2 avril 2019
Taxi!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Le désarroi et la colère des chauffeurs de taxi montent face au dépôt de la loi 17 qui réorganisera l’industrie du taxi. Et je les comprends.

Des chauffeurs de la région ont manifesté le 25 mars dernier. Ils craignent non seulement pour leur avenir financier mais aussi pour leur santé mentale.

Plusieurs assurent depuis des années un service adéquat et ont payé ce qu’il fallait pour l’offrir. Ils ont dû acheter un permis émis par Québec (ou travailler pour quelqu’un qui en détenait plus d’un). Ce permis perdra vraisemblablement sa valeur car la nouvelle loi 17 l’abolit. Il disparaitra, mais non la dette encourue pour l’acquérir. Plusieurs chauffeurs encaisseront des pertes sèches, sans compter qu’ils devront composer dans un environnement en pleine mutation, sans connaitre comment la concurrence se déploiera.

C’est vrai que les chauffeurs jouissaient d’une situation équivalente à ce que peut procurer aux travailleurs syndiqués la sécurité d’emploi: une certaine tranquillité de l’esprit quant à l’accès au travail. Voilà que ces changements, si mal compensés, compromettront vraisemblablement leur quotidien, leurs projets, leurs revenus, leur retraite.

Comme ces règles émanent du gouvernement, il importe donc que les compensations proposées pour dédommager ceux qui les subiront ne pénalisent pas les détenteurs de permis et leur famille. On doit donc puiser dans les fonds publics les sommes en question, non pas en évoquant la capacité de payer des Québécois pour les limiter mais en ayant un souci d’équité certaine.

Un chauffeur de taxi n’est généralement pas pas un entrepreneur, sauf s’il détient plusieurs permis et engage des gens pour rendre le service. Il n’est pas devenu chauffeur de taxi par goût du risque. Il est simplement un travailleur autonome qui vend un service concret et nécessaire. Québec ne peut changer toutes les règles de jeu sans payer pour les pots cassés qui s’ensuivent. C’est une affaire de gestion responsable.

Comme la loi 17 ouvre toute grande la porte à Uber qui s’est implanté au Québec en bousculant les règles établies au nom du libre marché, ou pire encore, au nom de l’économie de partage et ce, sans rien payer, le ministre des Transports ne peut cautionner cette arrivée impétueuse. Nul doute que Québec devrait lui imposer, pour l’intégrer légalement et totalement dans les villes québécoises, un droit d’entrée important qui contribuera à compenser les chauffeurs affectés et surtout prévenir que dans ce secteur, la loi de la jungle prévale désormais.

Vrai, on ne peut nier que l’industrie doive se réinventer. Se moderniser. Mieux s’adapter aux besoins des clientèles. Mieux accueillir sa clientèle, comme le suggèrent aussi plusieurs observateurs.

Mais on ne connait pas encore la suite que réserve le ministre à ce dossier. Ni les modalités qu’il proposera pour y arriver.

Chose certaine, il ne peut décider seul. Il doit consulter chauffeurs et entreprises et développer un consensus: qui développera ces services? De quelle façon? À quel prix?

Rien n’a encore été fait à cet égard. Le ministre s’est fait jusqu’ici fort discret et incisif. Ce qui inquiète avec raison tous les chauffeurs de taxi. Situation qui devrait aussi inciter tous leurs clients et citoyens solidaires à exiger des réponses claires à ces questions avant que le couperet ne tombe.

Ce dossier a jusqu’ici été mené fort cavalièrement. Parlez-en donc vite à votre député. Demandez-lui où il se loge!

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