30 juin 2021
Au Parc régional des Grèves
Des citoyens craignent l’apparition d’un second parc de résidus miniers
Par: Katy Desrosiers

Le président du groupe Sauvons le Parc régional des Grèves, André Pépin, craint que RTFT étende son parc de résidus miniers sur le nouveau terrain qu’elle a acheté à la Colonie des Grèves. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Rio Tinto Fer et Titane possède depuis des années un terrain au cœur du Parc régional des Grèves afin d’y disposer de résidus miniers. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Avec l’acquisition d’un terrain de la Colonie des Grèves de Contrecœur par Rio Tinto Fer et Titane (RTFT), un groupe de citoyens craint que la butte de résidus miniers au cœur du Parc régional des Grèves s’élargisse et que les sentiers actuels disparaissent. Une pétition pour la sauvegarde du Parc a récolté plus de 1200 signatures.

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Le président du groupe Sauvons le Parc régional des Grèves, André Pépin, comprend que la Colonie des Grèves a besoin d’argent pour poursuivre sa mission. Mais il ne comprend pas pourquoi l’offre de la Ville de Contrecœur des dernières années d’acheter les terrains de la Colonie des Grèves pour 2,5 M$ ne s’est pas concrétisée.

« Une offre de 2,5 M$, c’est quand même quelque chose d’intéressant. Ça n’a pas abouti et après, il y a une annonce que l’entreprise achète le terrain qui est juste à côté de leur dépôt minier actuel, le P-84 », souligne M. Pépin.

Dans ses communications, l’entreprise mentionne que l’achat du terrain servirait à pérenniser ses opérations pour les décennies à venir. Selon le groupe, cela démontre qu’elle souhaite utiliser ce terrain pour agrandir son parc de résidus miniers.

« Le P-84 est presque complet, ce sont les ingénieurs qui nous le disent, affirme-t-il. Après, ils vont mettre où les scories? On ne sait pas trop et ça adonne qu’ils achètent le lot 902 juste à côté. »

Également, le groupe avance que l’entreprise a acheté le terrain pour 350 000 $. M. Pépin assure que quand Sorel-Tracy a vendu le terrain où se trouve actuellement le parc de résidus miniers à RTFT, elle a tiré 1,2 M$.

« Quand on demande aux dirigeants pourquoi ils ont vendu le terrain, ils nous répondent que c’est pour sauver les Grèves. Oui, mais seulement remettre les blocs sanitaires à niveau, on parle de 700 000 $. On n’est pas dupes. C’est certain qu’il y a une entente qui n’est pas connue. […] Je ne dit pas que la Colonie n’a pas pensé bien faire, mais j’ai un peu de misère à concevoir qu’on va sacrifier la raison d’être des Colonies pour sauver les Colonies », explique-t-il.

M. Pépin croit qu’en échange de pouvoir étendre des scories sur une plus grande surface, un montant substantiel aurait été fourni à la Colonie.

Le groupe se questionne aussi sur la réaction de RTFT face à la Ville de Contrecœur qui a interdit l’abattage d’arbres et qui a protégé la zone afin que l’entreprise ne puisse rien n’y installer.

M. Pépin affirme que du côté de la Ville de Contrecœur, on n’a pas voulu en dire plus sur le dossier parce qu’il est devant les tribunaux.

Une question d’image?

M. Pépin ne croit pas que l’entreprise ait acheté ce terrain seulement pour le conserver et améliorer son image.

« Expliquez-moi la raison pour laquelle RTFT a investi 350 000 $ pour acheter un terrain voisin du P-84 si ce n’est que pour finalement trainer la Ville en cour et dire « On veut faire ce qu’on veut avec le terrain ». Si c’est pour le laisser de même, on s’entend que c’est une perte de temps totale », admet le président.

Même si RTFT utilisait le terrain pour étendre les scories et aménager des sentiers par dessus, le groupe déplore que les arbres centenaires seraient détruit, comme le marais, et que la passerelle construite avec l’argent des contribuables disparaitrait.

Le groupe ne demande qu’à faire confiance à la Colonie et à l’entreprise, mais pour ça, il veut que que le plan de développement soit dévoilé.

Un attachement senti

La pétition, lancée il y a un peu plus d’une semaine, a récolté plus de 1200 signatures provenant de citoyens de la région et des environs. M. Pépin constate qu’avec la pandémie, les gens ont redécouvert l’importance de ces grands espaces pour la santé mentale et physique. Le groupe affirme que chaque année, plus de 10 000 utilisateurs, des jeunes et moins jeunes, profitent du Parc.

Le terrain acheté par l’entreprise s’étend sur 130 000 mètres carrés, soit 16,5 % de l’ensemble du Parc actuel. Les citoyens craignent qu’avec les projets futurs de l’entreprise sur ce terrain, des sentiers disparaissent.

Le groupe aimerait donc rendre impossible, à tout promoteur, entreprise ou industrie, d’acheter une part de terrain à l’intérieur du Parc, afin d’assurer son intégralité et sa pérennité. Aussi, il souhaiterait que les citoyens soient consultés dans le développement du Parc afin d’éviter des mauvaises surprises.

M. Pépin espère que la pétition incitera l’entreprise à expliquer son plan de développement. Prochainement, un événement fondateur du groupe pourrait être organisé.

Le groupe a été créé par six citoyens impliqués de la région. Ils peuvent compter sur l’aide d’une quinzaine d’autres citoyens et sont soutenus par la Coalition Eau Nature Air Purs.

La pétition est disponible sur le site Internet change.org et des informations supplémentaires se retrouvent sur la page Facebook Sauvons le Parc régional des Grèves.

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