27 mars 2018
Dossier sur la perception de Sorel-Tracy
Une adaptation sans grands heurts pour les nouveaux arrivants
Par: Julie Lambert

Valérie-Anne Fontaine, Daniel Aubé et Élodie Proulx (Photos: Julie Lambert)

Dans le cadre d’un premier reportage étalé sur deux semaines, le journal Les 2 Rives a questionné trois nouveaux arrivants afin de connaître leur perception de la région. Dans l’édition du 3 avril, ce sera au tour de quatre natifs de Sorel-Tracy d’effectuer le même exercice.

Daniel Aubé, Élodie Proulx et Valérie-Anne Fontaine ne connaissaient pas beaucoup la région avant d’y emménager. Malgré qu’ils viennent de villes beaucoup plus grandes, ils ne sont pas déçus de leur choix et commencent à apprécier certains attraits de la région tout en souhaitant son développement dans les prochaines années.

Daniel Aubé, 52 ans de Laval, travaille à l’Hôtel-Dieu de Sorel depuis janvier 2017. Il emménagera dans la municipalité en mai.

« Je suis préventionniste incendie. Il n’y en a pas partout. L’emploi me tentait. Un endroit ou un autre n’avait pas d’importance et cela a tombé sur Sorel. Je pensais que la ville se trouvait à côté du tunnel (Louis-Hyppolite-La Fontaine). Ma première idée a été d’habiter à Varennes, mais à force de côtoyer des gens, qui sont devenus des amis, je me suis installé ici. Ils veulent m’apprendre à connaître la ville même si elle est petite », raconte-t-il.

Valérie-Anne Fontaine, 30 ans, est arrivée il y a deux ans à Sorel-Tracy. Elle est demeurée à Québec plusieurs années et dans plusieurs régions de la province. Elle a choisi Sorel-Tracy parce que son grand-père y résidait depuis 50 ans.

« Il allait de moins en moins bien. La famille se posait la question sur ce qu’on devait faire. On était tous à Québec. Mon mari et moi avons décidé de venir ici s’occuper de lui ainsi que de sa maison. Je suis contente d’avoir fait le move », dit-elle.

Élodie Proulx, 30 ans, arrive de Gatineau. Après son baccalauréat en littérature française, elle se cherchait un endroit pour se consacrer à l’écriture. Son choix s’est arrêté sur Sorel-Tracy parce qu’elle se trouvait au milieu des municipalités où se trouve sa famille et son conjoint.

« Ma famille est à Longueuil et mon copain à Joliette. J’ai pris une carte et j’ai regardé ce qui se trouvait au centre, confie-t-elle avec un sourire. Sa proximité avec l’eau est aussi très propice à l’écriture. Ce n’est pas trop gros. On peut se promener dans la rue et les gens se saluent contrairement aux grandes villes! », se réjouit Mme Proulx.

Une image peu reluisante

Selon les trois nouveaux arrivants, leur choix n’a pas été bien compris par leurs proches puisque la réputation de Sorel-Tracy est très négative à l’extérieur. On dit de la ville qu’elle est très industrielle, qu’elle est un cul-de-sac, qu’il y a beaucoup de pauvreté et on soulève aussi la forte présence des motards.

« Ma famille m’a dit : ne va pas là, c’est plein de Hells Angels, il y a une forte criminalité. On m’a aussi dit que c’est plate là-bas, qu’il n’y a rien à faire et que les magasins font faillite. Les magasins, c’est un peu vrai, mais c’est partout pareil », pense Mme Proulx.

« Les gens me disaient : qu’est-ce que tu vas faire à Sorel?, mentionne Mme Fontaine en riant. Je venais ici seulement à l’occasion pour voir mon grand-père, mais j’entendais beaucoup le bashing sur Sorel-Tracy. On me disait : c’est industriel. Quand je suis arrivée ici, je me suis demandée dans quoi je me suis embarquée. Les gens de Sorel ont une perception très négative de leur ville, mais selon moi, c’est non justifié. »

L’intégration à leur nouvelle communauté ne s’est pas faite rapidement, soulignent deux des participants. Les Sorelois prennent un peu de temps avant d’inclure les nouveaux arrivants dans leur cercle.

« Les gens disent : tu es la fille à qui toi? Tu es d’où? Après, ils disent : t’es la fille de Québec. Tu as besoin de faire tes preuves, pis après ça, les gens t’incluent dans la clique. C’est une réalité que j’ai vécue, mais ce n’est pas juste à Sorel. Avant de rencontrer des gens qui sont un peu comme toi et qui ont les mêmes valeurs que toi, ça prend au moins six mois, le temps de se stabiliser et de faire du réseautage. C’est ce que j’ai trouvé difficile au début. J’ai réussi à percer ça par mon engagement communautaire », raconte Valérie-Anne Fontaine.

