincu que les grèves de 1937 ont eu un impact majeur dans l’histoire ouvrière de la région.

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Il a appris ce qu’il sait de ces grèves par ce que deux hommes qui en ont été acteurs, Lionel Kiopini et Philippe Lepage, lui en ont dit. Elles ont marqué grandement Sorel, évalue-t-il, lui qui fut deuxième vice-président de l’exécutif national de la CSN pendant 27 ans. Pour certains, ces grèves ont marqué une défaite, évoque-t-il.

« Les gens sont entrés au travail sans règlement fort. Mais on oublie souvent leurs gains sociaux. Ces grèves ont changé Sorel, car elles ont éveillé les Simard aux revendications ouvrières. »

Après ces conflits, la capacité à mobiliser les travailleurs pour revendiquer de meilleures conditions de travail n’a plus jamais été la même, note-t-il. Ce qui a fait dire à Philippe Lepage, du conseil central de Sorel de l’époque, qu’elles étaient plutôt « une victoire éloquente », se remémore M. Valois.

Il n’est pas souvent dit, déplore-t-il, que les grèves ont inscrit dans l’histoire du Québec la solidarité des travailleurs.

« Ce fut le début de la conscientisation du peuple et le caractère social qu’il a développé. Les ouvriers y ont découvert la force de se regrouper pour priver de revenus les employeurs qui refusaient de mieux les rémunérer. On le sait toujours. Le seul moyen d’y arriver, c’est de les priver de leur force de travail », commente-t-il.

Les travailleurs y ont aussi appris qu’ils ne pouvaient se fier au gouvernement pour les aider à avancer.

Arrivé à la tête du syndicat des employés du Fer et du Titane au début des années soixante, M. Valois dit qu’on ne parlait déjà plus des grèves de 1937 à ce moment.

Le contexte avait changé. Les syndicats catholiques étaient regroupés au sein de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CCTC) au profit des syndicats internationaux. Il a fallu attendre en 1960 pour que la CSN prenne la relève d’une CCTC déconfessionnalisée.

Une église divisée

Ces grèves ont aussi révélé les divisions que vivait l’église soreloise sur cette question, poursuit le syndicaliste retraité.

« Le curé de Saint-Pierre, Mgr S. Desranleau, appuyait les travailleurs alors que celui de la paroisse Notre-Dame, A. Couillard-Després, dénonçait les grèves au mois d’août et les incitait à retourner au travail. »

Cette division se poursuivra longtemps après le conflit, dit-il. « Des curés progressifs comme Mgr Desranleau appelaient même les employeurs à partager leurs profits. Une chose qu’on ne revendique plus aujourd’hui », ajoute M. Valois, reconnaissant qu’on en retrouve des retombées dans la négociation des conditions de travail.

Voilà un conflit où l’on utilisait déjà des façons de revendiquer encore actuelles, admet-il. Depuis le piquetage devant les usines, les manifestations avec pancartes et les marches de solidarité.

« La négociation est aujourd’hui mieux ordonnée, n’est plus faite par les aumôniers et curés comme ce fut le cas en 1937, à une époque où il n’existait pas de fonds de défense des travailleurs, comme c’est le cas maintenant », conclut-il.

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