3 juin 2021
Couvrir le sol de paillis de chanvre pour favoriser la biodiversité
Par: Alexandre Brouillard

Selon Alain Beaudin, commissaire agricole de la SAR, une couverture de sol de paillis de chanvre pourrait perdurer environ cinq ans. Photo gracieuseté

Quelques agriculteurs de la région expérimentent actuellement, en collaboration avec la Chambre de développement agricole de Richelieu, une couverture de sol confectionnée avec du chanvre textile pour réduire la charge de travail entre les rangs de culture et pour favoriser la biodiversité.

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« Bien que nous sommes actuellement en expérimentation, je crois que couvrir le sol d’une couche de paillis de chanvre pourrait apporter beaucoup d’avantages, lance d’emblée Alain Beaudin, commissaire agricole de la Société d’agriculture de Richelieu (SAR). La couverture de paillis de chanvre pourrait, entre autres, éliminer complètement le désherbage et l’utilisation d’herbicides dans des champs d’arbres fruitiers, de vivaces ou même de transplants. »

Alors que la ferme Godale, située à Saint-Aimé, entreposait plusieurs balles de chanvre sans savoir quoi en faire, M. Beaudin voulait leur trouver une utilité. « J’ai contacté les gens de l’exploitation agricole pour leur faire part de mon projet de couverture de sol et ils ont accepté de me donner des balles pour mettre en place le projet », explique-t-il.

Les couvertures de sol empêchent, entre autres, l’évaporation de l’humidité, favorisent l’infiltration d’eau, limitent considérablement le développement des mauvaises herbes, améliorent la structure du sol tout en le fertilisant et protègent la vie dans le sol.

« Je voulais trouver une variante aux herbicides et aux matrices habituellement composées de plastique ou de copeaux de bois, spécifie Alain Beaudin. J’ai pensé au chanvre parce qu’il prend beaucoup de temps à se décomposer et empêche la photosynthèse des herbes indésirables. »

« L’expérimentation est en cours chez des agriculteurs de Saint-Robert, Sainte-Anne-de-Sorel et Contrecœur. Ils ont récemment étendu une couche de chanvre textile entre leurs cultures et nous croyons que cette couverture de sol pourrait perdurer au minimum entre quatre et cinq années », soutient M. Beaudin.

Plusieurs avantages

Utiliser une couverture de sol, comme le paillis de chanvre, favorise considérablement la protection de l’environnement. « En empêchant la photosynthèse, le couvert de paillis de chanvre permet d’économiser de longues heures de travail de sarclage et par le fait même rend inutile l’utilisation d’herbicides, qui sont grandement nuisibles pour nos cours d’eau », détaille le commissaire agricole.

« Nous devons arrêter de nous mettre la tête dans le sable en tant que cultivateurs et admettre qu’il faut adopter certains changements dans nos méthodes d’agriculture, expose M. Beaudin. À l’heure actuelle, le processus est très positif. Nous utilisons un résidu d’une entreprise agricole qui ne savait pas quoi faire de sa fibre de chanvre et nous tentons un projet qui pourrait se solder en un nouveau marché pour le chanvre. »

M. Beaudin explique qu’en plus de tous ces avantages, le chanvre pourrait être une culture bénéfique pour des agriculteurs de la région. « Le chanvre empêche les mauvaises herbes de pousser alentour de lui. Alors, si un marché s’ouvre pour la fibre de chanvre, les agriculteurs pourront l’utiliser comme une très bonne culture de rotation qui pourrait en même temps réduire l’utilisation de tout pesticide et également réduire la contamination croisée », explique-t-il.

Il précise que malgré tous les avantages anticipés, la couverture des sols avec un paillis de chanvre ne peut pas s’appliquer à tous les types d’exploitations agricoles. « Je ne crois pas que cela est réaliste pour de très grands champs. C’est plutôt une technique pour les maraîchers qui cultivent de petites et moyennes surfaces », précise-t-il.

Au final, Alain Beaudin mentionne que l’expérimentation se déroulera sur plusieurs années. « Peut-être que des aspects négatifs apparaitront, mais pour l’instant, ce n’est que du positif et c’est un pari qui pourrait s’avérer très payant pour la biodiversité », conclut-il.

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