Daniel Aubé a lui aussi connu quelques difficultés à percer cette barrière avec les gens de la région. « Je me suis senti comme le cowboy qui entre dans le saloon et qui ne vient pas du coin. Tout le monde arrête de parler et tout le monde le regarde. Il y avait aussi le préjugé que je venais de Montréal et que j’allais leur montrer quoi faire. Je travaille avec eux et maintenant, sans dire que je suis accepté ou intégré, il y a une belle amélioration », affirme-t-il.

Des défis à relever

Un des points moins positifs de la région, selon Mme Fontaine, est le besoin pour les instigateurs de projets d’aller chercher les gens pour qu’ils embarquent et participent. « Il faut les prendre par la main pour les amener avec nous, ce n’est pas juste en leur disant de venir. À Québec, je ne vivais pas ça. »

« Il y a un vouloir de faire quelque chose d’intéressant, de nouveau, et de dynamiser la ville. J’ai le goût de rester et de m’investir dans ma ville. Si le milieu de vie me convient, qu’est-ce que je peux faire pour l’optimiser et le changer pour que ce soit pertinent pour moi et mes amis? Je travaille beaucoup avec les jeunes. Ils me demandent pourquoi je suis ici si je viens de Québec. Quand je vois cela, ça me fait de la peine, et je me dis pourtant, la région a tellement à offrir. Il y a plein de choses à faire et de quoi être fier », assure Mme Fontaine.

Élodie Proulx est de son côté déçue par le service d’autobus de la région. « Il n’y a pas assez de circuits d’autobus et aucun ne se rend jusqu’au Walmart. Je trouve cela très dommage. Certains immeubles à logements sont aussi très décrépits », se désole-t-elle. Avoir plus de musées et un centre de prélèvement de placement d’Héma-Québec seraient aussi de bonnes améliorations, ajoute Mme Proulx.

M. Aubé soulève de son côté le besoin pour la région d’avoir un pont reliant les deux rives surtout avec le désir actuellement des entreprises de s’éloigner de Montréal.

« Il y en a plusieurs qui se rapprochent à Varennes. Si tu veux ramener de la business ici ou faire baisser le chômage, ça prend un pont pour traverser de l’autre côté. Montréal est en train de perdre des entreprises parce que tout le monde est tanné de prendre deux ou trois heures pour traverser. Plus personne ne veut aller là. Repentigny s’est développée à la minute qu’elle a mis deux ponts. Mets-nous un pont et ça change tout de suite la dynamique à Sorel », est convaincu M. Aubé.

Miser sur ses attraits

Les trois participants au reportage croient tous que la ville a de nombreux attraits. Pour M. Aubé, les accès à des espaces naturels afin de pratiquer certaines activités sont très importants. « Je suis un gars de grands espaces. J’ai de la place pour faire du vélo, de la course et il y a plein de restaurants, qu’on me dit. Si c’était si plate que ça Sorel, il n’y aurait pas encore autant de monde », pense-t-il. Il a été très impressionné par le parc Regard-sur-le-Fleuve lors de ses promenades.

Mme Proulx a noté de son côté le faible prix des loyers et des maisons dans la région. « Je réside à côté du cégep et du centre culturel. Mon loyer n’est vraiment pas cher, 490$ pour un trois et demi. Pour le même emplacement, je débourserais 650$ à Gatineau et au moins 1 200$ à Ottawa. Le prix des maisons est aussi très peu élevé. Pour une maison de 250 000$, on peut avoir la même chose ici pour 150 000$ », se réjouit-elle.

L’ouverture des gens et de la Ville aux projets présentés ainsi que la facilité d’accès avec ses élus sont des points positifs de cette municipalité avec laquelle Valérie-Anne Fontaine est en train de tomber en amour.

« Les gens veulent que la Ville ait une fierté, la revaloriser. J’habite sur le bord du Richelieu. Il y a tellement de beaux spots au niveau naturel à Sorel-Tracy. C’est quelque chose que j’aime beaucoup, on se trouve au coin entre le Richelieu et le fleuve Saint-Laurent, les îles, les marais. La biodiversité est extraordinaire. On n’a pas à envier ça à Montréal », souligne-t-elle.

Les participants ont été sélectionnés au hasard après un appel Facebook sur la page du journal Les 2 Rives. Aucun d’entre eux ne se connaissait et ils ont été choisis pour représenter différentes strates de la population afin que le reportage soit le plus représentatif possible de ses habitants.

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