4 décembre 2018
Agriculture dans la MRC de Pierre-De Saurel
Une plus grande place accordée aux femmes sur les fermes
Par: Julie Lambert

Catherine Ferland travaille sur la ferme laitière avec son conjoint. (Photo : Julie Lambert)

Mélanie Brouillard est copropriétaire d'une ferme à Saint-David. (Photo : Pascal Cournoyer)

Si les femmes ont toujours été impliquées dans la gestion des fermes familiales, elles y prennent de plus en plus de place. Certaines prennent une part active dans son développement ou dans l’évolution du domaine. On compte, dans la MRC de Pierre-De Saurel, plusieurs de ces femmes qui doivent encore faire face à certains préjugés tenaces dans le milieu agricole.

Mélanie Brouillard a eu à vivre avec les préjugés envers les femmes il y a 30 ans alors qu’elle rêvait de prendre la relève de son père même s’il envisageait avec plaisir qu’une de ses deux filles reprenne les rênes.

« Je n’ai jamais connu de difficultés avec ma famille. Mon père ne voyait pas la différence que ce soit un gars ou une fille. C’était surtout la vision des autres qui était triste. Je devais avoir 15 ans et je me trouvais à côté de mon père et on lui disait : c’est plate tu n’as pas de relève. C’était vraiment inapproprié puisque j’étais là et que j’avais toujours démontré un intérêt pour l’agriculture. Mais c’était la mentalité il y a 30 ans. Aujourd’hui, cela existe beaucoup moins », croit la femme de 45 ans, copropriétaire de la ferme laitière Bordelo inc. à Saint-David.

Catherine Ferland, 24 ans, travaille sur la ferme Franjeamar à Saint-Robert aux côtés de son conjoint. Elle s’occupe aussi de la comptabilité dans une autre ferme, soit celle de son père. Celle-ci aurait beaucoup aimé faire partie de la relève familiale, mais elle est partie aider son conjoint. Son père continue de son côté avec son frère également intéressé à reprendre la relève.

« Il y a trois ans à ma sortie des études j’avais pris une plus grande place à la ferme de mon père quand il avait perdu un employé. Je souhaitais vraiment prendre la relève avec mon frère, mais nous n’avions pas la même vision. Pour lui, c’est un métier d’homme. J’ai bûché fort pour montrer que j’étais capable de le faire et j’ai essayé de montrer qu’avec certaines méthodes, je pourrais encore plus. Il voulait toutefois rester à l’ancienne méthode qui est plus compliquée et exigeante physiquement pour une femme , mais cela ne m’a jamais empêché de continuer », explique-t-elle.

Prendre sa place

Il y a 25 ans, Mélanie Brouillard a dû faire sa place dans le milieu. Elle a démontré qu’elle était capable autant qu’un homme de faire le travail sur une ferme. « Il a fallu que je fasse ma place, que je démontre que j’étais aussi bonne, sinon meilleure qu’un homme, croit-elle. Au début tu as plein de choses à prouver autant aux autres qu’à toi-même. J’étais confrontée souvent à cette mentalité avec les gens du milieu comme les fournisseurs. Aujourd’hui, c’est différent, ils m’ont acceptée. Que je sois une femme ne change rien. »

Catherine Ferland, très impliquée dans le milieu syndical et de la relève en agriculture, pense que la présence des femmes est très importante. « Je pense que les femmes sont plus minutieuses, qu’elles ont plus de patience. Même si cela prend de la force physique, elle permet de voir autrement le travail, de développer des méthodes peut-être plus efficaces. On ne force pas de la même façon pour en arriver au même résultat parfois. Je réussis autant sinon plus en moins de temps et en faisant plus attention », assure-t-elle.

La présence des femmes évolue

Selon les données du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) de 2016, la relève féminine serait passée de 24% à 26% entre les années 2006 et 2011 et est demeurée stable à 27% par la suite.

La directrice générale d’Agricultrices Québec, France De Montigny, croit que la présence des femmes est de plus en plus visible. Elle pense que ce sont les changements dans la société qui sont à l’origine de cette évolution.

« On voit que des changements sont en train de s’opérer tranquillement dans le milieu. De plus en plus de femmes sont présentes dans les écoles d’agriculture. On en voit aussi plus qui deviennent employées, mais d’autres deviennent aussi des propriétaires ou copropriétaires », se réjouit Mme De Montigny.

Mélanie Brouillard constate elle aussi les changements dans le milieu agricole, même si elle pense qu’il y a encore trop peu de femmes dans le domaine. Sa consœur, Catherine Ferland, est aussi certaine que les mœurs différentes dans la société aident les femmes à prendre plus leur place. Avoir des enfants n’est plus un frein pour celles qui veulent s’impliquer plus activement dans les fermes.

« Je sens maintenant bien plus d’ouverture et on voit bien plus de femmes même si elles ont toujours été là. C’est un peu plus officiel, je crois que l’évolution s’est faite en même temps que celle de la société. On ne voit plus la place de la femme à la maison et le père prend aussi une place active dans la vie des enfants. Je pense que cela permet à des femmes justement d’en faire aussi plus sur les fermes », conclut Mélanie Brouillard.

Nombre de mandataires d’une ferme au Québec

11 825 exploitants

8 520 mandataires

2 171 des mandataires sont des femmes

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