23 avril 2019
Une Soreloise boxera en fauteuil roulant pour inspirer les autres
Par: Jean-Philippe Morin

Jani Barré, de Saint-Hyacinthe et Tamara Bélisle, originaire de Sorel-Tracy, seront les premières femmes en fauteuil roulant à se battre dans un combat de boxe au Québec le 18 mai prochain. Photo François Larivière | Les 2 Rives ©

La Soreloise Tamara Bélisle a perdu l'usage de ses jambes le 18 mai 2012. Photo François Larivière | Les 2 Rives ©

Lorsqu’elle a perdu l’usage de ses jambes le 18 mai 2012, dans un accident de moto à Sainte-Anne-de-Sorel à l’âge de 19 ans, Tamara Bélisle ne voulait plus rien savoir de la vie. Sept ans jour pour jour après ce drame, elle veut montrer qu’il est possible de se relever d’une telle épreuve.

La Soreloise d’origine a été approchée par Jani Barré, de Saint-Hyacinthe, pour enfiler les gants dans un ring de boxe. Cette dernière, qui est aussi confinée à un fauteuil roulant, a eu l’idée d’organiser un combat amical le 18 mai prochain, à Sainte-Marie-de-Beauce, entre elle et Tamara Bélisle. Ce combat, entre deux filles ne pouvant plus marcher et se déplaçant en fauteuil roulant, sera une première au Québec.

« Ça fait huit ans que je boxe. Un de mes rêves a toujours été de boxer contre une fille en fauteuil roulant. Ça fait huit ans que je cherche, mais il n’en existait pas. Alors je me disais que si je n’en trouvais pas, j’allais en former une! C’est comme ça que j’ai eu l’idée d’appeler Tamara, avec qui j’étais entrée en contact quand je faisais un spectacle d’humour. Elle ne boxait pas, mais elle a quand même accepté tout de suite de s’entraîner avec moi », souligne Mme Barré.

Tamara Bélisle admet avoir attrapé la piqûre de la boxe. Elle s’entraîne deux fois par semaine avec Jani Barré au Centre multisports Charles-Auguste-Gauvin de Saint-Hyacinthe en vue du combat du 18 mai, en Beauce. Un deuxième combat entre les deux « pugilistes » aura lieu six jours plus tard, le 24 mai, à Saint-Hyacinthe.

« J’adore ça! On bouge un peu moins que la boxe traditionnelle, mais on se promène quand même dans le ring, ce n’est pas statique. J’ai appris les différentes règles, où on peut frapper ou non, etc. Honnêtement, je n’avais jamais vraiment écouté un combat de boxe avant, alors je partais de zéro! Ça remet en forme et surtout, ça défoule. Tu ne penses à rien et tu te vides la tête quand tu boxes », commente Mme Bélisle.

« On ne va pas là pour se sacrer une volée, renchérit-elle. On le fait pour inspirer les autres. On veut montrer que quand tu veux, tu peux. […] Quand mon ex-copain a perdu le contrôle de la moto, je suis tombée et j’ai dû subir sept heures et demie d’opération. Je me disais que j’allais mourir, mais je suis encore toute là et de plus en plus en forme. Je veux montrer que tout est possible. »

Lors des deux combats, plusieurs règles strictes seront mises en place. Les filles n’auront pas le droit de se frapper au corps ou frapper en uppercut afin d’éviter que le fauteuil roulant bascule.

Le sport pour surmonter les épreuves

Quant à Jani Barré, elle se réjouit de voir sa collègue et nouvelle amie s’améliorer de séance en séance.

« Elle a un maudit bon crochet de droite! Elle m’a atteint solidement la dernière fois. Reste que le but n’est pas de se faire mal, mais de donner un bon spectacle et de montrer qu’on peut surmonter les obstacles », soutient Mme Barré.

De son côté, la femme de 39 ans, de Saint-Hyacinthe, est atteinte d’une maladie nommée ostéogenèse imparfaite, aussi appelée maladie des os de verre. Ses os sont si fragiles qu’elle a subi, dans sa vie, 157 fractures. Depuis 15 ans, elle n’en a toutefois subi aucune. « Un traitement expérimental m’aide beaucoup. Le sport me permet de me garder en forme et d’oublier la maladie », explique-t-elle.

Jani Barré est d’ailleurs une marathonienne accomplie, elle qui est devenue la première femme à terminer le marathon de Montréal en fauteuil roulant régulier en septembre dernier. « Mon objectif est de participer à 10 marathons à travers le monde. Deux jours après le combat à Saint-Hyacinthe, le 26 mai, je participe à celui d’Ottawa, puis je vais participer à celui de La Havane à Cuba en novembre. Quand on veut, on peut! », conclut-elle.

De son côté, Tamara Bélisle a récemment réorienté sa carrière. Auparavant, elle étudiait pour devenir pharmacienne. Aujourd’hui, elle est étudiante libre à l’UQÀM et elle choisira bientôt pour se diriger vers une carrière en réadaptation, en nutrition ou en travail social. Son accident lui a fait prendre conscience de plusieurs choses. « Je veux aider les gens. Je veux aider mon prochain et surtout, aimer ce que je fais dans la vie », termine-t-elle.

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