21 mars 2017
Des entreprises en quête désespérée d’ouvriers spécialisés
Par: Louise Grégoire-Racicot
Les PME de la région recherchent de plus en plus de la main-d’œuvre spécialisée. | Pascal Cournoyer

Les PME de la région recherchent de plus en plus de la main-d’œuvre spécialisée. | Pascal Cournoyer

Les mécaniciens de chantier, les soudeurs assembleurs et les machinistes sont devenus des denrées rares. Alors que les entreprises de la région ressentent une reprise économique, les entrepreneurs doivent rivaliser de créativité pour embaucher de la main-d’œuvre afin de répondre à la demande des contrats.

Aciers Richelieu/Usinage St-Laurent a même loué récemment un panneau publicitaire, aux abords du pont Jacques-Cartier, pour recruter des machinistes. L’opération a porté fruit, reconnaît le vice-président de l’entreprise, Guy Durant.

« Ça a fait parler nos employés et nos clients. Ils ont partagé la nouvelle sur Internet et notre page Facebook a été quatre fois plus visitée. Nous avons reçu une douzaine de curriculum vitae(c.v.). »

L’entreprise est toujours en quête de machinistes expérimentés. « Il en manque toujours un ou deux. Car certains de nos employés tentent leur chance dans d’autres régions ou dans de plus grandes entreprises. On ne peut les en blâmer », estime M. Durant.

Un bon marché de l’emploi

Le marché de l’emploi est propice, explique M. Durant. Car il y a une reprise économique. Tous les employeurs cherchent de bons employés. « On sent la pression des clients prêts à donner des contrats. Ils veulent le clé en main : fabrication, conception et installation de pièces réglées en un coup de fil. Ce qui demande d’avoir plus d’employés. Mais on ne peut soumissionner partout, car on manque de personnel », reconnaît-il.

Autre changement majeur : les employés ne veulent plus nécessairement faire du temps supplémentaire ou travailler le soir ou les fins de semaine. « Ils prennent des vacances autrement qu’à l’été. Ce qui impose d’engager plus de monde », note M. Durant. Mais ce sont là de beaux problèmes, rajoute-t-il aussitôt.

Aussi l’entreprise songe-t-elle, dès l’été prochain, recruter en Europe.

CNC Tracy à la recherche d’employés en Europe

Même son de cloche chez CNC Tracy qui se tourne vers l’Europe pour recruter des machinistes pour ses équipes de jour et de soir, explique son président, Denis Comeau.

Les métiers manuels sont boudés, déplore M. Comeau. « Les jeunes Québécois ne s’y intéressent pas et leurs parents préfèrent les voir fréquenter l’université », poursuit-il

Aussi se tournera-t-il vers la France. Car un de ses employés est originaire de France et connaît des travailleurs formés qui seraient intéressés à venir travailler au Québec. « Nous avons déjà reçu deux c.v. »

Cette pénurie entrave un peu la croissance de l’entreprise, estime M. Comeau. « On a déjà de l’ouvrage par-dessus la tête. Et on doit payer du temps supplémentaire pour le faire à temps. Ce qui ajoute à nos coûts. On savait bien qu’une pénurie de main-d’œuvre s’annonçait. Mais elle est venue tout à coup, plus accentuée que prévu. «

Une trentaine de travailleurs recherchés chez Fabspec

Chez Fabspec, on inaugurera une nouvelle ligne de production à l’été qui créera de 20 à 30 nouveaux emplois (soudage, techniques spécialisées). L’entreprise cherche à l’interne et à l’externe avec l’aide d’une firme extérieure, précise Martin Michaud, président de l’entreprise.

« Il nous faut aborder de nouvelles méthodes de recrutement. L’informatique nous le permet. On utilise les réseaux sociaux, Facebook et Linkelin. »

Recruter est quelque chose qu’il qualifie d’inquiétant. « Je vis même une certaine insécurité, tant qu’on n’a pas trouvé . Il faut parfois trouver un compromis en composant avec des gens moins expérimentés. Peut-être affecter deux personnes plutôt qu’une à un poste, le temps de la formation. »

Mais le problème est le même pour toutes les entreprises, remarque-t-il. Ce qui ne l’a pas empêché de planifier un important investissement. « Il faut savoir sauter sur les opportunités qui se présentent pour faire grandir l’entreprise », a-t-il conclu.

Les grandes entreprises s’ouvrent aux médias sociaux

Les grandes entreprises, en recherche constante de main-d’œuvre, ont recours à des méthodes peu traditionnelles comme celle d’utiliser les réseaux sociaux.

