2 février 2021
Stratégie
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Selon le dernier décret de population estimée par l’Institut de la statistique du Québec, la population de Sorel-Tracy et de la MRC de Pierre-De Saurel aurait progressé de 1 % en 2020. 461 nouveaux-venus ont choisi d’habiter la MRC, dont 227 sa ville-centre.

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Le recensement fédéral de 2021 confirmera ou infirmera ces données. Quant à la région, elle doit trouver comment accroitre sa population aux prises tant avec le vieillissement de ses gens qu’avec la diminution de son taux de natalité.

Oui, ces données récentes sont quelque peu encourageantes, mais certes pas suffisantes pour satisfaire quand on les compare à la fulgurante progression de 56,1 % des dix dernières années qu’a connue la population de Contrecœur. Quand on se rappelle qu’en 1981, Sorel et Tracy – alors deux entités distinctes – comptaient déjà 38 000 résidents, contre 35 160 aujourd’hui.

Tout est encore à faire pour renouer avec une croissance de population à la hauteur des régions gagnantes du Québec. Mais sait-on ce qu’on veut? Quels efforts y consent-on? Les élus et décideurs ont-ils défini des priorités d’intervention? Ou se sont-ils contentés de suivre l’air du temps, les subventions accessibles, etc.?

Pourtant, au milieu des années 90, la région avait retrouvé un certain état de grâce après avoir perdu quelque 6000 emplois industriels en quelques années et vu ses 30 à 45 ans déménager là où ils pourraient désormais travailler. Elle a consacré mille et un efforts à sa reconversion industrielle axée sur l’environnement, le développement durable et l’écologie industrielle. Elle a marqué des points, mais on ne sent plus la ferveur du début. A-t-on renoncé à cette orientation? Ou a-t-on simplement oublié de communiquer les progrès de cet axe, ce qui aurait alimenté une certaine fierté régionale?

La région avait choisi cette direction pour changer son image alors malmenée par de sérieux indices de pollution à outrance. On voulait créer des entreprises novatrices et des emplois lucratifs. Mais cela a eu peu d’effet sur son nombre d’habitants.

Vers 2004, on a tenté d’attirer de nouveaux résidents en mettant l’accent non sur les emplois, mais sur le bas prix des maisons qu’on y construisait. Cela a porté fruit : entre 2005 et 2014, on a ajouté 2500 logements. Mais la Ville a cessé d’y contribuer, ce qui a entravé l’impact du programme.

Aujourd’hui, il est encore nécessaire de consentir des efforts importants au recrutement de nouveaux résidents. Le moment est d’autant propice que la pandémie incite des citoyens de milieux urbains à s’installer dans des régions semi-urbaines et rurales comme la nôtre.

Il ne faut surtout pas se contenter de devenir une région dortoir. Mais un véritable milieu de vie, où élever sa famille, travailler, se détendre, vieillir bien. Donc se préoccuper d’y créer des emplois lucratifs dans un environnement adéquat, offrir des services diversifiés, adaptés à tous les âges. Et ce, dans une perspective de développement local durable. Tout un programme!

Il faut donc être stratégique. Souvent faire le point sur la vitalité économique du milieu. Se donner notamment des objectifs réalistes d’accroissement de la population.

Cela nécessite qu’acteurs privés et publics adoptent une approche régionale concertée pour assumer sa planification et coordination. Une condition essentielle pour qu’élus municipaux et députés convainquent les gouvernements d’emboiter le pas comme partenaires techniques ou financiers. Et s’ils prévoient que certains projets ne se réaliseront qu’après leur mandat, ils devront quand même foncer au profit de la région.

Car une chose est claire : plus on comprend les enjeux, mieux on définit ses atouts et ses faiblesses, mieux on prépare sa stratégie et sa place au soleil. Ça vaut pour les individus. Ça vaut aussi pour la région!

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