3 juin 2020
Vivre un deuil en pleine pandémie : les salons funéraires s’adaptent
Par: Jean-Philippe Morin

Marc Jacques a pris des mesures dans son salon mortuaire afin que les règles de distanciation soient respectées. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Marc Jacques a pris des mesures dans son salon mortuaire afin que les règles de distanciation soient respectées. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Si un de vos proches est décédé au cours des 11 dernières semaines, vous êtes l’une des centaines personnes de la région n’ayant pas pu lui dire un « au revoir » classique. Dans les salons funéraires S. Jacques & fils et Gilbert Mandeville & fils, on prend tout de même des mesures afin que les familles vivent leur deuil le plus sereinement possible.

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« Ça déboussole tout le monde, ça bouscule les traditions. Certaines familles sont déçues, mais comprennent la situation », lance Guy Mandeville, propriétaire du Salon Gilbert Mandeville & fils.

« Les gens ne vivent pas pleinement leur deuil. Ça complique le processus pour plusieurs personnes. Les clients trouvent ça dur de ne pas pouvoir être au chevet de leurs proches », souligne Mathieu Jacques, impliqué dans la compagnie familiale S. Jacques & fils avec son père Marc.

Des cérémonies différentes

Les rassemblements massifs sont interdits à l’intérieur des salons funéraires, mais les propriétaires ont trouvé un moyen de tout de même donner aux endeuillés une dernière occasion de saluer le/la disparu(e).

« On fait des rencontres, mais on planifie des heures d’accueil pour différents groupes. On ne peut pas recevoir plus de 10 ou 15 personnes à la fois, tout dépendant de l’espace qu’il y a. Il faut tenir compte de la distanciation. Par exemple, pour une grosse famille qui compte 10 enfants, on peut planifier aux demi-heures des moments pour que chaque enfant, avec sa famille, vienne au salon. Plus les familles sont grosses, moins ils ont de temps avec la personne décédée pour laisser le temps à tout le monde de la voir », décrit Guy Mandeville.

Mais les cérémonies intimistes avec la famille immédiate sont plus rares, insistent MM. Mandeville et Jacques. Chez S. Jacques & fils, « on en a fait trois ou quatre sur une centaine en 10 semaines », décrit Marc Jacques, qui a tout de même modifié la disposition de son salon funéraire pour respecter les règles de distanciation physique.

La plupart des familles décident de reporter la cérémonie à une date ultérieure, même si la Santé publique pourrait autoriser les gros rassemblements seulement dans plusieurs mois.

« Pendant la pandémie, pour le fonctionnement, ça se ressemble. La personne peut être exposée, peut être incinérée, mais c’est la partie de la rencontre publique qui est un peu bousculée. Personne ne sait quand on va pouvoir fonctionner à plein régime. C’est complètement nouveau pour tout le monde. Alors les familles préfèrent attendre des mois avant de faire une cérémonie », explique Guy Mandeville.

« J’ai l’impression que si les règles d’éviter les rassemblements persistent, on va de plus en plus avoir des cérémonies intimistes », ajoute Marc Jacques.

Par vidéo

Au Salon S. Jacques & fils, on offrira d’ici les prochains jours des cérémonies vidéo. « À force de reporter des cérémonies, on s’est dit que les clients aimeraient peut-être vivre leur deuil différemment. Parce que c’est unique comme situation, on s’est reviré sur un 10 sous », souligne Mathieu Jacques.

Très bientôt, le salon funéraire offrira aux familles le service de webdiffusion de la cérémonie grâce à un lien sur son site web. Les personnes concernées auront un code privé pour se connecter, qu’elles pourront aussi partager à leurs proches. Ceux qui assistent à la cérémonie via Internet pourront même envoyer un message qui sera imprimé comme s’ils étaient sur place et qu’ils signaient le registre.

« On sent vraiment que les familles ont besoin de vivre leur deuil. Le tout reste à fignoler, mais on a déjà eu des demandes pour ce service. Ça vient combler un besoin puisque les personnes de 70 ans et plus ne peuvent venir au salon en ce moment », conclut Mathieu Jacques.

De son côté, Guy Mandeville dit offrir les cérémonies vidéo, mais elles ne sont pas prisées puisque, dit-il, les familles préfèrent attendre.

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