23 octobre 2018
En raison d'une forte demande dans la région
Un service pour les victimes de violences sexuelles pourrait voir le jour
Par: Julie Lambert

Les organismes venant en aide aux femmes de la région sont de plus en plus sollicités par des victimes de violences sexuelles. (Photo : Pascal Cournoyer)

Un an après le déclenchement du mouvement #MoiAussi, les intervenants d’organismes venant en aide aux femmes ont enregistré plus de dénonciations dans leurs services. Pour répondre à la forte demande des victimes de violences sexuelles, la Maison La Source de Sorel-Tracy travaille à la mise sur pied d’un premier service d’aide permanent dans la région.

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La Maison La Source, un organisme ayant pour mission de venir en aide aux femmes victimes de violence conjugale, a connu une hausse de demandes pour des services ayant trait aux violences sexuelles, confirme sa directrice, Lucie Hénault.

« Dès le début des dénonciations, on a reçu plus d’appels de femmes qui ont connu dans leur vie un épisode de violence sexuelle. Le mouvement a permis une certaine ouverture sur le sujet. Il y a eu un impact sur la déculpabilisation des victimes. Elles ne se sentaient plus seules et elles ont pu voir que ce genre de situations existent ailleurs et que ça peut être aidant de dénoncer », explique-t-elle.

Un soutien local nécessaire

En septembre 2017, l’organisme Émissaire, en collaboration avec La Maison La Source, offrait une série de 13 ateliers-rencontres sur la sexualité et les agressions sexuelles. Ces derniers avaient pour objectif d’aider les femmes ayant vécu une agression à vivre un bien-être relationnel et sexuel. Ces ateliers ont été offerts pour une deuxième année à Sorel-Tracy et ont débuté la semaine dernière.

L’intervenante et co-animatrice des ateliers de la Maison La Source, Mélanie Lessard, croit également que le mouvement a été bénéfique pour les femmes victimes de violences sexuelles, car elles identifient mieux les gestes. Elles ont compris qu’elles peuvent subir le harcèlement à n’importe quel âge, souligne l’intervenante.

Leurs services ont été abondamment sollicités dans la dernière année parce que les dénonciations de femmes connues, dont celles des personnalités publiques, ont permis d’en parler davantage. Cela a aussi permis au milieu de réaliser que peu de services étaient offerts dans la région pour les victimes, une situation è laquelle les organismes voudraient remédier au cours des prochains mois.

« On a l’organisme Émissaire, mais il couvre l’ensemble de la Montérégie. On n’a pas non plus de services individuels et permanents, seulement de groupes et s’adressant aux personnes de plus de 16 ans. Notre programme est plein et on a aussi une liste d’attente. Il n’y a pas non plus de services d’un sexologue dans la région. Les victimes sont recommandées à l’extérieur. C’est déjà stressant comme étape, alors aller à l’extérieur ajoute une anxiété supplémentaire », croit l’intervenante.

Ce besoin de plus en plus criant, surtout en raison de références faites par le CLSC et les organismes pour femmes, a poussé La Maison La Source a évaluer les possibilités de créer un service pour la région, en partenariat avec les autres organismes.

« Notre organisme chapeauterait le projet. Nous travaillerons à l’écriture dans les prochaines semaines d’une entente pour mettre en place ce service qui roulerait à l’année et qui s’adresserait à une plus grande clientèle », mentionne Mme Lessard.

Un combat à poursuivre

La vague de dénonciation d’agressions sexuelles dans les médias et les réseaux sociaux a eu un effet positif, croit la Soreloise et fondatrice de l’organisme Québec contre les violences sexuelles, Ariane Litalien. Elle pense toutefois que malgré les avancements en un an, d’autres batailles devront être livrées dans les prochaines années.

« Je pense qu’il y a eu définitivement un changement dans la société. Le mouvement a permis à plus de femmes de se libérer de ce secret. Il est plus facile d’en parler, mais il y a encore une trop grande pression exercée sur les femmes. Il y a encore trop de préjugés envers les personnes qui se disent victimes de violences sexuelles. On leur demande encore ce qu’elles portaient au moment de l’agression ou pourquoi elles n’ont pas dénoncé rapidement les gestes. Les prochaines batailles vont être de faire tomber ces préjugés », croit-elle.

Commentaires de certaines participantes aux rencontres

– Donne-toi une chance!

– Ça nous éclaire, nous fait comprendre des choses.

– J’ai appris que je suis capable d’avoir une sexualité, d’aller plus loin. Ce n’est pas l’agression qui nous définit.

– Je voulais quitter, mais je suis fière d’avoir continué, persévéré. J’ai appris sur moi.

– On se sent en confiance, en sécurité, sans jugement, le respect et la confidentialité sont assurés.

– Ça fait du bien de se retrouver avec d’autres femmes qui ont vécu des choses semblables, on se sent en confiance et ça crée des liens.

– Tu as mal en dedans, viens vider tes poubelles, ça ira mieux!

– Ça m’a permis de m’accepter, de ne plus avoir honte, de ne plus me sentir sale.

– Faites-vous confiance.

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