2 septembre 2021
Trouver des employés : un casse-tête pour les restaurateurs
Par: Alexandre Brouillard
Waitress is carrying three plates with meat dish

Plusieurs restaurateurs peinent à trouver des serveurs. Photo Depositphotos.com

Mid section of a female chef cutting vegetables in the kitchen

Des cuisiniers sont également recherchés dans la région. Photo Depositphotos.com

Avec la rentrée scolaire et les aides gouvernementales issues de la pandémie, plusieurs employés ont quitté leur emploi dans les restaurants de la région, si bien que des restaurateurs peinent à engager de nouveaux candidats. Faute d’employés, certains d’entre eux doivent réduire leurs heures d’ouverture, tandis que d’autres réfléchissent même à l’avenir de leurs établissements.

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Le Cactus Café fermé du lundi au mercredi

Se retrouvant avec un manque criant d’employés, la gérante du Cactus Café, Guylaine Léveillée, était dans l’obligation de revoir les heures d’ouverture. Jusqu’à avis contraire, le restaurant ne sera pas ouvert du lundi au mercredi et fermera à 23 h les autres journées.

« Je n’avais pas le choix de revoir l’horaire. Je n’ai reçu presque aucun CV au début de la saison estivale et maintenant, j’ai des employés qui sont épuisés parce qu’ils ont travaillé six jours par semaine tout l’été », explique la gérante.

Elle affirme que ce ne sont pas seulement les serveurs qui sont difficiles à recruter, mais aussi les busboy et les plongeurs. « C’est difficile de trouver des gens qui souhaitent travailler à temps plein. Et avec la rentrée scolaire, j’ai perdu beaucoup de jeunes, dont certains ne peuvent même pas travailler à temps partiel parce qu’ils étudient à l’extérieur de la région ou parce que leurs parents ne veulent pas qu’ils travaillent durant l’année scolaire », affirme-t-elle, vraisemblablement épuisée par la situation.

Bien qu’elle a dû réduire les heures d’ouverture à contrecœur, Mme Léveillée se donne jusqu’à la fin du mois d’octobre pour réévaluer la situation. « Peut-être qu’avec la fin des aides gouvernementales de relance économique, les CV vont recommencer à rentrer. Si je trouve d’autres employés, je ne demande pas mieux que d’ouvrir le restaurant sept jours par semaine », mentionne-t-elle.

Équipe réduite aux Tim Hortons

La pénurie d’employés frappe également de plein fouet les établissements de restauration rapide, dont les cinq succursales Tim Hortons de la région.

« C’est du jamais-vu, lance d’emblée Dany Grenier, propriétaire des quatre Tim Hortons de Sorel-Tracy et de celui de Contrecœur. Ça fait déjà 18 ans que je suis franchisé dans la région et je n’ai jamais vécu un manque aussi important d’employés. »

Selon lui, plusieurs facteurs peuvent expliquer cet enjeu. « À la fin août, c’est toujours un moment crucial parce que nous perdons des jeunes qui retournent à l’école. Nous devons donc absolument engager à ce moment de l’année, mais c’est la première fois que je dois réduire les heures d’ouverture », explique-t-il.

Actuellement, les cinq Tim Hortons de la région sont fermés la nuit et roulent à équipe réduite. Malgré ces problèmes, le propriétaire travaille fort pour qu’aucun employé ne travaille plus que 40 heures par semaine.

« Ils ont des quarts de travail épuisants parce que toutes mes équipes roulent avec deux ou trois employés en moins. Je ne peux donc par leur demander de faire plus d’heures ou de travailler d’autres journées. C’est donc ma femme, mes deux fils et moi qui allons combler les besoins, surtout les week-ends », mentionne-t-il.

Selon M. Grenier, la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) nuit au recrutement d’employés. « Cette année, j’avais beaucoup de jeunes âgés de 13, 14 et 15 ans. Ils viennent combler l’absence des jeunes de 17 à 21 ans qui sont complètement absents à cause des primes du gouvernement, dont la PCRE. Ils n’ont pas disparu en un été, ils sont seulement chez eux », déplore-t-il.

« Pour le moment avec les heures réduites, j’arrive à faire fonctionner les succursales, mais je ne sais pas quel sera l’état de la situation dans deux semaines. En tant qu’entrepreneur, en ce moment, j’ai plus l’impression de reculer que d’avancer. Est-ce que d’ici un an il va y avoir seulement deux Tim Hortons dans la région? Peut-être. C’est une question que je me pose chaque semaine », admet-il, découragé par la situation actuelle.

Trouver des cuisiniers, un défi persistant à l’Hôtel de la Rive

Alors que plusieurs restaurants de la région peinent à renouveler leur banque d’employés de serveurs, au Steak house & bar de l’Hôtel de la Rive, ce sont plutôt les cuisiniers qui sont difficiles à recruter.

Robert Faithfull, propriétaire de l’Hôtel de la Rive, a même publié une offre d’emploi pour trouver un cuisiner en stipulant qu’il offrira 1000 $ à la personne qui l’aidera à trouver la perle rare.

« Ce n’est pas un problème qui date d’hier. Trouver un bon cuisiner a toujours été un défi et, en ce moment, le défi est de plus en plus important », admet-il.

Bien que plusieurs restaurateurs pointent du doigt la pandémie, M. Faithfull croit plutôt qu’il s’agit d’un problème de rétention. « La situation pour les cuisiniers est la même que pour les professionnels du milieu de la santé et de l’éducation. Les gens abandonnent le métier, c’est un grave problème de rétention », croit-il.

En ce moment, le Steak house de l’Hôtel de la Rive possède une équipe de 10 cuisiniers, mais un besoin se fait toujours ressentir. « Nous sommes ouverts sept jours par semaine et nous refusons toujours des clients. Je n’ai jamais eu autant de cuisiniers, mais la demande est exceptionnellement forte. Je pourrais facilement engager cinq cuisiniers supplémentaires, mais je ne sais pas ce que le futur nous réserve », explique-t-il.

Pour l’instant, il souhaite engager seulement un cuisiner pour pouvoir maintenir le volume actuel. « J’en ai un qui quitte son emploi pour la retraite, je dois donc le remplacer. Je continue de croire que la meilleure façon de ne pas avoir de problème de recrutement, c’est de bien traiter ses employés et de tout faire pour les garder », conclut Robert Faithfull.

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