20 septembre 2019
Un périple d'environ 17 000 km
À 70 ans, il fait le tour de l’Amérique du Nord à vélo
Par: Jean-Philippe Morin

Denis Frappier (au centre), accompagné de son frère et sa sœur au restaurant Bouff-ti-Fail, avant son départ le 24 avril. Photo gracieuseté

Le cycliste de 70 ans a fait un arrêt à Key West, complètement au bout de la Floride, qui est le point le plus au sud des États-Unis, à seulement 145 km de Cuba. Photo gracieuseté

Lorsque Denis Frappier a parcouru environ 17 000 km à vélo en 2004, tout le monde était impressionné. À 55 ans, un tel accomplissement relève de l’exploit.

Quinze ans plus tard, à 70 ans bien sonnés, le Sorelois a voulu relever le même défi. Il est sur le point de l’accomplir alors que son arrivée est prévue entre le 26 et le 28 septembre, au traversier entre Sorel-Tracy et Saint-Ignace-de-Loyola.

« À 50 ans, je suis allé jusqu’en Floride à vélo. Je me suis dit que dans cinq ans, j’allais faire le tour de l’Amérique du Nord, ce que j’ai fait. Puis 15 ans plus tard, je voulais montrer qu’à 70 ans, j’étais encore capable! », lance-t-il au bout du fil.

Au moment de l’entrevue, le 10 septembre, il était en Saskatchewan. Il pédalait et jasait au téléphone pendant qu’il pleuvait abondamment. Le vent de face et la température de 10 degrés Celsius ne lui facilitaient pas la tâche. « C’est une journée difficile aujourd’hui. Dans les prairies, c’est des lignes droites et les conditions ne sont pas faciles. Je me dis que dans deux jours, ce sera mieux », explique celui qui couche dans une tente tous les soirs.

Une pause non désirée

Après son départ de Sorel-Tracy le 24 avril, devant le restaurant la Bouff-ti-Fail, il a longé la côte est américaine. Une fois au New Jersey, le 28 mai, il a subi un accident qui aurait pu être plus grave, alors qu’un conducteur, aveuglé par le soleil, l’a frappé de plein fouet.

C’est son frère Henri qui s’est rendu au New Jersey pour le chercher. Heureusement, il n’a subi que quelques égratignures et une légère blessure à l’épaule, mais son vélo était une perte totale.

« Je suis revenu à Sorel-Tracy pendant deux semaines, le temps de m’acheter un vélo neuf et de me soigner un peu. Je suis passé d’un vélo de 300 $ à un autre de 3000 $, je l’aime en maudit celui-là! Il est plus léger, c’est pratique quand tu transportes 80 livres de stock », s’exclame-t-il. À son arrivée, il devra d’ailleurs régler les derniers détails avec les assurances.

Son fils est allé, en juin, le déposer au New Jersey, à l’intersection de l’accident, pour qu’il poursuive sa route vers le sud.

Autre accident, anecdotes et découragement

Plusieurs milliers de kilomètres plus tard, alors qu’il longeait la frontière américano-mexicaine, un gros camion de livraison a frappé son casque de plein fouet, qui s’est brisé lors de l’impact. Le conducteur ne s’est même pas arrêté, mais Denis Frappier a tout de même poursuivi sa route. « Un pouce plus à droite, il m’arrachait la tête », rapporte-t-il.

Malgré tous ces désagréments, y compris la trentaine de crevaisons subies au cours de son voyage, le Sorelois vit des moments inoubliables. Il profite de chaque paysage, même si les nuits se suivent mais ne se ressemblent pas.

« Je monte ma tente dans le désert et il fait 46 degrés Celsius un soir, puis je peux dormir sous le point de congélation quelques semaines plus tard. D’ailleurs, peu de temps après mon départ, il faisait froid. J’avais allumé mon petit four pour faire cuire des aliments, mais je me suis endormi. Le feu a pogné après la tente et mon sleeping bag! J’en ris aujourd’hui, mais ça aurait pu être dangereux », raconte le septuagénaire.

Une autre nuit, à San Diego, il a failli se faire voler son vélo. Heureusement, il était attaché et il se trouvait tout près, ce qui a empêché le voleur de s’en emparer.

À une reprise, au lieu de poursuivre sa route à vélo, il a pris le train pendant une journée puisqu’il ne devait pas passer plus de 182 jours aux États-Unis. Sinon, il devait faire un rapport d’impôts dans ce pays.

Quand on lui demande s’il a songé abandonner, il hésite. « C’est arrivé une fois, à Vancouver. Mon cellulaire prenait l’eau, j’ai dû changer de téléphone et je ne pouvais plus le recharger. Ce n’est pas évident puisque je me fiais à ça pour mon chemin. En 2004, j’utilisais des cartes, mais aujourd’hui, j’ai mon GPS. À ce moment, j’ai songé dépenser 2000 $ ou 3000 $ pour prendre le train et revenir au Québec. Mais le lendemain, c’était passé. Je ne lâcherai pas! », scande-t-il d’un air convaincu.

Au moment de l’entrevue, il ne lui restait que 2700 km à parcourir. Il avait pédalé 13 400 km depuis son départ avec une moyenne de 150 à 200 km par jour.

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