27 octobre 2017
« Une agression, c’est une énorme perte de pouvoir sur son corps et sa vie » – Ariane Litalien
Par: Sarah-Eve Charland
Plusieurs victimes d’agressions sexuelles se sont révélées par les réseaux sociaux et dans les médias. |  © Archives

Plusieurs victimes d’agressions sexuelles se sont révélées par les réseaux sociaux et dans les médias. | © Archives

La vague de dénonciation d’agression sexuelle dans les médias et les réseaux sociaux ne surprend pas la Soreloise et fondatrice de l’organisme Québec contre les violences sexuelles, Ariane Litalien.

L’initiative #moiaussi a pris vie sur Twitter et sur Facebook il y a deux semaines. Des dizaines de filles ont dénoncé des histoires d’harcèlement et d’agression sexuelle. Quelques jours plus tard, des allégations visaient l’animateur Éric Salvail et l’homme d’affaires Gilbert Rozon.

Ariane Litalien a également dénoncé l’année dernière une agression sexuelle dont elle a été victime durant ses études aux États-Unis.

« Une agression, c’est une énorme perte de pouvoir sur son corps et sa vie. Décider de raconter son histoire et de choisir comment elle sera présentée, c’est une reprise du pouvoir », mentionne-t-elle.

La plupart des femmes ayant participé au mouvement #moiaussi ont choisi de parler publiquement sans recourir au système de justice.

« Le système de justice, c’est long. C’est compliqué. Les victimes ont peur de ne pas être bien reçues », croit la sexologue à l’organisme Émissaire, Sindy Brodeur. Mme Brodeur donne plusieurs ateliers sur le bien-être sexuel à Sorel-Tracy.

Des répercussions positives

« La société évolue. Dans le passé, j’étais un peu découragée. On mettait en doute les propos des victimes. Ce n’est plus le cas. […] On remarque un réel désir des gens de se distancer des agresseurs », affirme Mme Litalien.

Mme Brodeur abonde dans le même sens. « La honte a été transférée vers les agresseurs. C’est ce qui est particulier par ce mouvement. L’odieux est porté par la bonne personne », constate-t-elle.

La sexologue ajoute que ce mouvement permettra de conscientiser la population à ce qu’est une agression. « Ça devient une agression quand il n’y a pas de consentement. Les gens ne savent pas ce qu’est le consentement. Pourtant, c’est assez simple. »

Mme Brodeur espère aussi que cette initiative aura des répercussions dans le futur. « Pour le moment, ça se déroule surtout dans le milieu artistique et médiatique. Est-ce que ça va aider monsieur et madame tout le monde? Est-ce qu’on va aider les victimes maintenant? Qu’est-ce qu’on fait pour le futur? », se questionne-t-elle.

Pas de hausse de plaintes à la SQ

La Sûreté du Québec (SQ) n’a pas enregistré une hausse de plaintes d’agressions sexuelles dans son service à la suite du mouvement de dénonciations qui a jeté sous les projecteurs Gilbert Rozon dans les dernières semaines.

Selon la porte-parole de la SQ, Martine Asselin, ce genre d’événement a peu d’incidence sur la décision des victimes de porter plainte. La Centrale de l’information criminelle de l’organisation n’a pas été débordée d’appels liés à des agressions sexuelles.

« Cette décision ne se fait pas du jour au lendemain. On n’a pas de fléau d’appels même dans ce genre de situation. La décision d’aller déposer une plainte se fait de façon graduelle. Il est plus facile de dénoncer sous le couvert de l’anonymat, mais quand on fait une plainte au criminel, il faut le faire à visage découvert et la personne doit publiquement dénoncer son agresseur », souligne-t-elle.

La porte-parole ajoute que les procédures judiciaires rebutent plusieurs des victimes puisqu’elles sont longues et pénibles à vivre. La SQ collabore étroitement avec des professionnels du Centre d’aide aux victimes actes criminels (CAVAC) afin d’aider le plus possible les plaignants dans leur démarche.

« C’est très difficile pour les victimes de reparler de ce qu’elles ont vécu. On doit connaître les détails alors que les personnes tentent d’oublier ces traumatismes depuis des années. Ce n’est pas tout le monde qui est prêt à ça », conclut-elle.

En raison du scandale de Gilbert Rozon, la ligne téléphonique créée dans l’urgence par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a enregistré 272 appels à la suite du mouvement de dénonciations. Le numéro à la SQ est le 1-800-659-4264.

Avec la collaboration de Julie Lambert

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