11 juillet 2016
Un travail de coachs dans l’ombre
Par: Louise Grégoire-Racicot

Ils ont joué au hockey, mais n’ont jamais rêvé d’atteindre les rangs de la Ligue nationale de hockey (LNH), comme leurs fils l’ont fait. André Fleury, père de Marc-André et Michel Beauchemin, celui de François, ont mis du temps à réaliser que leurs fils en feraient une carrière. Ils partagent aujourd’hui avec le Journal des souvenirs des premiers coups de patin de leurs enfants jusqu’à ce qu’ils deviennent deux joueurs reconnus.

Leurs fils, disent-ils étaient des sportifs-nés. Ils ont cherché à cultiver leurs talents et les deux joueurs ont travaillé très fort pour améliorer constamment leur jeu. L’unique recette de leur succès, croient leurs paternels.

C’est eux qui leur ont appris à chausser les patins. Marc-André a patiné bien avant de jouer au hockey, quand il a eu six ans, se souvient André Fleury.

À deux ans et demi, François patinait déjà seul, raconte M. Beauchemin.

Puis, ils les ont suivis à travers tous les échelons du hockey. « J’ai arrêté le hockey le jour où François a commencé à jouer. Je le suivais aux parties comme aux pratiques. Et ça n’a pas changé depuis », dit M. Beauchemin. Très friand de hockey, il va voir jouer François plusieurs fois par année partout dans l’Est américain, entre Montréal et la Floride, même dans l’Ouest.

« Toujours, je lui disais: amuse-toi, joue. Si tu es bien, on est bien! L’accompagner était pour nous un plaisir, pas un sacrifice. Au lieu de prendre des vacances, je le suivais partout où il jouait », se rappelle M. Beauchemin.

« On a toujours suivi Marc-André. On aimait cela. Puis tu te fais des amis dans ce circuit où tout le monde se connaît finalement. Nous, on n’allait pas dans le Sud l’hiver, on allait au hockey», dit en riant M. Fleury.

Jamais, assurent les deux pères, ils ne mettaient de pression sur les épaules de leurs jeunes fils. Pour eux, le hockey devait d’abord être du plaisir. « Jamais je n’ai pensé que Marc-André jouerait dans la LNH. Ce n’est que lors du Championnat junior du monde à Halifax en 2003 que je me suis rendu compte qu’il avait solidement joué et qu’il pourrait en faire une carrière », affirme M. Fleury.

Des émotions fortes

Parmi les moments difficiles, M. Fleury raconte qu’à l’âge de 15 ans, Marc-André a été repêché par les Sreaming Eagles du Cap-Breton de la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Plus question pour lui alors d’aller le voir jouer souvent.

MM. Beauchemin et Fleury se rappellent avec émotion de la journée du repêchage où leurs fils ont été choisis. François par le Canadien de Montréal et Marc-André par les Penguins de Pittsburgh avec qui il joue toujours.

« En juin 2003, Marc-André fut le premier joueur à être repêché. Un fait rare pour un gardien de but. On croyait qu’il serait 5e ou 6e. Tout à coup, on entend son nom! », se remémore fièrement André Fleury.

Le repêchage de François par le Canadien a été heureux aussi, mais la suite a été plus difficile, ne cache pas son père. Cette année-là, il y a eu le lock-out des joueurs et François a décidé d’aller jouer dans la ligue américaine. « Il voulait jouer au hockey. Le club ne le rappellera pas, ne lui donnera pas la chance de se faire valoir », déplore M. Beauchemin.

Mais en 2005-2006, les Ducks d’Anaheim le repêchent. C’est là qu’il a déployé ses talents. De 2008 à 2010, il passe aux Maple Leafs de Toronto puis revient à Anaheim cinq ans. Pendant cette période, il est reconnu comme un brillant défenseur.

« L’an dernier, parce qu’il tenait à un contrat de trois ans, il a signé avec l’Avalanche du Colorado où il se plaît », ajoute son papa.

Satisfaction

Tout comme M. Fleury, la grande satisfaction qu’en tire M. Beauchemin, c’est de savoir que leurs fils vivent pleinement leur rêve et qu’ils y trouvent encore du plaisir. « C’est tout ce qu’un parent veut et souhaite à ses enfants », lance M. Fleury.

Les deux pères sourient quand on leur parle de la sécurité financière que le hockey apportera à leurs fils en fin de carrière. Ils en sont heureux, mais sans plus. « Ces conditions de travail sont dures. L’entraînement est intensif et le jeu plus rapide et rude que jamais, » dit Michel Beauchemin.

« Il n’y a qu’à Winnipeg que je ne suis pas allé », profitant, comme M. Fleury, des tournées que la ligue organise pour les pères des joueurs.

« On lui en met beaucoup sur les épaules. Les joueurs deviennent souvent les idoles des plus jeunes. Ils se doivent de donner l’exemple », ajoute M. Fleury.

Mais tant Marc-André que François n’ont pas de problèmes à vivre ainsi. Ils n’ont pas changé. Ils ont la tête bien faite et le cœur à la bonne place, disent leurs pères. Ils ont tous deux le sens de la famille, de l’appartenance au milieu.

Il est essentiel pour eux que Marc-André et François reviennent dans la région, l’été venu.

« Il doit renouer avec ses racines, ne pas oublier d’où il vient » dit M. Fleury. C’est le moment aussi pour eux de se rapprocher de leurs petits-enfants. Marc-André a deux filles et François deux garçons et une fille.

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