7 juin 2016
Vingt-trois églises ont été vendues ou démolies en 20 ans
Par: Louise Grégoire-Racicot
Vases sacr.és et Sainte Bible occupent une place de choix dans chaque église du diocèse. | Photo: TC Média - Archives.

Vases sacr.és et Sainte Bible occupent une place de choix dans chaque église du diocèse. | Photo: TC Média - Archives.

Aujourd’hui, malgré la réticence de son évêque François Lapierre à autoriser la vente d’églises, le diocèse de Saint-Hyacinthe dénombre encore 90 églises et chapelles réparties dans 81 paroisses. Vingt-trois de moins qu’il y a vingt ans, révèle le chancelier du diocèse, Denis Lépine.

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Des 23 églises et chapelles fermées, 15 églises et trois chapelles ont été vendues alors que cinq églises ont été démolies. La plupart des édifices vendus, ajoute-t-il, sont désormais voués à d’autres fonctions même si dans certains, malgré le changement de vocation, on consacre toujours un espace comme lieu de culte. On le voit surtout en milieu rural où des églises ont été converties en centres multifonctionnels.

Sorel-Tracy et Granby particulièrement touchées

Les paroisses de Sorel-Tracy et de Granby ont été particulièrement affectées par cette nouvelle réalité souvent imposée par la baisse de la fréquentation de ces lieux de culte et des revenus qui en découlaient. D’autres villes dans le diocèse de Saint-Hyacinthe, comme Beloeil et Mont-Saint-Hilaire, ont été épargnées.

Des cinq églises fermées à Sorel-Tracy (Saint-Maxime, Notre-Dame-du-perpétuel-secours, Saint-Jean-Bosco et Saint-Joseph et la chapelle Sainte-Anne), trois ont croulé sous le pic du démolisseur alors que l’église Notre-Dame a été transformée en un centre pour gymnastes.

De plus, on annonçait, il y a un mois, que deux autres églises ont été mises en vente: l’église Saint-Gabriel-Lalemant et l’église Notre-Dame Auxiliatrice. Elles demeurent ouvertes durant le processus de vente. Il en reste désormais deux exclusivement consacrées au culte: l’église Saint-Pierre et l’église Enfant-Jésus.

À Granby quatre églises ont été vendues. Toutes ont désormais une nouvelle vocation. Rachetée par la municipalité, l’une a été transformée en gymnase, une autre en bibliothèque. Une autre est devenue un centre communautaire. Un CLSC en a racheté une.

Celles qui sont restées debout, ailleurs dans le diocèse, ont connu divers réaménagement: l’église Christ-Roi de Saint-Hyacinthe a été transformée en théâtre. Une fondation privée a acheté celle de Dunham. Certaines sont rachetées par des municipalités. Des promoteurs en ont transformé d’autres.

Dans tous les cas, les fabriques ont dû se départir de ces bâtiments faute de revenus suffisants pour les entretenir et les chauffer, a noté M. Lépine.

« À Sorel-Tracy, vous êtes vraiment éprouvés. Deux autres églises sont à vendre. On verra plus tard si ce sont de bonnes décisions! C’est vrai qu’à la suite de scandales qui ont éclaté, les gens perdent confiance. Quand on démolit les églises, le message reçu est celui qu’on ferme! », commente-t-il.

Mais encore faut-il tenir compte des conditions socio-économiques des milieux, reconnait-il. Mais des communautés se régénèrent. C’est le cas de Granby et de Beloeil, cite-t-il.

« La foi et la confiance reviendront. Le pape François donne une image très positive de l’Église. Et Mgr Lapierre est un homme d’espérance qui croit possible de faire renaitre des communautés chrétiennes. Ce pourquoi plusieurs pensent qu’il hésitait à permettre la fermeture des églises et chapelles. »

