1 mai 2017
Un bras de fer entre la famille Simard et Mgr Desranleau
Par: Louise Grégoire-Racicot
Tout au long des grèves, les travailleurs ont tenu leurs assemblées dans la salle paroissiale, comme l’avait autorisé le curé Mgr Philippe Desranleau. | Photo: Société historique Pierre-de-Saurel, Fonds Alphérie Émond

Tout au long des grèves, les travailleurs ont tenu leurs assemblées dans la salle paroissiale, comme l’avait autorisé le curé Mgr Philippe Desranleau. | Photo: Société historique Pierre-de-Saurel, Fonds Alphérie Émond

Les grèves ont mobilisé plusieurs syndicats. | Photo: Société historique Pierre-de-Saurel, Fonds Alphérie Émond

Les grèves ont mobilisé plusieurs syndicats. | Photo: Société historique Pierre-de-Saurel, Fonds Alphérie Émond

L’historien Jacques Rouillard, auteur du livre Les grèves de Sorel en 1937 est formel : ces grèves ont été marquantes pour la région. Mais elles ont surtout marqué l’histoire sociale de l’église québécoise.

Des grèves qui ont changé Sorel, selon le syndicaliste Roger Valois

Les Simard étaient des gens d’affaires bien inscrits dans leur époque, selon l’historienne Chloé Ouellet-Riendeau

Une ligne du temps des grèves de 1937

L’appui inconditionnel apporté par le curé de la paroisse Saint-Pierre, Philippe S. Desranleau, aux grévistes réclamant de meilleures conditions de travail a été au cœur de ce conflit, relate l’historien.

L’homme arrive à Sorel en 1931, à la tête de la plus importante paroisse ouvrière du diocèse. On est en pleine crise économique. Sorel n’a pas alors de tradition syndicale.

En 1936, quand l’économie reprend lentement, les Sorelois des chantiers maritimes et des fonderies ont des salaires 20% plus bas qu’ailleurs. Leur semaine de travail dépasse de beaucoup les 45-50 heures travaillées ailleurs.

Pour Mgr Desranleau, inspiré par la doctrine sociale de l’église, seul un syndicat peut permettre aux ouvriers d’améliorer leurs conditions de travail, décrit M. Rouillard.

Une grève en trois temps

Après le renvoi de trois ouvriers pour activité syndicale, une grève éclate, se déroulant en trois temps : 3 au 31 mai; 1er au 3 juin; 4 août au 4 octobre.

Chaque fois, le pasteur traite du sujet en chaire. Il permet la tenue d’assemblées du syndicat catholique à la salle paroissiale. Il s’implique même dans les discussions avec les employeurs.

« Chaque fois, il défend les ouvriers contre la toute-puissance de l’argent. Les Simard acceptent finalement l’existence du syndicat, mais refusent de négocier les conditions de travail des employés », rappelle M. Rouillard.

Et le conflit perdure.

« Il n’est pas le plus important du Québec à cette époque, mais il marque Sorel. On compte plus de 1000 grévistes dans une ville qui compte 13 000 habitants. »

Une solidarité remarquable

Autre point, soulève l’historien spécialiste de l’histoire du syndicalisme: les grévistes reçoivent un appui important de tous les autres syndiqués de la région.

« Ce qui complique l’embauche par les frères Simard d’ouvriers spécialisés dans leurs usines durant le conflit », évoque M. Rouillard.

Pendant ce temps, les Simard en appellent à l’esprit de famille qui doit animer les employés pour les inciter à reprendre le travail.

Conflit de classes sociales

Selon M. Rouillard, ce conflit met aux prises d’un côté les travailleurs et l’Église face à l’élite économique et politique soreloise.

L’élite cherche à raffermir son autorité dans une situation sociale qui risque de dégénérer.

La police protège l’entrée des scabs au travail. Québec fait intervenir deux fois la Police provinciale. Les usines fonctionnent au ralenti. Le patronat bénéficie de l’appui gouvernemental et municipal, résume-t-il.

Même si ce conflit n’a pas généré de gains financiers importants, cette action militante a, beaucoup plus tard, fait changer la législation québécoise. « En 1977, la loi anti-scab a été votée », évoque l’historien.

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