7 août 2018
Au clair!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit un éditorial hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

La controverse entourant ce que certains ont qualifié de « massacre » de cormorans à aigrettes dans les îles de Sorel me laisse perplexe.

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Je comprends bien la réaction de ceux qui dénoncent ce type d’intervention au nom de la Vie qu’ils disent sacrée. Intouchable.

Mais je comprends aussi que l’on permette d’abattre des animaux. Pour nourrir. Mais aussi pour laisser à des sportifs le plaisir de pratiquer – comme on le fait depuis toujours – leur habileté, leurs connaissances des habitudes de vie et de survie des différences espèces animales. Une pratique qui doit cependant être encadrée par des quotas, des périodes où les pratiquer et la façon de le faire, de façon à protéger les espèces et respecter leur rythme et leurs aires de reproduction.

Dans cette histoire de cormorans à aigrettes prédateurs abattus, le ministère de la Faune, dit-on, veut protéger la perchaude, espèce qui, dans cet environnement, peine à survivre, ses petits étant notamment happés par des cormorans qui en sont friands.

Il urge que les chercheurs du ministère prônant ce prélèvement révèlent combien d’oiseaux ont été tués. Leur taille. Qu’ils expliquent à tous et clairement la logique qui les guide. Les citoyens pourront ainsi se faire une tête et décider des gestes à poser par la suite.

Les chercheurs devront expliquer notamment jusqu’à quel point ils doivent « chasser » les spécimens d’une espèce pour favoriser la croissance d’une autre. Existe-t-il d’autres façons d’y arriver?

Comme il a imposé un moratoire sur la pêche sportive à la perchaude, le gouvernement du Québec doit aussi décréter le plus tôt possible comment il mettra à contribution tous ceux qui sont mis en cause dans ce dossier. Comme il doit corriger le plus tôt possible l’écoulement des eaux dans ce secteur, pour ainsi régler le sort de la perchaude propre à la région des îles de Sorel.

Autre question : de tout temps, l’apparition et l’extinction des espèces a marqué l’histoire. Elles ont lutté entre elles pour la survie. Veut-on que cette situation perdure ou souhaitons-nous intervenir pour la corriger? À noter que par ses interventions, l’homme a souvent déséquilibré son environnement!

Autant de questions qui sèment le doute dans l’esprit sur ce qui doit prévaloir! Les réponses surgiront probablement de réflexions tant d’ordre philosophique que biologique, mais aussi de l’éthique et de la morale, comme le réclament souvent les environnementalistes et antispécistes.

Ces préoccupations concernent aussi les animaux domestiques. Plusieurs personnes dénoncent par exemple le racisme dont seraient victimes les pitbulls que des villes considèrent interdire. D’autres réclament un congé payé à la mort de leur chat, comme c’est le cas quand ils perdent un être cher.

Aussi faut-il se demander comment il se fait que ces animaux domestiques comme ceux qui vivent dans notre environnement – les cormorans à aigrettes ou la grenouille faux-grillon, etc. – prennent tant de place dans l’actualité. Dans nos préoccupations. Dans nos cœurs.

Que comblent-ils? Un vide? La solitude? Un besoin inassouvi de donner et de recevoir? Une solidarité? Notre amour de la Vie?

Ou encore un devoir de protéger sans compter? La soif d’ajouter à des relations humaines moins satisfaisantes? Le besoin d’entretenir de nouveaux liens? Celui d’assurer la suite du monde? La volonté de maitriser ce qu’il est possible de maitriser? La certitude que tous les maillons de la chaine de vie sont essentiels à la survie?

Une de ces réponses? Toutes ces réponses? Aucune de ces réponses?

Vaut mieux être au clair avec soi avant d’entamer ses combats!

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