Églises vendues

Christ-Roi de Saint-Hyacinthe

Sainte-Croix de Dunham

Saint-Fabien de Farnham

Saint-François d’Assise de Frelighsburg

Assomption de Granby

Notre-Dame de Granby

Saint-Benoît de Granby

Saint-Joseph de Granby

Saint-Noël-Chabanel d’Iberville

Saint-Ignace de Stanbridge

Saint-Pierre-de-Véronne à Pike River

Sainte-Sabine

Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours de Sorel-Tracy

Sainte-Jeanne-D’Arc de Stanbridge

Saints-Martyrs-Canadiens à Venise-en-Québec

Églises démolies

Saint-Georges de Clarenceville

Saint-Jean-Bosco de Sorel-Tracy

Saint-Joseph-de-Sorel

Sainte-Maxime de Sorel-Tracy

Chapelles vendues

Glen Sutton

Saint-Jean-de-Fost

Sainte-Anne-de-Sorel

Manquer son coup*

Le prêtre Lionel Émard dresse un portrait plutôt sombre de l’Église catholique. L’une des raisons qui ont entraîné la chute de la religion au Québec et dans la région est sa faible capacité à se moderniser, affirme-t-il. De leur côté, le pasteur Benoit Côté et le chanoine Gérald Ouellette portent aussi un regard critique sur l’avenir des églises.

À la fin des années 1800 et début des années 1900, les communautés chrétiennes étaient témoins de la construction de nouvelles églises au Québec. De nos jours, on constate la fermeture de nombreuses églises de la région, que ce soit à Sorel-Tracy, Pierreville, Baie-du-Febvre, Saint-Elphège ou Saint-Majorique.

« A-t-on vu trop grand dans le passé? Voyons-nous trop petit pour l’avenir? Les églises sont plus que délaissées. Elles sont abandonnées. On [les prêtres] a manqué notre coup. On s’est pris trop tard. On a échoué quelque part », croit Lionel Émard.

L’église lente à se moderniser

Prêtre depuis 43 ans, M. Émard s’occupe des églises de Saint-Gérard-Majella, de Yamaska et de Saint-David. Alors qu’il a entamé une réflexion poussée sur l’avenir de la religion, il n’hésite pas à critiquer certaines décisions du mouvement religieux.

Dans un premier temps, l’Église a refusé de croire en la science, souligne-t-il. « On s’est pris en retard. Par exemple, la science est capable d’expliquer les transgenres. La psychologie est capable d’expliquer ça. La société a évolué et l’Église a refusé ce changement. »

Sans oublier l’évolution de la femme dans la société, l’église porte un discours contradictoire, constate-t-il.

« Aujourd’hui, la société ne dit plus que la femme est inférieure à l’homme. Le pape s’est montré ouvert à l’ordination des femmes diacres. C’est n’importe quoi. On parle d’égalité entre les femmes et les hommes, mais on ne donne pas le droit parole aux femmes. On met de côté la moitié de la population : les femmes. »

Les gens délaissent l’église parce qu’ils ne croient plus en son discours, croit-il. « On parle par ouï-dire. Dernièrement, j’ai fait part d’un témoignage de la perte d’un enfant lors d’une cérémonie, mais je ne l’ai pas vécu. Je ne peux même pas avoir d’enfant. Les gens finissent par ne plus nous croire. »

Non seulement les églises se vident, mais la relève se fait rare. « Les curés sont rares. Le jour où je partirai, il n’y en aura pas d’autres. C’est peut-être ça qui poussera la paroisse à se questionner sur le maintien ou non de ses églises. »

Avenir précaire pour les églises

Pour le pasteur Benoit Côté, aucune église n’a un avenir assuré, peu importe l’épaisseur de son portefeuille. La fréquentation baisse, les revenus aussi et les bénévoles vieillissent ou déménagent.

Il faudra, croit-il, réunir les gens pour trouver ensemble des façons de garder l’église qui est souvent au cœur même du village.

Revoir des façons de faire

De son côté, le chanoine Gérald Ouellette constate que la demande de préparation aux sacrements chute à Sorel-Tracy. Il a même dû abolir un poste d’agent de pastorale pour mieux boucler le budget de la paroisse.

« Les jeunes parents sont moins portés à demander cet enseignement pour leurs enfants », croit-il.

Et de comparer de données: à Victoriaville, les paroisses ont offert de nouvelles activités d’intégration. « Trois cent vingt-cinq enfants sur les 45 000 personnes que compte cette ville suivent des formations. Ici on en compte 45! »

Ainsi la paroisse doit revoir ses façons de faire, croit-il. Peut-être mettre le numérique à son service, impliquer les jeunes dans diverses activités. »

* Texte de Sarah-Eve Charland et Louise Grégoire-Racicot

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