21 octobre 2016
Une reprise de pouvoir pour Ariane Litalien
Par: Sarah-Eve Charland
Victime d’agression sexuelle sur le campus de l’Université Harvard, la Soreloise Ariane Litalien a décidé de dénoncer. | Photo : Robbie Woodsum – photographe

Victime d’agression sexuelle sur le campus de l’Université Harvard, la Soreloise Ariane Litalien a décidé de dénoncer. | Photo : Robbie Woodsum – photographe

Originaire de Sorel-Tracy, Ariane Litalien ne se voile plus la face. Elle-même victime, elle est de tous les médias depuis deux semaines pour dénoncer la culture du viol et les agressions sexuelles sur les campus étudiants.

Elle a vécu toute son enfance à Sorel-Tracy où elle retrouve régulièrement ses amis et sa famille. Elle a été active au secondaire alors qu’elle a fait du bénévolat, participé à des pièces de théâtre et au journal étudiant. Elle a quitté la région en 2008 pour compléter un programme international à Québec avant d’être admise à Harvard.

Sa vie a changé il y a trois ans. À ce moment, elle étudiait aux États-Unis. Après une soirée arrosée, elle a accompagné le garçon qu’elle fréquentait à l’époque dans les résidences universitaires.

« Il s’est mis à m’embrasser assez agressivement. Il m’a aussi touchée assez agressivement. J’ai dit non à plusieurs reprises. Il m’a demandé de faire des choses que je ne voulais pas faire. J’ai fini par les faire. Je suis partie de la chambre en pleurant », raconte-t-elle.

Quelques mois plus tard, elle a écrit une lettre anonyme qui a été publiée dans le journal étudiant de l’université. Cette lettre a paru dans plusieurs publications aux États-Unis.

« J’ai voulu croire que l’université allait m’aider, mais le gars a été nommé concierge dans ma résidence. Ça démontrait que l’université ne se préoccupait pas de mon histoire. Par la suite, on m’a diagnostiqué une dépression. C’est à ce moment que j’ai décidé d’écrire cette lettre. » Elle a même pensé au suicide, se retrouvant sans ressources avant que cette lettre anonyme soit publiée et qu’elle soit entendue.

Ariane est également montée sur la scène de la 88e cérémonie des Oscars le 28 février 2016 lorsque Lady Gaga a dédié son numéro aux victimes d’agression sexuelle.

Elle a participé au livre collectif We Believe You: Survivors of Campus Sexual Assault Speak Out, paru en avril dernier. Cette fois-ci, elle a dévoilé son identité. « C’est grâce à la distance. Je n’habitais plus sur le campus. »

Des actions vers l’avenir

De retour au Québec, elle a constaté un manque d’encadrement dans les lois, juge-t-elle. Elle a décidé de fonder il y a trois semaines l’organisme Québec contre les violences sexuelles.

Depuis quelques mois, elle a fait plusieurs apparitions médiatiques pour dénoncer la culture du viol qui est perpétrée dans les campus postsecondaires, notamment dans un reportage de J.E. et sur le plateau de Tout le monde en parle.

« J’ai un peu de la misère avec la réponse du gouvernement très réactive. On parle d’initiation, mais le problème n’est pas là. Il est dans la culture du viol. On parle d’instaurer des politiques dans les universités, mais il n’y a aucun projet de loi », observe-t-elle.

L’organisme, qui vise principalement les campus postsecondaires, propose une quinzaine de recommandations sur son site Internet www.quebeccvs.com.

« On comprend qu’on doit passer par le grand public. Ça doit aussi passer par les cours d’éducation sexuelle où on parle du consentement qui doit être enthousiaste. »

L’organisme tiendra une conférence le 21 octobre avec les différents partis politiques. « À long terme, on espère tenir le gouvernement responsable. On veut travailler avec eux sur un projet de loi », conclut-elle.

Quelques recommandations

– La création de standards provinciaux concernant la réponse des institutions postsecondaires en lien avec les plaintes de violence sexuelle.

– La mise en place d’une campagne de sensibilisation grand public avec du financement à la clé à la hauteur des besoins ciblés par la communauté.

– La création d’un réseau de concertation actif comprenant les institutions d’enseignement postsecondaires, les commissions scolaires et les différents acteurs du milieu pour chaque région administrative du Québec.

– L’ajout obligatoire dans les formulaires de bilan de santé la possibilité de cocher qu’on a été victime ou non d’agressions sexuelles au courant de notre vie.

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