5 mai 2021
Une astronome de Sainte-Victoire-de-Sorel vit ses passions à fond en Arizona
Par: Jean-Philippe Morin
Austin, TX - AAS 2017 - Stephanie Juneau during the Monday AM Press Conference at the American Astronomical Society's 230th meeting at the JW Marriott hotel in Austin, Texas, Monday June 5, 2017. The AAS, established in 1899 and based in Washington, DC, is the major organization of professional astronomers in North America. More than 500 astronomers, educators, industry representatives, and journalists are spending the week in Austin to discuss the latest findings from across the universe. Photo by Phil McCarten, © 2017 American Astronomical Society.

De par son travail d’astronome, Stéphanie Juneau donne des conférences sur les trous noirs. Photo Phil McCarten, © 2017 American Astronomical Society

Stéphanie Juneau est gâtée par le paysage qu’elle retrouve en Arizona pour y pratiquer une de ses passions, l’escalade en montagne. Photo gracieuseté

L’art fait partie intégrante de la vie de Stéphanie Juneau. Photo gracieuseté

Astronome et spécialiste des trous noirs, artiste en arts visuels, escaladeuse de montagnes; Stéphanie Juneau a un CV bien rempli à seulement 42 ans. Celle qui est née à Sainte-Victoire-de-Sorel et qui y a résidé toute sa jeunesse s’épanouit et vit toutes ses passions de l’autre côté de la frontière.

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« J’aime vraiment ce que je fais. J’ai grandi à Sainte-Victoire en campagne et je me retrouvais toujours dehors à courir partout les pieds nus. J’adorais cette liberté. Je la retrouve un peu à Tucson, en Arizona, mais différemment », souligne Mme Juneau.

Un parcours glorieux

Stéphanie Juneau a un parcours rempli. Après avoir étudié à l’école Sainte-Victoire au primaire, l’école secondaire Fernand-Lefebvre au secondaire puis au Cégep de Sorel-Tracy en sciences de la nature, elle s’est dirigée vers l’Université McGill en physique. Après sa première année d’université, un stage l’a ensuite amenée à Victoria, en Colombie-Britannique. C’est à cet endroit qu’elle a goûté à l’astronomie pour la première fois de façon plus intensive.

« À l’Institut d’astrophysique à Victoria, quand je suis arrivée là, je ne savais même pas c’était quoi une supernova (rires). J’étais une fille curieuse, j’observais la lune et les étoiles, mais je n’avais même pas de télescope. Sauf que je voulais vraiment savoir comment ça fonctionnait, je voulais tout comprendre. Le set-up était parfait là-bas, avec un observatoire sur une colline. Juste d’essayer ça et d’effectuer une recherche professionnelle avec l’ordinateur, ça m’a allumée », témoigne-t-elle.

Après son stage, Stéphanie Juneau est retournée à McGill pour une deuxième année en physique. Son deuxième stage s’est déroulée au même institut, mais à Édimbourg, en Écosse.

« J’ai participé à la conception d’un spectrographe, le GMOS (Gemini Multi-Object Spectrograph) qui est encore en fonction aujourd’hui à Hawaï. Je m’occupais de la phase finale, soit de s’assurer que tout fonctionne. C’était vraiment valorisant. J’ai même pris une année sabbatique après mon stage pour me concentrer sur la conception du GMOS », explique-t-elle.

Plusieurs déménagements

Après cette année de plus au Royaume-Uni, la Victorienne d’origine a terminé son baccalauréat et sa maîtrise à l’Université de Montréal. Elle a refait des séjours à l’observatoire de Victoria, où elle a découvert l’escalade en montagne.

« J’en faisais souvent en Colombie-Britannique, mais ce n’est pas l’idéal avec la température. Quand est venu le temps d’appliquer au doctorat, je voulais trouver un endroit où je pouvais combiner mes deux passions. Soit je retournais au Royaume-Uni ou aux États-Unis, mais j’ai opté pour l’Arizona. Quand j’ai visité l’endroit, le paysage m’a tout de suite parlé! », indique-t-elle.

Stéphanie Juneau y est donc déménagée en 2005 afin de réaliser son doctorat jusqu’en 2011. Pour son post-doctorat, c’est en France qu’elle a choisi de s’installer.

« J’ai résidé pendant cinq ans à Paris et j’aurais pu rester là pour le reste de ma carrière! Mais le côté nord-américain me manquait, c’est pour ça que je suis revenue en Arizona par la suite. Ma passion pour l’escalade était forte et j’aimais beaucoup Tucson pour ça. Si je pouvais faire une copie de moi, une vivrait en France et l’autre à Tucson (rires). »

Des journées remplies

Aujourd’hui, la femme de 42 ans travaille à temps plein comme astronome associée à NOIRLab, un laboratoire spécialisé dans les trous noirs.

« C’est un des premiers sujets qui m’a amené à réfléchir sur l’astronomie. Un trou noir, ça ne ressemble en rien à ce qu’on trouve sur la Terre. J’aime que ce soit un défi de se l’imaginer. On dit trou noir, mais ce n’est pas un trou, c’est une masse qui grossit plus elle aspire des éléments en raison de la gravité. C’est un aspect mystérieux et j’aime le mystère, mais pas du genre science-fiction. J’aime les vrais mystères! », évoque-t-elle.

Stéphanie Juneau s’épanouit dans toutes les sphères de sa vie. Outre son travail, qui a quelque peu changé en raison de la pandémie puisqu’elle doit travailler de la maison, elle s’adonne à ses deux passions les soirs et la fin de semaine : l’art visuel et l’escalade.

« La montagne, ça me connecte avec la nature. J’en ai une de 9000 pieds à 45 minutes d’auto de chez moi et l’avantage ici, c’est qu’on peut en faire 12 mois par année. Il fait très chaud l’été, alors je l’escalade dans le haut. Puis l’hiver, je pars du bas de la montagne », décrit-elle.

Et l’art dans tout ça?

Quant à sa démarche artistique, elle la qualifie de langage. « Mon art, c’est ma langue! C’est une façon de s’exprimer. En fait, c’est la seule façon que je connais de m’exprimer. Certains sentiments, certaines expressions se traduisent dans mes œuvres », image-t-elle.

Stéphanie Juneau a d’ailleurs réalisé quelques cours artistiques à l’Université de l’Arizona pour se perfectionner. Elle y voit une corrélation serrée avec son travail.

« La science et l’art, ça va ensemble pour moi. L’art m’a fait comprendre des choses en physique et vice-versa. Par exemple, j’avais pris beaucoup de temps pour réaliser un bout plus compliqué dans une toile et un prof m’a dit de l’enlever parce que ça jurait avec le reste. J’avais pourtant pris beaucoup de temps à le faire. Lors de la rédaction d’un article scientifique, j’avais pris beaucoup de temps à écrire un bout d’article qui n’avait pas rapport avec le reste. J’ai donc choisi de l’enlever ou de le modifier, même s’il m’avait pris du temps à faire. L’art m’a donné une leçon de vie et m’apporte beaucoup en science », raconte-t-elle.

Avant la pandémie, Stéphanie Juneau revenait dans la région au moins une fois par année pour visiter des membres de sa famille qui, pour la plupart, habitent toujours dans la région, dont son père à Sainte-Victoire et sa mère à Saint-Robert. Elle aime aussi visiter sa grand-mère de 91 ans qui habite dans la région, seule dans sa maison. « Un de mes endroits préférés quand je passe au Québec », conclut-elle.

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