15 octobre 2019
Ville-centre, non ville-reine!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

La décision unilatérale de Sorel-Tracy de se retirer sans crier gare des dossiers de développement agroalimentaire et culturel de la MRC de Pierre-De Saurel a choqué avec raison les partenaires municipaux qui avaient adopté, en consensus avec elle, les politiques et plan d’action de ces secteurs il y a longtemps.

C’est la deuxième crise en moins d’un an qui affecte cette table. La première remonte à novembre dernier : le maire de Sorel-Tracy avait bloqué l’adoption du budget, en désaccord avec certains postes budgétaires.

En février dernier, suite au vœu de M. Péloquin, la MRC octroya un contrat à l’Institut de la gouvernance d’organisations privées et publiques, afin qu’il analyse son fonctionnement. Il souhaitait que les responsabilités et les rôles de chacun soient clairement révisés et établis.

L’analyse a été menée. Son rapport déposé. Mais personne n’en a divulgué les résultats. Qu’y lit-on qui mérite un tel silence? N’y trouvait-on pas des pistes de solution aux désaccords qui entravaient la vie régionale?

Voilà que M. Péloquin évoque encore la nécessité de réviser la gouvernance de la table des maires, ses prises de décisions et sa gestion des dossiers, en quête de plus d’efficacité et d’efficience.

Son argument? Les citoyens de Sorel-Tracy contribuent, par leurs taxes, 60 % du budget de la MRC. Et souvent, les dépenses encourues sont des doublons avec celles que la Ville débourse, notamment en culture, spécifie-t-il. Ainsi que dans le développement agroalimentaire où le commissaire industriel de la Ville pourrait fort bien intervenir sans qu’il soit nécessaire de retenir les services d’un responsable du Plan de développement de la zone agricole.

Ce qu’il tait cependant, c’est que la répartition des quotes-parts de la MRC repose sur les mêmes facteurs pour tous : la richesse foncière d’une municipalité et sa population. Le pourcentage de la facture ne fait qu’illustrer les disparités d’évaluation et d’habitants.

Il ne dit pas non plus que des 5 M$ que la Ville verse à la MRC, tout ne va pas à tous. Sorel-Tracy reçoit des services directs et essentiels dont ceux de la sécurité publique (SQ) et de la gestion des matières résiduelles qui coûtent plusieurs millions.

Si le retrait de la Ville des dossiers agricole et culturel incommode des municipalités rurales, elles peuvent toujours, propose-t-il, acheter ceux de Sorel-Tracy.

Mais elles seraient alors dépendantes plutôt qu’autonomes. Clientes et non partenaires, n’ayant aucun mot à dire sur la dispense, la qualité et le prix de ces services.

Oui, je compte bien que des contribuables n’aient jamais à payer des doublons. Ce serait ridicule. Mais je compte aussi que ce soit à l’unisson que la région se dote de services partagés qui lui permettent de se développer sur tous les plans. Et non en régie limitée ou à l’unité. Car on se prive ainsi d’une synergie qui souvent accélère les effets escomptés et les enrichit.

Jusqu’ici, les élus municipaux et leurs intervenants étaient parties prenantes de ces ententes. Ils devaient y voir de près, mesurer leurs orientations et efficacité, corriger leur tir quand nécessaire, histoire de ne pas se découvrir un jour victimes, voire même de se déclarer cannibalisés! Qu’ont-ils donc fait? Il m’apparait malsain de monter les citoyens les uns contre les autres en leur faisant croire que l’on profite d’eux, surtout quand leurs élus ont arrêté ces ententes.

Il ne fallait pas larguer tout à coup ces ententes, mais réviser ce qui devait l’être. En ne perdant jamais de vue que nous ne vivons pas dans « Une ville, une MRC », comme semble parfois le penser ou l’espérer le maire et son conseil. Mais dans une région aux 11 municipalités, dont Sorel-Tracy est la ville-centre. Un point c’est tout.

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