C’est le cas chez Rio Tinto Fer et Titane (RTFT), en quête de travailleurs qui a fait paraître,début mars, sur sa page Facebook, une offre d’emploi pour un(e) mécanicien d’usine et une seconde pour un(e) électrotechnicien.

« Nous trouvons qu’il s’agit d’une belle tribune pour faire connaître nos offres d’emplois. Il s’agit d’ailleurs des publications les plus partagées. Mais elle n’est pas la seule méthode utilisée. Nous affichons également à l’interne et nous avons pour nos emplois syndiqués une application interne », explique sa porte-parole, Claudine Gagnon.

Mais le défi d’embauche demeure dans certains postes, à Sorel-Tracy. Les mécaniciens de machinerie fixe, mécaniciens, opérateurs à l’usine UGS, sont plus difficiles à recruter. La rétention des employés est aussi un défi auquel feront face les entreprises au cours des prochaines années.

Enfin RTFT compte sur une équipe de recrutement externe ou en ressources humaines. Elle visite aussi cégeps et universités.

Plus traditionnel chez ArcelorMittal

Chez ArcelorMittal, confirme son directeur général des ressources humaines, Gilles Quenneville, « on est toujours en recrutement. Il y a 50 à 100 postes à combler annuellement à Contrecoeur. Car des employés changent d’emploi ou partent à la retraite », décrit-il.

L’entreprise est traditionnelle dans ses méthodes de recrutement, admet-il: annonces, réception de curriculum vitae(c.v.), publication sur des sites web d’offres d’emploi, présence dans les salons de l’emploi.

« Mais on utilisera sous peu des médias sociaux via des pages Linkelin et Facebook. Des approches qui ressemblent plus à la génération des nouveaux travailleurs », conclut-il.

Formation professionnelle: le nombre d’inscription a diminué de 16% en cinq ans

Alors que les inscriptions diminuent d’année en année, le directeur des Centres de formation professionnelle et d’éducation des adultes Sorel-Tracy, Alain Lamy, reconnait être sollicité plus qu’à l’habitude par les employeurs cette année.

« Novabus cherche 50 soudeurs, Fabspec en cherche aussi. Mécanique industrielle Forcier cherche des mécaniciens. Le comité sectoriel de la métallurgie nous sollicite pour se préparer à une reprise des activités des grandes entreprises », énumère-t-il.

« Des employeurs de l’extérieur sollicitent nos finissants: Spectra Prémium, Marmen et Canam sont venus les rencontrer. Nous affichons leur offre d’emploi dans nos centres et sur notre site Internet », décrit M. Lamy.

Mais les centres sorelois accusent, depuis 2012-2013, une baisse de 16% des inscriptions dans l’ensemble de leurs programmes, dit-il. Une situation qu’il espère voir se corriger en 2016-2017.

Une formation victime de préjugés

« Ce n’est pas la baisse démographique qui fait le plus mal au recrutement, estime M. Lamy. C’est plutôt l’influence et la méconnaissance des parents envers la formation professionnelle. Ils la sous-estiment et la dévalorisent, en l’associant à des difficultés d’apprentissage, au décrochage scolaire et à la démotivation », déplore-t-il.

« Ce que les gens ignorent, c’est que cette formation conduit à des métiers valorisants, payants, aux conditions de travail avantageuses. Des salaires de mécaniciens de soudeurs ou de machiniste au taux horaire de 30$ ( 60 000$ par année), ça existe », insiste-t-il.

D’autant que l’université ne convient pas à tous, rajoute-t-il. « Et ce n’est pas là une question de capacité intellectuelle ou d’intelligence. C’est d’abord une question d’intérêt. Certains jeunes apprennent autrement, par expérimentation. Ils y trouveraient une motivation à aller plus loin. »

Le diplôme d’étude professionnelle conduit à un emploi assuré, mais n’est pas nécessairement une fin en soi, insiste-il. « Le finissant peut poursuivre des études supérieures au collège et à l’université. Il existe des passerelles dans plusieurs programmes. »

Conciliation étude-travail possible

Souvent, son service met en lien des entreprises avec des étudiants des programmes d’usinage, de soudage et de mécanique.

« Nous sommes ouverts à la conciliation travail- études. En juin dernier, nous avons libéré des élèves de soudage pour répondre à un besoin chez Fabspec. Les élèves ont pu donner le service à l’employeur, recevoir un salaire et revenir en formation après quelques mois. Nous sommes prêts à le faire pour d’autres. »

En retour, les entreprises peuvent faciliter le recrutement de sa clientèle en faisant la promotion des programmes dispensés, suggère-t-il.

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