30 mai 2016
Certains y voient des avantages, d’autres cherchent une alternative
Par: Louise Grégoire-Racicot
Le salaire minimum à 15$ est appuyé par le Parti Québécois, alors que divers employeurs de la région ont une opinion bien arrêtée à ce sujet. | Photo: depositphotos.com

Le salaire minimum à 15$ est appuyé par le Parti Québécois, alors que divers employeurs de la région ont une opinion bien arrêtée à ce sujet. | Photo: depositphotos.com

Une pétition a été déposée sur le site de l’Assemblée nationale en faveur d’une hausse progressive du salaire minimum à 15$/h, tel que proposé par Québec solidaire en mai dernier.

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Ce salaire est actuellement de 10,75$/h. Le Parti Québécois , a annoncé le député Sylvain Rochon, appuie cette proposition « dans la mesure où cela ne se traduit pas par une diminution du nombre d’emplois disponibles.»

À Sorel-Tracy, elle suscite bien des réactions.

« Dans le secteur de l’alimentation, si le salaire minimum est haussé à 15$, il faudra augmenter le prix de diverses denrées, c’est certain », croit André Tellier, propriétaire du IGA sur le boulevard Poliquin.

« C’est toute une équation pour un entrepreneur que celle du salaire qu’il veut payer et celui qu’il peut payer », ajoute-t-il. Une équation d’une grande fragilité, poursuit-il, puisque si le salaire minimum augmente, toutes les autres classes de salariés devront être augmentées. « Salaire et prix des denrées sont des vases communicants! »

Dans son magasin, certains travaillent au salaire minimum. Après avoir complété un certain nombre d’heures de travail, ils reçoivent le salaire alors prévu par la convention de travail.

Effet domino

« Pour l’employé, voir son salaire passer de 10,75$ à 15$ est une bonne nouvelle qui peut créer un peu plus de richesse. Mais cela représentera une augmentation des dépenses de l’entreprise aux frais des clients », rappelle le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Sorel-Tracy, Jean-Christian Clément.

Il faut aussi penser qu’il y aura un effet comparatif, poursuit-il. Celui qui gagne 15$ depuis trois ans, souhaitera aussi une augmentation. Ce qu’il appelle l’effet domino.

« La médaille a deux côtés. L’employeur doit aussi tenir compte de la qualité de vie de ses employés. Il y a un équilibre à maintenir et aussi d’autres façons d’ajuster le salaire des employés », plaide-t-il. Bonus de participation aux profits et récompenses peuvent pallier un salaire plus bas. Des PME peuvent développer de nouveaux modèles d’affaires en concluant avec des fournisseurs et employés des partenariats.

Équilibrer avec la réalité des PME

Le commissaire industriel Jacques Thivierge comprend les enjeux de lutte à la pauvreté et de création d’emplois. Comme il déplore que le salaire minimum impose aux gens et à leur famille des difficultés à joindre les deux bouts.

Ces salaires se retrouvent essentiellement dans les commerces et services, croit-il. « Si on les augmente, cela aura certainement un impact sur le prix des hamburgers et du nettoyage. »

Les salaires sont, en entreprise, liés à la formation. Les ateliers d’usinage sont souvent des sous-traitants dont les contrats sont déterminés par le marché. Ils créent des emplois spécialisés, généralement bien rémunérés.

Des données sur les employés au salaire minimu,m

50% dépendent de leur emploi pour vivre

50% travaillent à temps plein

50% ne sont pas aux études

La majorité sont des femmes de plus de 25 ans qui ont un diplôme d’études postsecondaires.

13% sont dans le commerce de détail.

25% des travailleurs gagnent moins de 15$ l’heure actuellement (FTQ).

En 2014, 210 200 personnes recevaient un salaire minimum (ISQ).

Inciter à l’emploi

Le monde communautaire est par définition en lutte contre la pauvreté et pour la justice sociale et l’équité. Deux de ses acteurs livrent une brève réflexion sur le sujet.

Au Carrefour jeunesse emploi (CJE) qui aide des jeunes à réintégrer le marché du travail, le directeur général Mario Fortin croit que le salaire minimum est souvent versé, dans la région, à des gens qui travaillent dans la vente, le service à la clientèle et la restauration.

Quand le salaire minimum est bas, note-t-il, il est plus difficile pour quelqu’un sur l’aide sociale de réintégrer le marché du travail.

« Car il perd des avantages sociaux importants. Peut-être vaudrait-il mieux implanter une certaine période de transition – par exemple qu’il ne perde pas la gratuité de ses soins dentaires parce qu’il retourne sur le marché du travail. Il y prendra alors plus goût et y restera. »

Privilégier un revenu minimum garanti

À la Corporation de développement communautaire, le directeur général Jean-François Daigle reconnaît que la situation est complexe surtout dans le secteur commercial.

« Pour rencontrer le prix du panier de consommation, avoir une vie décente sans accumuler de dettes, il faut une augmentation du salaire minimum, mais elle entraînera aussi une augmentation des prix en alimentation, sur les vêtements, etc. Car des entreprises pourront l’absorber, d’autres pas », craint-il.

Augmenter le salaire minimum dans un capitalisme inchangé ne donnera rien, affirme-t-il. « Ce n’est pas non plus une solution en soi. Il faut plutôt privilégier un revenu minimum garanti. Comme il faut se donner un système public fort et gratuit en éducation, en santé. Ne pas amenuiser le filet social comme on le fait et évidemment toujours soutenir les non aptes au travail », conclut-il.

Dans le communautaire, note-t-il, plusieurs reçoivent un salaire que très légèrement au-dessus du salaire minimum (13$/h).

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