14 avril 2016
Un appel au milieu pour protéger l’emploi de personnes handicapées
Par: Louise Grégoire-Racicot
Le resto avait pignon sur rue au 58 rue Augusta, au centre-ville de Sorel-Tracy. | Photo TC Média - Pascal Cournoyer

Le resto avait pignon sur rue au 58 rue Augusta, au centre-ville de Sorel-Tracy. | Photo TC Média - Pascal Cournoyer

Le restaurant Les Saveurs du marché de la rue Augusta a discrètement fermé ses portes le 6 avril dernier. Une décision prise en mars par le conseil d’administration qui n’arrivait plus à boucler ses fins de mois, a dit en substance sa présidente, Marie Rousseau.

Douze personnes perdent ainsi leur emploi dont certaines y travaillaient depuis l’ouverture du service, il y a 12 ans.

Entreprise d’économie sociale, Les Saveurs du marché était ce qu’on appelle un plateau de travail adapté. Un service accompagnant et encadrant dix personnes souffrant de handicaps légers ou de maladie mentale dans un milieu de travail convenant à leurs aptitudes. « On cherche à mobiliser le milieu, avec l’aide du CLD et de nos partenaires, pour préserver les acquis pour nos employés », a-t-elle mentionné refusant d’en dire plus.

Le resto pour financer le support aux employés

Les administrateurs des Saveurs du marché avaient choisi la restauration comme moyen de financer tout l’environnement de travail dans lequel évoluent ces bénéficiaires dont le salaire est défrayé par Emploi-Québec, explique Mme Rousseau.

Il offrait aussi un service de traiteur, vendait des mets préparés ou congelés et avait établi depuis plus d’un an un partenariat avec la Colonie des Grèves de Contrecœur.

Les revenus ainsi générés au 58 rue Augusta servaient à l’achat de denrées, à l’encadrement des travailleurs et à l’opération de l’entreprise.

Mais le resto, a expliqué Lorraine Ducasse, sa directrice générale jusqu’en février, en était un de quartier « dans un environnement qu’on peut qualifier d’anémique où la concurrence est forte. Il enregistrait des déficits annuellement qui ont atteint quelque 20 000$. Depuis 2014, on envisageait sa fermeture, mais les choses arrivaient à se régler. »

Cette année, ce fut différent. Les revenus étaient à la baisse à la suite de la hausse du prix des aliments et de la diminution de commandes placées par des entreprises qui, tenant de réunions le midi, lui commandaient notamment des lunches ou venaient y manger. Le c.a. a dû décréter sa fermeture.

Sur son site internet, on parle de fermeture « pour un temps indéterminé ». Sa présidente est moins certaine qu’il y aura réouverture.

« Le resto ne fait pas faillite, mais vivait des problèmes de liquidité », spécifie Mme Rousseau.

Un appel au milieu

Mme Rousseau soutient que le suivi et le support aux employés demande énormément. « C’est à regret et avec tristesse que l’on met fin à ces activités, mais on ne baisse pas les bras. On cherche à mobiliser pour préserver des emplois sous un autre modèle d’affaires s’il le faut. En ce sens, le soutien du milieu est essentiel – tant des organismes privés que publics. »

Ce que confirme Josée Plamondon, directrice générale du CLD, qui accompagne le groupe dans cette démarche.

Un drame pour les employés

Cette fermeture entraine la perte de 12 emplois dont dix réservés à des personnes au handicap léger ou vivant avec des problèmes de maladie mentale. Une situation déplorable, soulignent plusieurs.

Tant la présidente du conseil d’administration de l’organisme sans but lucratif, Marie Rousseau que l’ex-directrice générale du resto, Lorraine Ducasse ou la directrice générale de la Colonie des Graves, Nancy-Annie Léveillée déplorent la disparition probable de ces emplois réservés à des personnes habituellement exclues du monde du travail.

« Ce travail, en les rendant autonomes, donnait un sens à leur vie. C’est un drame que ces pertes d’emploi », commente Mme Ducasse.

Une menace plane sur la région, poursuit-elle, dont ce centre de travail adapté était le plus petit au Québec et le dernier à avoir été reconnu comme tel. « Couper une telle ressource serait dramatique d’autant qu’elle maintenait ces bénéficiaires au travail, encadrés, leur garantissant une meilleure qualité de vie. »

Selon elle, être un organisme subventionné impose beaucoup d’importants frais additionnels au fonctionnement proprement dit (reddition de compte fréquente, vérification des états financier, etc.) sans compter le support et l’accompagnement des employés dont la subvention ne couvre pas les frais. Le resto n’avait donc pas les moyens de faire de la publicité sur ses services.

« Voilà où le bât blesse », déplore Mme Rousseau, dont le c.a. cherche comment assurer que ce plateau de travail survive à la fermeture du resto. Car c’est ce qui importe à ses membres de s’assurer que les employés continuent de travailler et de progresser.

Cliente et partenaire du resto depuis 2015, Nancy-Annie Léveillée, directrice générale de la Colonie des Grèves, a été à même de constater le dévouement, l’enthousiasme et la fierté que les employés des Saveurs du Marché mettaient au travail.

« Nous avons toujours un intérêt à travailler avec le resto, car nous partageons la même philosophie du travail. Je suis désolée de cette situation et je souhaite que l’on trouve une manière de garder ce plateau de travail où les employés peuvent et sont capables de relever des défis malgré les limites que leur impose leur santé. Il est triste de voir que disparaîtraient ces emplois où ils se sentent utiles. »

Il nous a été impossible de rejoindre des employés pour qu’ils témoignent de leur expérience vécue au resto.

[VIDÉO] Visionnez une vidéo publiée le 9 mars sur notre site concernant le coup de coeur qu’a eu Desjardins envers l’entreprise. De toute beauté!

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