22 juin 2021
Un rite périmé?
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Décidément, les élèves qui terminent cette année leur cinquième secondaire à l’École secondaire Fernand-Lefebvre (ESFL) n’auront rien vécu de semblable à ce qu’ont connu les précédentes cohortes.

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Car rien n’a été normal au cours de la dernière année. Ils ont connu, sinon à distance, l’école en alternance un jour sur deux, le port du masque en tout temps, les classes bulles qui empêchaient les dîners avec les ami(e)s des autres bulles, l’absence d’activités parascolaires ou de sorties. Et l’annulation du bal des finissants, cette activité qui marque avec éclat la fin importante d’une étape de leur vie. Ce qui peut certes les avoir laissés sur leur appétit.

Souvent on perçoit même le bal comme l’un des symboles d’entrée dans la vie adulte dans ce qu’elle a de plus glamour. Même si certains considèrent ce bal comme superficiel ou trop axé sur la consommation, d’autres le trouvent nécessaire. Tel un rite de passage vers un autre groupe d’appartenance dans un environnement nouveau de formation ou de travail. Un premier pas concret vers l’âge adulte et les responsabilités qu’il commande. Un nouveau chapitre important de la vie. Cette soirée de bal et son avant-bal célèbrent en quelque sorte ce passage.

C’est aussi pour les jeunes souvent l’occasion de se présenter aux autres d’une façon qui les surprendra et qui restera gravée longtemps dans la mémoire de chacun, que ce souvenir soit doux ou amer. D’autant que l’après-bal, c’est aussi hélas, pour certains, l’occasion d’abus, de transgression d’interdits, s’il en reste encore.

Cette année, les finissants de l’ESFL ne jouiront pas d’une telle soirée. Devant l’hésitation de la Santé publique à en autoriser la tenue – pandémie oblige – et les allégements qu’elle a permis (en tenir un après le 8 juillet à l’extérieur alors que les personnels scolaires sont en vacances), l’école a plutôt retenu le projet de son Service à la vie étudiante : une journée des finissants le 21 juin avec remise de diplômes, repas collectif et spectacle d’humour. Une journée, bien intentionnée, hors de l’ordinaire. Mais elle ne revêt certes pas la magie d’un bal!

Ainsi la pandémie aurait imposé la mise en veilleuse de ce rite. Un des seuls qui demeure dans la société québécoise – le baptême, la première communion et souvent le mariage, tous liés à une pratique religieuse ayant disparu ou étant en voie de l’être. Restent les funérailles dans des formules qui toutefois évoluent.

Du même coup, la pandémie interpelle : le bal des finissants est-il aussi périmé? Ne devrait-on pas inventer une autre façon de souligner ce passage?

Chose certaine, on ne pourra le faire sans se remémorer sa propre adolescence – avec son goût d’être autonome et de se retrouver entre amis et son besoin, à l’occasion, d’être encore chouchouté par ses parents. Au fil des ans, son corps a changé. Son esprit s’est formé, s’est ouvert à plus. Ses intérêts ont divergé. Ses relations sociales se sont élargies. Son rapport au temps a changé. Le présent est important, l’avenir se profile. Les responsabilités s’imposent.

Bien des cultures ont des rites de passage puisés dans leurs traditions religieuses ou culturelles. Comment marquer d’un nouveau rite québécois cette entrée dans le monde adulte autrement que par un seul bal de finissants ou encore l’obtention de son permis de conduire? Comment faire voir aux jeunes l’intérêt d’appartenir au monde adulte et bien les accompagner dans cette entrée tout en leur permettant de rester eux-mêmes, uniques, authentiques, solidaires et autonomes? Voilà tout un mandat qui s’inscrit dans l’histoire du monde et dont on doit peut-être écrire un nouveau chapitre!

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