10 avril 2018
Un pilier à soutenir
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit un éditorial hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Le milieu communautaire régional est encore à court d’argent. Et ce malgré le fait qu’en 2018, la soixantaine d’organismes de la région recevront 70 000$ de plus. Ce qui est encore insuffisant pour leur assurer une survie.

Il faut le reconnaître, même s’ils travaillent souvent sans tambour ni trompette, ils apportent un support peu commun à ceux qui ont besoin, que ce soit en termes physiques, moraux, sociaux, financiers et autres.

L’action de ces 365 travailleurs et 1709 bénévoles est sans pareille auprès des quelque 10 000 bénéficiaires (20% de la population) qui ont recours à leurs services.

Le secteur communautaire, c’est une véritable grande entreprise d’appui, de compassion et d’accompagnement. On n’est pas là dans la charité, mais dans la quête et la lutte pour l’équité, la justice, la chance la plus égale possible pour tous, peu importe leur âge, leur sexe, leur situation, leur condition.

Oui, le milieu est riche de solidarité. D’une solidarité généreuse et sans jugement. Ce pour quoi ces groupes ont besoin du support financier de l’État (qui les a privés de certaines sommes au cours des dernières années), eux qui ont souvent trop dû prendre sa relève en différents domaines laissés pour compte par les décideurs.

Vrai, ces groupes doivent rendre des comptes, mais on se doit de les soutenir dans leur accompagnement et préoccupation du milieu. Cela relève aussi du devoir des institutions régionales (municipalités, commission scolaire, organismes, entreprises) d’assister ce maillon indispensable du tissu régional, d’utiliser leurs connaissances du milieu, d’applaudir leurs interventions, de comprendre leurs défis et de les intégrer dans leurs prises de décision. Car ils sont des éléments essentiels à la participation citoyenne et au développement social du milieu.

Il est important aussi que leurs travailleurs soient rémunérés adéquatement. Ils n’ont pas à s’appauvrir en aidant les autres. Ils doivent pouvoir par leur travail arriver à offrir à leur famille, des conditions de vie acceptables, un avenir plus sécuritaire. Et que retraités, ils puissent compter sur des économies réalisées à même leur salaire quotidien.

La vie communautaire soreloise a connu un essor sans précédent au début des années 1980. Plusieurs usines ont fermé leurs portes, laissant derrière des travailleurs dépourvus et sans avenir.

La région a perdu quelque 5000 emplois industriels. Il lui a fallu de longues années pour se remettre de cette dégringolade collective.

Des centaines de jeunes familles (30 à 45 ans) ont déménagé pour travailler ailleurs, laissant la région atrophiée. Elle a connu la stagnation du prix de ses maisons, la baisse de la clientèle scolaire (donc des services), le vieillissement soudain de la population. Des séquelles qui la marquent encore.

C’est à ce moment que le mouvement communautaire a véritablement pris son envol, animé par des visionnaires sensibles aux difficultés que vivaient leurs concitoyens, voire leur propre famille.

Des groupes se sont formés pour aider les plus démunis, établir avec eux des stratégies pour s’en sortir, les prémunir contre la faim, les doter d’outils pour se tirer d’affaires, dispenser information et formation sur leurs droits et ressources.

Des groupes sont nés dès que l’on percevait un besoin, mettant enfin un baume sur les souffrances de plusieurs, donnant lieu à des prises de conscience quant à leurs droits et leurs devoirs, leurs responsabilités et la mise en commun de leurs forces, talents, temps et idées.

En 30 ans, ils ont érigé un véritable pilier régional essentiel pour maintenir la région à flot, conserver certains acquis et imaginer son avenir.

Mais ces groupes ne peuvent vivre de l’air du temps. C’est le moment de leur prouver que nous le savons!

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